Marie-Claude Ayotte, étudiante à la maîtrise en Sciences de l’activité physique et le professeur Frédéric Domingue font partie des membres de l’équipe du Laboratoire de technologies et d’innovation pour la performance sportive de l’UQTR.

La recherche et la science au service des athlètes

TROIS-RIVIÈRES — En sport de haut niveau, ce sont souvent les détails qui font la différence entre une victoire et une défaite. Les chercheurs œuvrant au Laboratoire de technologies et d’innovation pour la performance sportive de l’Université du Québec à Trois-Rivières l’ont compris et concentrent leurs efforts afin d’aider les coureurs cylistes et les triathlètes à atteindre de nouveaux sommets de performance lorsqu’ils montent en selle.

Dans un petit laboratoire situé au quatrième étage du pavillon Albert-Tessier du campus universitaire trifluvien, les professeurs Frédéric Domingue et Claude Lajoie ainsi que sept étudiants travaillent sur des pistes de solution permettant aux athlètes qui les consultent d’optimiser leur positionnement sur leur vélo ainsi que d’autres aspects techniques, et du même coup, transformer les watts qu’ils produisent en poussant les pédales en vitesse pure.

«Le gagnant lors d’une course, c’est celui qui va le plus vite, pas celui qui pousse le plus de watts. Avant, on parlait surtout de gros moteurs et de watts. Maintenant, l’aérodynamisme entre en ligne de compte», résume le professeur Domingue lorsqu’on lui demande qu’elle est la mission du laboratoire qu’il dirige avec son collègue Lajoie. Ce sont d’ailleurs les deux hommes qui ont mis sur pied le laboratoire il y a environ quatre ans.

À l’origine, Frédéric Domingue, professeur au Département de génie électrique, travaillait à la conception d’outils technologiques destinés aux athlètes, dont des capteurs de puissance. Passionné de cyclisme, il s’est naturellement tourné vers cette discipline dans le cadre de ses travaux de recherches. C’est à ce moment que l’association avec Claude Lajoie, du Département des Sciences de l’activité physique, a vu le jour. Ayant également un intérêt marqué pour les sports cyclistes, ce dernier a donc travaillé étroitement sur différent prototype avec son homologue de génie. Les deux hommes ont également créé un capteur destiné aux nageurs, un outil novateur qui n’a pas encore d’équivalent sur le marché.

Mais comme les cyclistes ont déjà un large éventail de produits du genre à leur disposition, les deux chercheurs ont décidé de concentrer leurs énergies afin de développer les outils qui servent à analyser les données qui proviennent de ces capteurs. C’est à ce moment que le Laboratoire de technologie et d’innovation pour la performance sportive (L-Tips) a en quelque sorte vu le jour.

«Nous voulons trouver le limitant de la performance chez les athlètes. Grâce à des tests, nous voulons savoir pourquoi un cycliste a été largué dans une course, par exemple», souligne M. Domingue avant d’ajouter que l’objectif initial de cette démarche était de se préparer à analyser les données dans l’éventualité où le capteur de puissance pour la natation est commercialisé un jour.

«On a choisi le vélo. car les données sont déjà là pour commencer la réflexion. [...] C’est un peu comme faire du défrichage, mais dans un domaine qui est une passion pour Claude et moi», reconnaît-il.

Une approche multidisciplinaire

Contrairement à leurs collègues qui travaillent avec des machines, les sujets d’étude des professeurs Lajoie et Domingue et leur équipe sont des êtres humains. Pour cette raison, ils font appel à d’autres intervenants afin de leur permettre d’avancer dans leurs recherches, dont une nutritionniste, des kinésiologues et bien sûr les entraîneurs des athlètes impliqués. Marie-Claude Ayotte, étudiante à la maîtrise en Sciences de l’activité physique, fait partie des personnes ressources qui font partie de l’équipe du L-Tips. Elle s’intéresse notamment à l’adaptation physiologique et biomécanique des athlètes à la suite des changements effectués à leur positionnement.

