Les compétitions d’arts martiaux comme celle-ci en taekwondo ne sera pas possible à court terme, mais les entraînements avec contacts pourront au moins reprendre, en bulles de quatre personnes.
Les compétitions d’arts martiaux comme celle-ci en taekwondo ne sera pas possible à court terme, mais les entraînements avec contacts pourront au moins reprendre, en bulles de quatre personnes.

La communauté des sports de combat en Mauricie crie victoire

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Longtemps considérés comme les grands oubliés du déconfinement sportif, les adeptes et enseignants des divers arts martiaux de la région saluent l’initiative du gouvernement. Ils pourront reprendre l’entraînement... et assurer la survie des clubs, sur le neutre depuis près de six mois.

C’est connu, la Mauricie constitue un terreau fertile pour les sports amateurs de combat, notamment en taekwondo, en judo et en karaté.

Il y a à peine quelques semaines, François Noël ne pouvait même pas entrer au local de son club Seikidokan, à la Bâtisse industrielle de Trois-Rivières. Un accès qui lui était interdit depuis mars. Il y était mardi, au moment de répondre à l’appel du Nouvelliste. Et dès mercredi, il pourra enfin partager sa passion de nouveau, en respectant plusieurs règles sanitaires établies par Judo Québec et approuvées par la Santé publique.

«Je suis ému! Retourner au dojo, planifier les horaires et préparer la rentrée de nos membres, jeunes et moins jeunes, c’est fantastique», sourit l’entraîneur, aussi à la tête du programme Sport-études des Estacades.

Quel sera l’effet de ce retour tardif sur le nombre d’inscriptions? Difficile à prévoir pour l’instant. Le Seikidokan compte environ 150 membres.

«On en a perdu, sauf que d’après moi, plusieurs reviendront. Le défi, ce sera d’ajuster les groupes d’entraînement en fonction des bulles de quatre personnes. Un soir, si tu tombes à trois, ça peut rapidement devenir un problème. Par contre, c’est un problème beaucoup moins grave que celui auquel nous étions confrontés!»

Agir «de façon intelligente»

Même son de cloche à Shawinigan, où Philippe Davidson du Ghishintaido attendait avec fébrilité les annonces de la ministre Isabelle Charest et du docteur Richard Massé.

«Ce sera à nous de faire les choses de façon intelligente, de ne pas prendre des risques immodérés», avise l’entraîneur, avec la sagesse que l’on connaît de plusieurs enseignants d’arts martiaux.

«Ça fait du bien, autant pour le bien-être physique que psychologique!»

Ceci dit, les clubs n’auront pas le droit à l’erreur. «On loge dans un édifice municipal, il y a des règlements à respecter, la prudence sera de mise. Nous serons plus sévères que moins sévères.»

François Noël

Philippe Davidson attendait de prendre connaissance du plan du retour avant de lancer sa période d’inscriptions. Au cours de l’été, une vingtaine de personnes ont enchaîné les entraînements, sans contact. La situation vient d’évoluer de belle façon.

«Ne pas pouvoir se toucher du tout, au judo, ça limite l’entraînement. Même si nous avons pu travailler sur certains aspects en petits groupes, on retrouvera une certaine normalité. On a hâte!»

Pertes de revenus

Impliqué dans le milieu depuis cinq décennies, André Pronovost du club de karaté Shito-Ryu avoue qu’il commençait à s’impatienter.

Pas qu’il en avait contre les mesures sanitaires, mais le spectre entourant des problèmes financiers l’angoissait de plus en plus.

«Je n’enseigne pas dans les écoles et j’ai un local à payer. Il n’y a pratiquement plus un sou qui entre alors oui, j’ai eu peur de devoir fermer! Pourtant, je suis là depuis 1970 et le karaté deviendra un sport olympique à Tokyo. Il y a une demande pour ce sport, une belle clientèle.»

Les entraînements avec contact pourront donc enfin reprendre et, selon André Pronovost, les karatékas seront au rendez-vous sur les tatamis.

«Je reçois plusieurs appels, je crois que les parents ont hâte d’inscrire leurs enfants. Karaté Québec a été l’une des premières fédérations à partager son protocole à la Santé publique, c’est du sérieux. D’ailleurs, ça change souvent depuis le début de l’été! C’est en constante évolution. Nous allons nous tenir informés de tout ça, c’est certain.»

Idem pour le milieu du taekwondo, assure Tommy Boisvert, qui a sous son égide plusieurs athlètes de talent, dont Viviane Tranquille, une espoir pour les Jeux olympiques de 2024.

«J’ai continué à voir nos athlètes de l’élite, mais la motivation à l’entraînement n’était pas la même, avec les limitations. Juste de pouvoir partager les frappes et les coups, les batailles réelles, déjà là, c’est un pas important de franchi depuis le confinement du mois de mars.»

Tôt ou tard, les entraîneurs des sports de combat craignaient de perdre des adeptes au détriment d’autres disciplines, déconfinées depuis plus longtemps et dont l’essence du sport était moins altérée par les règles sanitaires.

L’olympien Antoine Valois-Fortier, lors d’une visite au Seikidokan en 2017.

«Je n’avais pas peur pour mon club, mais pour les adhésions, j’étais inquiet de voir une masse de jeunes quitter», avoue François Noël, qui a pu assurer la poursuite des activités grâce à un fonds de prévoyance au Seikidokan.

«Je pense que les gens ont hâte et ont besoin de bouger», conclut Tommy Boisvert. «Je suis prêt pour les semaines de 40 heures au club Performance!»