Michel Djaozandry

La deuxième chance de Michel Djaozandry

-Ce n'est jamais facile pour un athlète de subir la coupure de son club. La pilule est encore plus difficile à avaler à 15 ans, quand on a la chance de s'entraîner au sein de l'un des programmes de soccer les plus réputés au Québec.
Après deux ans à peaufiner son apprentissage avec l'Académie de l'Impact de Montréal, Michel Djaozandry a reçu, en juin dernier, l'appel que tous les adolescents du centre redoutent. Son association prenait fin abruptement, l'Académie préférant ne pas renouveler son entente avec le joueur de Trois-Rivières.
Le jeune Djaozandry l'ignorait à l'époque, mais cette décision des entraîneurs de développement de l'Impact n'allait pas sonner la fin de son rêve. Quelques mois plus tard, il rejoignait le Centre national de haute performance (CNHP), à Laval. Il s'agit de l'un des cinq centres nationaux d'entraînement de l'Association canadienne de soccer, conçus pour regrouper les joueurs identifiés espoirs ou élites.
«Sur le coup, c'est très fâchant. Je n'ai pas compris la décision de l'Académie car je croyais être supérieur et de loin à plusieurs gars qui restaient dans la structure. Ça fait mal de se faire rejeter, surtout après tout ce temps.»
Défenseur latéral figurant parmi les meilleurs au Québec à sa position, le Trifluvien n'a jamais songé à revenir en Mauricie, où il a développé sa passion pour le soccer dans les niveaux U5 à U14, au FC Trois-Rivières. Repéré par le CNHP à la suite de sa belle prestation au Championnat canadien des sélections - et ce en dépit d'un parcours difficile pour Équipe Québec -, Djaozandry a rejoint le centre national en septembre.
Par sa nomination, il est devenu le premier Mauricien à vivre l'expérience de l'Académie de l'Impact et du CNHP. Ça faisait d'ailleurs plusieurs années qu'on n'avait pas vu un athlète masculin de la région au Centre national. Chez les dames, Annick Maltais, Marie-Laurence Ouellet et Pascale Pinard y avaient fait un stage au cours de la dernière décennie. «C'est très difficile pour les joueurs en région de percer, rappelle son père, Rufin Djaozandry. Tout se passe à Montréal, c'est très politique comme réalité. Michel incarne l'exemple parfait de persévérance duquel les plus jeunes peuvent s'inspirer.»
Exilé depuis plus de deux ans du nid familial, Michel fréquente désormais l'école Georges-Vanier et s'entraîne à tous les jours au Complexe du Collège de Bois-de-Boulogne. Il y a quelques semaines, il avait aussi pris part à un camp de dix jours au centre de formation de l'Olympique Lyonnais, avec son club civil. Bref, malgré le choc provoqué par son retrait de l'Académie, il a retrouvé le sourire.
«Je ne regrette pas mon passage à l'Académie, j'y ai appris beaucoup de choses. J'ai quand même eu l'occasion de me faire coacher par Eduardo Sebrango avant qu'il ne signe son premier contrat en MLS avec l'Impact! Mais je ne faisais plus partie des plans, je ne cadrais pas dans leur vision et aujourd'hui, je l'accepte un peu mieux.»
Car il apprivoise, au CNHP, un style qui lui convient davantage. Reconnu pour son flair offensif, il sent qu'une belle chimie est en voie de s'installer avec les entraîneurs du centre.
«L'encadrement est différent, la philosophie aussi. Au centre, ils sont plus axés sur le soccer conservateur tandis qu'à l'Académie, on nous encourageait à chercher constamment la passe. Toute la manière d'enseigner diffère par rapport à l'Académie. Est-ce qu'ils sont meilleurs? Je ne suis pas prêt à dire ça, mais ça me convient et je suis très heureux!»
Très fier aussi d'être le premier Mauricien à avoir fréquenté les deux pôles par excellence du soccer québécois. Mais encore là, son développement suit la tangente à laquelle il rêvait, tout jeune. «Je veux devenir un joueur professionnel, de préférence en Europe si les portes s'ouvrent à moi. Je ne me fixe pas de limites!»