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Aux prises avec une douleur au coude alors qu’il s’amenait au monticule avec les Astros, le 15 septembre 1971, Larry Yount n’a finalement effectué aucun lancer. Il n’aurait jamais cru que ce serait sa seule chance dejouer dans les majeures.
Aux prises avec une douleur au coude alors qu’il s’amenait au monticule avec les Astros, le 15 septembre 1971, Larry Yount n’a finalement effectué aucun lancer. Il n’aurait jamais cru que ce serait sa seule chance dejouer dans les majeures.

La gorgée de café de Larry Yount

Ian Bussières
Ian Bussières
Le Soleil
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On dit de joueurs comme les anciens des Expos Curtis Brown et Rick Engle qu’ils ont eu droit à une «tasse de café» dans les majeures puisqu’ils n’ont joué qu’un seul match en carrière dans les grandes ligues. Dans le cas du lanceur droitier Larry Yount, frère aîné du membre du Temple de la renommée du baseball Robin Yount, on pourrait plutôt parler d’une «gorgée de café», pour utiliser une métaphore semblable.

Je me suis entretenu récemment avec Yount pour qu’il me raconte comment il est devenu le joueur de baseball à avoir eu la plus courte carrière dans les majeures, c’est-à-dire qu’il n’a pas effectué un seul lancer même s’il figure au sommaire du match entre les Braves d’Atlanta et les Astros de Houston du 15 septembre 1971.

«J’étais quand même un bon lanceur et les Astros m’avaient rappelé en septembre, comme les équipes le font souvent avec leurs jeunes joueurs. Je me réchauffais dans l’enclos et je me suis aperçu que mon coude ne faisait pas ce qu’il devrait faire. J’ai été appelé en relève en neuvième manche et je me suis dit que c’était parce que je n’avais pas lancé depuis une semaine et que la douleur s’en irait probablement une fois sur place», raconte Yount.

La douleur est cependant demeurée alors qu’il était au monticule et effectuait ses lancers d’exercice. «Je n’avais que 21 ans, mais j’étais assez brillant pour savoir que ce n’était pas une très bonne idée de lancer quand tu es blessé. J’ai appelé le gérant et je lui ai dit que je préférais ne pas lancer, car je sentais que j’allais me blesser au coude», explique-t-il.

Bref, Yount a quitté le match avant même d’effectuer son premier lancer à Felix Millan. «Je me disais à cette époque que j’allais avoir une longue carrière et je ne voulais pas la mettre en danger en lançant avec une blessure au coude. Si j’avais su que je ne lancerais plus jamais dans les majeures, je crois que j’aurais tenté ma chance», avoue-t-il aujourd’hui.

Parce que plus rien n’a été pareil par la suite. «Deux semaines plus tard, mon coude allait très bien et l’année suivante, je suis allé au camp des Astros et j’ai retiré au bâton les six premiers frappeurs que j’ai affrontés. J’ai blanchi les Red Sox et Carl Yastrzemski pendant trois manches. À part un circuit de trois points que j’ai donné à Willie Davis des Dodgers, tout s’est bien passé.» 

Perdre le marbre

Yount a tout de même été retourné aux 89ers d’Oklahoma City, au niveau AAA, parce qu’il était l’un des lanceurs pour lesquels l’équipe avait encore l’option de le rétrograder sans le perdre au ballottage. «J’ai commencé avec trois victoires consécutives, mais, par la suite, j’ai eu de la difficulté à placer la balle au-dessus du marbre et ça a duré le reste de ma carrière. Même aujourd’hui, j’ignore pourquoi. On n’avait pas de vidéos dans le temps, on ne pouvait analyser les trucs techniques.»

Après trois saisons dans les filiales AAA des Astros, ceux-ci ont décidé de l’échanger aux Brewers de Milwaukee, où son petit frère Robin était déjà un joueur établi à l’âge de 19 ans. «Les Brewers se disaient que j’allais probablement m’épanouir avec mon frère», commente Larry Yount. 

Après avoir connu un bon début avec les Bees de Burlington de la Ligue du Midwest (niveau A), il a été rappelé au niveau AA par les Mineurs de Thetford Mines. «C’était une expérience intéressante! Je me souviens que le champ intérieur était recouvert de sable provenant des mines d’amiante. On ne savait pas, à l’époque, que ça pouvait être dangereux. Je me rappelle aussi de la “Semaine du P’tit Caribou”, un festival western avec un grand rodéo qui était plutôt un prétexte pour prendre un petit coup! Mon coéquipier Jim Gantner [qui a passé 17 ans avec les Brewers de Milwaukee] venait lui-même d’une famille de fermiers et avait participé à une épreuve où il devait attraper un cochon à la course, je crois», se souvient Yount.

L’agent de frérot

Au printemps de 1976, Yount est retourné au camp des Brewers, mais n’avait pas retrouvé sa touche. «J’ai réalisé que c’était le temps de passer à autre chose», raconte-t-il. Il est donc devenu l’agent de son jeune frère, qui venait de frapper 149 coups sûrs avec les Brewers la saison précédente. «Je l’ai représenté jusqu’à la fin de sa carrière, en 1993.»

Les contacts qu’il a pu se faire durant cette période ont ensuite mené Larry Yount au travail qu’il exerce encore, à 71 ans, celui de développeur immobilier. «J’ai eu la chance de vivre à Phoenix, en Arizona, une ville qui comptait environ 700 000 habitants dans les années 60 et qui en compte aujourd’hui près de 5 millions», résume celui dont l’entreprise a bâti plusieurs centres commerciaux et autres propriétés commerciales, participant à la croissance fulgurante de la «vallée du soleil».

Je lui ai demandé s’il avait parfois des regrets, surtout après avoir été un témoin privilégié la carrière phénoménale de son frangin. «Si tu me le demandes, mon premier choix aurait toujours été le baseball, mais j’ai appris que quand tu n’es plus capable de faire quelque chose, tu es mieux de te trouver autre chose à faire», conclut-il.