L’athlète olympique en volleyball Guylaine Dumont (au centre) s’est entretenue avec les élèves du volet sports de l’école Val-Mauricie pendant près d’une heure, mercredi après-midi. Elle est entourée d’Emy Massicotte, Shakina Désaulniers, Charly Lambert St-Cyr, la responsable des sports Cynthia Boucher ainsi que Pascale Jetté-Ottavi.

La résilience de Guylaine Dumont

SHAWINIGAN — Un jeune athlète sur quatre au Québec aurait été victime de violence à caractère sexuel en contexte sportif, selon une étude publiée ces derniers mois par une chercheuse de l’Université Laval.

Cela va du harcèlement, physique ou psychologique, jusqu’au viol dans les cas extrêmes. Environ 60 % de ces athlètes disent avoir été les victimes d’un coéquipier ou d’un autre athlète, 20 % d’un entraîneur. Ces chiffres ont été dévoilés par Sylvie Parent, qui a cofondé l’organisme Sport-Aide afin de sensibiliser les parents, les entraîneurs et, bien sûr, tous ces ados qui pratiquent des sports. Figure emblématique du volleyball au Canada, Guylaine Dumont s’implique aussi dans le mouvement. Elle a présenté une conférence à quelque 250 étudiants-athlètes des Montagnards de l’école Val-Mauricie, à Shawinigan.

Pendant près d’une heure, l’olympienne des Jeux d’Athènes en 2004 a raconté son parcours parsemé d’embûches, conséquences d’un père violent et des abus verbaux de l’entraîneur de l’équipe nationale de l’époque, Mike Burchuk. Endeuillée à l’adolescence par la disparition de sa sœur, retrouvée morte neuf ans plus tard, Guylaine Dumont a dû ramer contre le courant durant plusieurs années. C’est, en quelque sorte, le volleyball qui lui a permis de maintenir le cap. Et encore... «J’ai décidé de quitter l’équipe nationale au milieu des années 90, avant les Jeux d’Atlanta, parce que je n’étais plus capable de côtoyer mon entraîneur. J’adorais mon sport, il a eu un effet catalyseur sur moi, mais il m’a aussi fait vivre des moments très difficiles.»

On parle pourtant d’une volleyeuse qui, dès ses 17 ans, se retrouvait sur l’équipe nationale senior. Véritable pionnière de son sport, elle fut l’une des premières au pays à s’exiler pour vivre son rêve professionnel, en Italie. Là-bas, elle a aussi pris ses distances de certaines personnes. «Je n’étais pas au bout de mes peines. En Italie, j’ai été victime d’une hémorragie interne. Un peu plus tard, je devais composer avec un burn-out sportif. J’ai pris une pause de deux ans et demi, en plus de renoncer aux Jeux de Sydney en 2000.»

C’est Annie Martin, de 16 ans sa cadette, qui lui aura redonner le goût de la compétition. À ses côtés, Guylaine Dumont s’est classée au cinquième rang des Jeux olympiques d’Athènes, un résultat inespéré pour le tandem et certainement l’une des belles histoires de ces Olympiades.

Elle avait d’ailleurs pris soin d’amener un ballon officiel d’Athènes 2004, mercredi lors de sa conférence devant les élèves de Val-Mauricie. «Pour moi, ce ballon représente le dépassement de soi. Mère de 38 ans, j’étais parmi les athlètes les plus vieilles à ces Jeux et ma coéquipière, l’une des plus jeunes. On formait un duo atypique et pourtant, on a réalisé de grandes choses.»

À l’époque, son histoire avait sensibilité bien des sportifs. De nombreux athlètes se sont confiés à elle par la suite. Sport-Aide a vu le jour il y a cinq ans. L’importance de la cause qu’il soutient a été renforcée au moment de la diffusion du scandale sexuel impliquant l’ex-entraîneur de ski Bertrand Charest. «Il y a encore de l’éducation à faire, estime Guylaine Dumont. Les jeunes doivent savoir différencier l’acceptable de l’inacceptable. On sait que c’est une minorité, mais il y en a encore, des cas d’abus.»

Il est possible de rejoindre les intervenants de Sport-Aide au 1-833-211-AIDE.