Si Julio Martinez espère être mis sous contrat par une équipe des majeures, il est obligatoire qu’il soit citoyen d’un autre pays que Cuba. L’ancien joueur étoile des Aigles a fait désertion l’été dernier au New Jersey.

Julio Martinez réapparaît

ANALYSE / Après être disparu des radars au mois d’août, Julio Martinez est de retour. L’ancien voltigeur des Aigles de Trois-Rivières se trouve à Haïti où il est sur le point d’obtenir la citoyenneté, une étape primordiale avant d’être en mesure de s’entendre avec une équipe du Baseball majeur. Mais à quoi peut s’attendre le jeune homme de 21 ans?

C’est la revue spécialisée Baseball America qui a été la première à s’entretenir avec Julio Pablo Martinez – son nom complet. Pourquoi est-il à Haïti lorsqu’on sait qu’il a fait défection au New Jersey, donc déjà en terre américaine, où il espère jouer prochainement. 

Fort possiblement parce qu’il est plus facile d’obtenir sa citoyenneté dans certains pays des Caraïbes – ¡Viva la corrupción! – qu’en terre de Donald Trump. Or, si Martinez espère être mis sous contrat par une équipe des majeures, il est obligatoire qu’il soit citoyen d’un autre pays que Cuba.

L’été dernier, les amateurs de baseball de la Ligue Can-Am ont pu apprécier le talent du jeune homme. 

Ce sera maintenant aux recruteurs du Baseball majeur de faire de même le 8 décembre, alors que Martinez fera l’étalage de ses habiletés lors d’une journée prévue à Santo Domingo en République dominicaine. C’est par la suite que s’amorceront les enchères.

Malheureusement pour lui, Martinez est né deux ans trop tard. Le Baseball majeur a apporté de sévères modifications à ses règlements quant à la signature d’espoirs internationaux. 

Terminée, l’époque des gigantesques bonis de signature de 31,5 et 25 M $ obtenus dans les dernières années par Yoan Moncada et Luis Robert. Les équipes doivent maintenant se plier à une limite rigide, plutôt que de dépenser et assumer les gigantesques pénalités reliées à leur décision. Dorénavant, les formations seront limitées à une somme entre 4,25 M$ et 6 M$ par année. La différence est majeure.

Ce n’est pas la seule brique qui tombe sur la tête de Martinez. Depuis deux ans, douze équipes ont dépassé le plafond alloué pour les espoirs internationaux. Pénalisées, elles n’auront que 300 000 $ à leur disposition afin de séduire Martinez. Son boni en sera inévitablement touché.

Est-ce que l’ancien des Aigles vaut les sommes obtenues par Moncada et Robert? Martinez est légèrement plus âgé que ses deux compatriotes et on le décrit comme un peu moins habile et doté d’une stature moins impressionnante. Mais son apparition sur le marché des joueurs autonomes a retenu l’attention et on le décrit comme l’un des meilleurs espoirs disponibles après Shohei Otani, le Babe Ruth japonais puisqu’il est tout aussi bon au monticule qu’au bâton. 

La signature de ce dernier aura d’ailleurs un impact sur le boni qu’obtiendra Martinez, tout comme la présence des 12 espoirs que les Braves d’Atlanta ont dû libérer cette semaine après avoir enfreint plusieurs règlements des signatures internationales du Baseball majeur.

Et les Aigles dans tout ça?

Lorsque Martinez apposera sa signature au bas d’un contrat du Baseball majeur, il deviendra le premier joueur cubain sous contrat avec une équipe nord-américaine à faire un tel geste. Même s’il s’est sauvé de Trois-Rivières, les Aigles détiennent toujours ses droits. Personne ne sait comment se réglera ce dossier.

Dans les divers médias qui ont abordé le cas, la question des droits de Martinez dans la Ligue Can-Am ne retient pas l’attention. On parle tout simplement que le voltigeur a quitté l’île, comme l’ont fait plusieurs vedettes dans le passé.

J’ai récemment discuté avec Michel Laplante, qui a mis sur pied cette collaboration Cuba-Ligue Can-Am. Il estime que les journalistes qui ont discuté avec Martinez à Haïti ont erré en n’abordant pas la question, en ajoutant que les excellentes performances du jeune voltigeur dans la Can-Am sont une bien meilleure base d’évaluation des capacités de Martinez que ce qu’il aurait pu faire dans la Serie Nacional de Béisbol.

À son avis, il est temps que le préjugé selon lequel les joueurs cubains sont maltraités sur l’île tombe. Tout ce que veut Cuba, c’est d’être compensé pour la perte de ses meilleurs atouts, ce que le Baseball majeur ne peut faire depuis 1962, embargo oblige.

Le Baseball majeur a toujours respecté les contrats signés par les joueurs dans d’autres circuits. C’est ce qui a permis aux Aigles d’obtenir quelques milliers de dollars lorsqu’un de leurs joueurs a fait le saut vers le baseball affilié. Les équipes du baseball indépendant peuvent demander la somme qu’elles désirent pour vendre le contrat du joueur en question. 

Techniquement, l’équipe qui s’entendra avec Martinez pourrait signer un chèque aux Aigles, avant que ceux-ci ne l’endossent et le donnent à la fédération cubaine. Mais il y a très peu de chance qu’une formation ose défier le gouvernement américain. À l’inverse, j’imagine mal les Aigles, ainsi que la Ligue Can-Am, tenir tête au Baseball majeur en ne laissant pas aller leur ancien voltigeur.

Le contrat qu’avait Martinez avec la fédération cubaine, qui lui permettait de quitter l’île en obligeant son retour, tiendra-t-il la route? Ce sera possiblement à la justice américaine de décider. On peut donc s’attendre à ce que ce dossier prenne des années à se régler. D’ici-là, Martinez sera peut-être dans les Ligues majeures, et, si c’est le cas, il sera connu à Trois-Rivières comme le meilleur joueur à avoir foulé la pelouse du Stade du parc de l’Exposition depuis l’époque de Ken Griffey.