Le futur intronisé avait causé une belle surprise lors de la première édition du rallycross au GP3R, en 2014.

Là où tout a commencé pour Patrick Carpentier

Trois-Rivières — Si le trio des Villeneuve occupe une place de choix dans le cœur des amateurs de courses à Trois-Rivières, Patrick Carpentier n’est pas loin derrière. Vendredi, le sympathique pilote de Joliette entrera au Temple de la renommée du GP3R, en même temps que le bâtisseur Léon Méthot et le maître des statistiques, le regretté Gerry Rochon.

Carpentier aura marqué à sa façon l’histoire du Grand Prix de Trois-Rivières, et ce lors de deux périodes différentes. Les plus jeunes se souviendront de son parcours improbable et incroyable en Championnat mondial de rallycross en 2014 tandis que pour d’autres, ce sont ses deux victoires décrochées en Formule Atlantique, au parc de l’Exposition en 1996, qui arrivent en tête de liste.

Les 3 et 4 août 1996, il est devenu l’un des chouchous du public en arrachant les honneurs d’un programme double de la Formule Atlantique, sous les couleurs de l’écurie Lynx Racing. Cette année-là, il aura mérité neuf victoires, en route vers une promotion en série CART en 1997, avec l’équipe Bettenhausen/Alumax. L’année suivante, en 1998, il rejoignait Greg Moore chez Player’s.

«Quand on y repense, les deux victoires à Trois-Rivières ont certainement été remarquées par Player’s. Le GP3R était un événement d’envergure en Formule Atlantique, tout le monde voulait le gagner», se souvient Carpentier, invité à partager ses souvenirs lors d’un entretien avec Le Nouvelliste.

Le soleil est au rendez-vous pour cette 27e édition du GP3R au mois d’août 96. Le Québec se remet à peine du déluge ayant frappé le Saguenay. Des fonds seront d’ailleurs amassés durant le week-end des courses pour venir en aide aux sinistrés.

Sur la piste, Patrick Carpentier est intouchable. Le circuit trifluvien n’a plus de secrets pour lui. Fort d’une septième place à son baptême de feu en 1992 avec l’équipe américaine Ethnic Ad, il terminera deuxième en 1994, puis sixième en 1995. «En 92, j’étais le coéquipier de Jacques Villeneuve, le frère de Gilles. J’ai toujours eu une bonne voiture à Trois-Rivières et en 1996, tout était en place pour avoir du succès.»

Carpentier cite l’apport de son ingénieur de course, Jim Griffith. Reste que ça prend du talent pour manœuvrer dans les rues de Trois-Rivières, où les murs ne pardonnent pas la moindre erreur. Carpentier, 24 ans, tire son épingle du jeu en s’imposant avec brio dans le fameux coin 1, devant les estrades du stade.

Cette courbe à 90 degrés a toujours représenté un défi pour les pilotes au GP3R. Dans le cas de Carpentier, ce fut un atout. Encore aujourd’hui, le directeur général du Grand Prix, Dominic Fugère, parle de renommer ce coin en l’honneur de Carpentier! «J’ai toujours aimé cette portion, il y a une inclinaison légère, il faut savoir comment la négocier. Mais je ne pense pas que ça mérite un changement de nom», ajoute-t-il en s’esclaffant.

Patrick Carpentier avait épaté tout le monde en enlevant les honneurs du programme double de la Formule Atlantique, à la 27e édition du Grand Prix en 1996.

Sur le podium de la deuxième course de la Formule Atlantique en 1996, on retrouvait, aux côtés de Carpentier, un certain Alex Tagliani, en troisième position. Le Brésilien Hélio Castroneves, futur triple champion des 500 miles d’Indianapolis, allait quant à lui triompher en Indy Lights.

Le cadeau du rallycross

Le fait d’évoquer le coin numéro 1 rappelle d’autres bons souvenirs au futur intronisé. Dix-huit ans après ses deux sacres dans les rues de la ville, il aura assuré une partie du spectacle en étant le héros local par excellence, lors de la première édition du Championnat mondial de rallycross. Ça se passait en 2014, avec une voiture aux couleurs des boissons de Bob Marley!

«C’est mon plus beau souvenir, je capotais! J’arrivais dans une nouvelle série, je n’avais jamais essayé le rallycross auparavant, sauf que c’était quelque chose qui m’intéressait beaucoup.»

Son éclaireur n’avait pas plus d’expérience que lui. «C’est drôle parce qu’on n’avait aucune stratégie, on ne savait même pas quand prendre le tour alternatif, rigole Carpentier. On se disait qu’en nous classant pour la demi-finale, tous les espoirs étaient permis.»

Finalement, Carpentier aura su se tailler une place en finale, contre toute attente. La Volkswagen Polo préparée par Marklund Motorsport en était une de qualité. «Ça prend de la chance et une bonne voiture: j’avais les deux.» Carpentier aura pris le sixième et dernier échelon d’une course gagnée par Petter Solberg, qui devenait du coup l’un des favoris de la foule. «J’ai fait une erreur de pilotage au virage neuf, juste avant la grande ligne droite de l’avenue Gilles-Villeneuve. Sans cela, j’aurais pu prétendre à un podium.»

Avant cette participation, Carpentier avait refusé plusieurs offres de volant au GP3R. Après une expérience concluante, il est revenu en rallycross pour l’étape trifluvienne en 2015, aux côtés de Louis-Philippe Dumoulin. Malheureusement, les voitures n’étaient pas aussi fiables. «Dommage, car L.-P. était très rapide. Mais ce sont de beaux souvenirs. Par la suite, Dominic [Fugère] a travaillé fort pour me dénicher un volant, sauf que ça n’a pas adonné. Je n’ai pas eu le choix de faire mon deuil. Une voiture en fond de grille, ce n’est pas intéressant.»

Ceci dit, Patrick Carpentier assure garder la forme au cas où, justement, un appel changerait les plans. «J’adore le rallycross, je ne dirais pas non! Mais plus le temps passe, moins les chances sont là.»

Rester près des fans

Patrick Carpentier a connu une brillante carrière dans le sport automobile, l’une des belles pour un athlète québécois. Il aura eu la chance de rouler en Formule Atlantique, en CART, en Champ Car, en IRL et en NASCAR. Plus que sa polyvalence, c’est sa proximité avec le public qui en a fait un pilote apprécié et populaire.

«Je n’ai jamais voulu tomber dans le glamour, j’ai toujours aimé parler avec les gens. À bien y penser, je pense n’avoir jamais refusé un autographe, sauf quand j’étais en retard à la rencontre des pilotes. Ça m’est arrivé plusieurs fois durant ma carrière!»

Le public de Trois-Rivières pourra lui manifester son amour vendredi soir, dès 17 h 15, lors de son intronisation au Temple de la renommée.