Alexandre Hardy et son père Dany ont vécu de belles émotions le week-end dernier.

La dyspraxie retirée sur trois prises

TROIS-RIVIÈRES — Le mot limites ne fait pas partie du vocabulaire d’Alexandre Hardy. La dyspraxie, un problème de motricité fine avec lequel il doit vivre au quotidien, ne l’a pas empêché de réussir le dernier retrait du match aux Championnats provinciaux de baseball classe B, la semaine dernière. Un retrait au bâton, de surcroît!

Il y a des médailles d’or plus significatives que d’autres. En début de saison, Alexandre, 12 ans, peinait à frapper la balle en lieu sûr. Sa motion de lanceur l’ennuyait.

Les jeunes dyspraxiques doivent composer avec un trouble de l’acquisition et de la coordination. Pour eux, se laver les dents, attacher leurs lacets, boutonner une chemise ou couper la nourriture, ça représente un grand défi. Planifier et reproduire un mouvement l’est tout autant.

Ajoutez à cela une difficulté à s’orienter dans l’espace et vous avez des enfants qui peuvent paraître maladroits, mais qui ne le sont pas. Et surtout, ils sont conscients de leur réalité. «Écrire, attraper la balle, patiner, il faut continuellement s’adapter», résume Dany Hardy, fier papa d’Alexandre et témoin de ses plus récents exploits aux provinciaux, au niveau peewee.

«Ce qui m’impressionne, c’est qu’il réussit à performer à son niveau.»

Et c’est tout à son mérite. En cours de saison, il a su changer sa façon de se positionner comme frappeur. Un jour, l’un des entraîneurs de l’association de baseball mineur des Estacades, Steve Wolfe, a pris quelques minutes pour l’aider avec sa motion de lanceur. «Cinq minutes qui ont changé sa saison pour le mieux», sourit le père, sous le regard complice de fiston et de sa maman, Josée Nadeau. Pour l’histoire, les deux parents se sont rencontrés sur un terrain de baseball. Le grand frère d’Alexandre, Willyam, est aussi un fervent amateur et adepte du sport.

«[Alexandre] sait qu’il doit vivre avec la dyspraxie, sauf que pour lui, ça ne sera jamais une excuse. Il est tellement persévérant! En plus, ses coéquipiers l’adorent. Ils forment une belle gang», partage Josée Nadeau.

Une gang soudée et, au dire des parents, bien dirigée. Pendant son développement comme jeune sportif, Alexandre a pu apprendre auprès d’entraîneurs qui ont tous été patients avec lui. Ça aussi, ça fait toute la différence. Dans le hockey, Dany Hardy parle notamment de l’implication d’Éric Tailly, Jean-François Trudel et Daniel Plourde. «Ils ont tous eu un grand impact.»

Diagnostic tardif

Alexandre Hardy a toujours aimé les sports. Très jeune, il alternait entre le hockey et le baseball. Fan de lutte, il collectionne les figurines. Sur le plan académique, plus il cheminait à l’école primaire, plus ça devenait difficile. Il revenait épuisé de ses cours. Alexandre a rencontré divers intervenants. Le diagnostic de la dyspraxie est finalement tombé à la fin de sa quatrième année. Environ un an plus tard s’ajoutait la dyscalculie, qui entraîne des difficultés persistantes à comprendre les concepts mathématiques de base. «Les deux troubles viennent souvent ensemble», mentionne Dany Hardy. «Alexandre est courageux. Avant qu’il ne soit diagnostiqué, il a réussi à compenser par lui-même, sans que personne ne sache de quoi il était atteint. Il s’est adapté dans le sport et aujourd’hui, il est champion provincial de baseball pour la première fois!»

Car Alexandre a toujours eu le sens et l’intelligence du jeu. Il a fait son entrée au secondaire vendredi, au Collège de l’Horizon, et aura l’honneur de défendre les couleurs des Estacades au football. Il évoluera au poste de centre, lui qui mise sur un bon physique.

«Mon but, c’est d’aller en Sport-études un jour», lance-t-il en souriant. Le responsable du football aux Estacades, Pierre De Jean, a assuré les parents qu’il militerait en sa faveur. Peut-être pour son deuxième secondaire, qui sait.

«Il est exempté de mathématiques, mais il doit avoir de bons résultats dans les autres matières», explique son père.

Avec sa volonté de fer, pariez sur Alexandre pour mettre toutes les chances de son côté. Sa médaille d’or le prouve: c’est un tenace.