«Je veux savoir combien de temps ça va prendre et comment ça va se faire. [...] Je fais toutes les évaluations fonctionnelles et les bilans musculaires. J’annexe par la suite un programme léger basé sur mes évaluations que les gens peuvent faire à la maison», explique-t-elle sous le regard approbateur du professeur Domingue. Ce dernier tient à préciser que les approches que préconise l’étudiante à la maîtrise, ainsi que les autres spécialistes impliqués, peuvent évoluer.

«Il y a des méthodes qui sont utilisées, car ça s’est toujours fait comme ça. On veut savoir si on peut pousser encore plus loin. L’objectif dans le développement d’une approche, c’est d’enlever la ‘‘pif-o-métrie’’. On veut que tout soit instrumenté et basé sur des données rigoureuses», insiste-t-il.

Financement

Comme c’est toujours le cas en recherche, le L-Tips doit solliciter les organismes publics ainsi que des intérêts privés afin de pouvoir débourser les frais encourus par leurs travaux. Les sommes que les responsables réussissent à aller chercher leur permettent entre autres de rémunérer les étudiants qui travaillent avec eux. C’est notamment le cas pour Marie-Claude Ayotte, qui travaille deux jours par semaine au L-Tips grâce à une aide provenant de l’organisme Mitacs. Ayant vu le jour en 1999, l’organisme national de recherche sans but lucratif, en partenariat avec les universités, le secteur privé et le gouvernement canadien, offre des programmes de recherche et de formation dans des domaines liés à l’innovation. Dans le présent cas, le partenaire privé est Laferté Bicycles, qui compte deux succursales à Trois-Rivières.

«Laferté Bicycles nous a donné un mandat d’évaluer ce qui fait en positionnement et de donner des recommandations pour un éventuel studio de positionnement dans leur contexte à eux. Dans le cadre de l’entente, Laferté Bicycles nous recommande des clients-athlètes. Éric Girard [une des propriétaires] est également impliqué dans les travaux et vient au laboratoire», note le professeur Domingue.

Plusieurs athlètes faisant partie de l’élite ont également accès à des subventions par l’entremise de leur fédération. C’est entre autres le cas de quatre triathlètes de la région se spécialisant dans les épreuves de courte distance et s’entraînant sous la gouverne de Pascal Dufresne, soit Pavlos Antoniades, Xavier Houle, Filip Mainville et Félix Plourde-Couture. Dans le cadre d’un programme créé par Triathlon Québec et le Centre régional d’entraînement et d’événement de la Mauricie (CREEM), ils peuvent donc bénéficier de l’expertise développée par le L-Tips. M. Domingue fait cependant remarquer que les athlètes sont malheureusement peu nombreux à être au courant des programmes de financement auxquels ils ont droit.

«On se tient au courant des subventions disponibles et on leur présente des propositions. Ils peuvent donc aller chercher du financement. J’ai récemment parlé à une coureuse qui ne savait pas qu’elle avait droit à une petite enveloppe et qui était très heureuse de l’apprendre», raconte-t-il avant de préciser que son équipe offre également des services complémentaires sur une base pro bono à certains athlètes afin de les aider dans leur développement.

Vers une chaire de recherche et une clinique

Afin de pousser leurs recherches encore plus loin, les professeurs Frédéric Domingue et Claude Lajoie travaillent afin de mettre sur pied une clinique spécialisée et développer une chaire de recherche sur le cyclisme de performance, la première au Canada sur le sujet. Les deux professeurs seront d’ailleurs libérés de leurs tâches d’enseignement à compter du mois de juin prochain, et ce pour une période d’un an, afin de se concentrer sur ces projets. Le professeur Domingue se dit confiant que ces deux objectifs se réalisent assez rapidement, soit à court terme pour la clinique et à moyen terme pour la chaire de recherche.