Julien Brouillette, un ancien des Estacades midget AAA, a vécu son baptême dans la Ligue nationale jeudi dernier dans l'uniforme des Capitals de Washington.

Julien Brouillette, le survivant

Le rêve qui le consume depuis qu'il est ti-cul et auquel s'est accroché Julien Brouillette pendant sept saisons dans les ligues mineures s'est concrétisé jeudi soir dernier à Washington. Après plus de 400 matchs dans la Ligue américaine et la sombre East Coast League, l'ex-Estacades de Trois-Rivières a enfin pu goûter au velours de la LNH.
Et l'athlète de 27 ans n'a pas ouvert la porte sur la pointe des pieds. Quinze minutes de temps de jeu, une mention d'assistance, un différentiel de +2, des chiffres qui ont aidé les Capitals de Washington à renverser les Jets de Winnipeg.
«C'est une soirée dont je vais me souvenir toute ma vie», souligne le sympathique défenseur qui est passé chez les pros à titre de joueur autonome après un brillant parcours de quatre saisons dans la LHJMQ avec les Saguenéens de Chicoutimi.
La veille en matinée, il ne se doutait pas encore qu'il allait côtoyer les Alexander Ovechkin, Nicklas Backstrom et autres rock stars des Capitals, lui qui bénéficiait d'une journée de congé avec les Bears de Hershey dans la Ligue américaine.
«J'étais en train de dîner à mon appartement et je me demandais ce que j'allais faire de mon après-midi quand le téléphone a sonné. Disons que j'ai su rapidement ce que j'allais faire au cours des heures suivantes! Cet appel m'a fait revoir comme le film de ma carrière en l'espace de quelques secondes dans ma tête. Mes anciens coéquipiers, mes anciens entraîneurs, tout ce cheminement... Ce fut spécial, les émotions qui sont remontées à la surface », sourit-il.
S'il a bien dormi la veille du match, les papillons sont apparus quelques heures avant son baptême officiel. «Je n'ai pas été capable de fermer l'oeil durant la sieste. Et quand je suis arrivé à l'aréna, j'ai trouvé le temps très long avant la période d'échauffement. Mais par la suite, ça s'est placé et j'ai pu jouer mon match.»
Enfin, presque. Car il s'est aperçu dès ses premiers coups de patin en situation de match de l'écart qui existe entre le circuit Bettman et son antichambre. «Les Jets sont gros, rapides. À ma première présence, je croyais avoir neutralisé le joueur que je couvrais et qui sortait du coin de patinoire, mais il a néanmoins pu prendre un bon lancer. Je me suis dit «ok, tu es arrivé dans la LNH!». Mais par la suite, je n'aurais pu demander mieux. Surtout que ça s'est passé à Washington, devant des fans qui sont bruyants. Il y avait une ambiance du tonnerre dans l'aréna!»
Au terme de la rencontre, Adam Oates l'a complimenté publiquement. Pour sa part, Brouillette s'est prouvé qu'il pouvait se tirer d'affaires dans le meilleur circuit de la planète. «Comme joueur, tu y crois. Quand tu vois quelques-uns de tes coéquipiers y accéder, tu ne peux t'empêcher d'établir une comparaison. C'est spécial d'avoir eu la chance de valider ce que je pensais.»
Brouillette ne s'est pas contenté de faire une bonne première impression, il a enchaîné avec un autre solide performance samedi, inscrivant le but gagnant dans une victoire de 3-0 face aux Devils. Une fois revenu au vestiaire, Brouillette a même eu droit à une bonne vieille tarte à la crème au visage, gracieuseté de ses coéquipiers, pendant qu'il répondait aux questions de la presse!
Retour à Hershey
Évidemment, il n'est pas rassasié. S'il a été rappelé parce que trois défenseurs des Capitals sont présentement coincés à l'infirmerie, il espère pouvoir faire réfléchir ses patrons sur la possibilité de lui accorder du temps pour démontrer qu'il appartient à cette élite. Au retour de la pause olympique, évidemment, pause qu'il va passer à Hershey. «C'est clair que lorsque tu as goûté à la LNH, c'est ici que tu veux jouer!»
Chose certaine, Julien Brouillette n'aurait jamais vécu cette enivrante expérience s'il n'avait pas fait preuve d'une grande patience. Après leur stage dans le confort de la LHJMQ, bien des Québécois abandonnent leur rêve après quelques semaines, quelques mois dans la East Coast League. Lui n'a pas bronché pendant quatre ans! Un par un, il a monté les échelons le séparant de la Terre Promise.
Mais n'allez pas dire à la nouvelle fierté de Saint-Esprit que son comportement a quelque chose d'exceptionnel. L'étiquette quasi héroïque de survivant, il n'y tient pas. «Si je n'ai pas lâché, c'est que j'avais le sentiment que je progressais à chaque année. Et puis je voyais toujours 2-3 gars par année avec qui j'ai joué ou que j'affrontais obtenir leur chance... »
Si quelqu'un mérite de vivre ça, c'est bien Julien Brouillette, selon son agent Paul Corbeil. Le notaire trifluvien est à ses côtés depuis qu'il a défendu le maillot des Estacades midget AAA. «Julien joue au hockey pour les bonnes raisons. Et c'est un gars qui a toujours voulu s'améliorer. Je considère aussi que son entourage l'a beaucoup aidé dans son cheminement. Ses parents l'ont toujours encouragé, sans lui mettre de la pression. Un gars fiable comme lui, toutes les équipes en recherchent!»