Même si la crédibilité du championnat reste à établir, les gouvernements et Hydro-Québec n'ont pas hésité à investir des dizaines de millions de dollars publics dans la Formule E.

La grenouille et le boeuf

COMMENTAIRE / Jean Drapeau a eu le Stade olympique. Denis Coderre aura la Formule Électrique. Un dossier mal géré du début à la fin, qui témoigne d’une méconnaissance de ce que les amateurs de course automobile aiment et des réalités économiques.

Pourtant, ce ne sont pas les fervents de course qui manquent au Québec. Mais combien d’entre eux avaient un réel intérêt pour ce championnat à batteries? Le coup de sonde dans le marché n’a pas dû être encourageant. Les gouvernements ont néanmoins décidé d’aller de l’avant avec ce championnat, qu’on nous a vendu comme du caviar sur roues. La Formule 1 est le caviar. La FE? La biscotte sur laquelle on l’étend.

On a malgré tout déroulé le tapis pour accueillir les gros noms de la FIA. Un tapis vert, rempli de dizaines de millions de dollars publics, en plus d’une gigantesque commandite de 850 000 $ d’Hydro-Québec. Le tout afin de «promouvoir l’électrification des transports», supposément.

Les promoteurs auraient peut-être dû se tourner vers Trois-Rivières afin de comprendre comment on accueille une jeune série internationale qui cherche à étendre ses cadres: à faible coût. Si ça fonctionne, on paiera davantage. 

C’est ce qu’a fait le GP3R avec le rallycross en 2014. Un investissement important, mais qui n’allait pas saigner l’événement. Pendant qu’à Trois-Rivières, les bénévoles y mettent une tonne d’huile de bras, à Montréal, c’était le buffet. Imaginez, on a dépensé plus de 225 000 $ pour faire homologuer le tracé. Au GP3R? Une infime fraction de ce montant. 

C’est le problème de la Formule E: ses dirigeants sont sur une autre planète quant à l’importance et l’intérêt envers le championnat. Le produit est loin d’être à point et ce silencieux spectacle est souvent terne, le tout, à un coût exorbitant pour les promoteurs. C’est la fable de la grenouille et du boeuf. Peut-être qu’un jour l’électricité sera mieux vue que le pétrole pour propulser les voitures de course. La F1 n’aura alors qu’a adopter l’électricité pour tuer la FE.

Ironiquement, si Denis Coderre avait fait en août l’exercice que Valérie Plante a fait lundi, soit être transparent sur les chiffres et faire son mea culpa, il serait peut-être encore maire. Les Québécois oublient rapidement.