Martin Mondou agit à titre de directeur général des Cataractes de Shawinigan depuis juin 2007.
Martin Mondou agit à titre de directeur général des Cataractes de Shawinigan depuis juin 2007.

Joueurs récalcitrants: le casino du hockey junior québécois

TROIS-RIVIÈRES — Miser gros, «gambler», jouer d’audace, ce sont toutes des qualités précieuses pour les directeurs généraux des 18 formations de la LHJMQ. Les Cataractes de Shawinigan et Martin Mondou n’en font pas exception, eux, qui ont fait de leurs deux premières sélections, des joueurs récalcitrants lors du plus récent repêchage il y a deux semaines.

«Avec le 49e choix au total, les Cataractes de Shawinigan sont fiers de sélectionner, des Estacades de Trois-Rivières, Isaac Ménard.»

Si la plupart des équipes du circuit le classaient en fin de première ronde, le directeur général des Cataractes de Shawinigan a finalement jeté son dévolu sur le défenseur trifluvien au troisième tour du repêchage des joueurs midgets. Pourquoi si tard, certains diront: c’est que le jeune homme avait informé les différentes équipes du circuit qu’il poursuivrait sa carrière aux États-Unis. Finalement, Martin Mondou a eu la main heureuse et a convaincu le clan Ménard.

Scénario semblable en ce qui a trait au tout premier choix des Cataractes lors de cet encan, un coup de dés nommé Michael Mastrodomenico. Répertorié troisième au total par la Centrale du soutien au recrutement, l’arrière a finalement glissé jusqu’aux Cataractes qui ont fait de lui le neuvième choix au total. S’il a chuté de six rangs, c’est en partie parce que le jeune défenseur a laissé planer le doute de poursuivre sa route dans la NCAA. Entre les branches, il a même été raconté que Michael Mastrodomenico aurait refusé de joindre les Olympiques de Gatineau, eux qui avaient l’embarras du choix possédant, trois des quatre premières sélections du repêchage. Le dépisteur-chef, Mario Carrière, a admis que dans tous les scénarios envisagés, personne ne prévoyait qu’il allait se rendre au neuvième échelon.

Gage de succès?

Le Nouvelliste a donc recensé différents paris des Cataractes de Shawinigan à travers les dernières années afin de valider l’impact de l’adage: qui ne tente rien n’a rien.

Si les Gabriel Sylvestre, Xavier Bourgault, Peter Sakaris et Alexandre Coulombe ont fait vibrer le Centre Gervais Auto, qu’en est-il des Dovar Tinling, Michael Matheson, Jérémy Bucheler, Alexander Campbell, Ryan Brushett et Samuel Vigneault?

Succomber aux Cats

Retour en 2014, Martin Mondou sélectionne le défenseur Gabriel Sylvestre au 18e rang. À l’époque, l’arrière au gros gabarit avait témoigné l’intérêt de poursuivre sa progression aux États-Unis. L’état-major avait convaincu le Blainvillois qui s’est avéré être une pièce maîtresse pour la formation disputant pas moins de quatre saisons à Shawinigan pour un total de 212 rencontres. Celui qui a disputé une partie de la dernière saison à l’UQTR avait conclu son passage junior chez les Wildcats de Moncton.

Piler sur son orgueil

Peter Sakaris, nom bien connu des partisans des Cataractes. S’il a eu un parcours en dents de scie à Shawinigan, c’est l’envie de terminer son stage junior sur une bonne note qui l’a convaincu de revenir dans le circuit Courteau. Celui qui a totalisé 137 points en 159 joutes avait entamé son parcours dans la USHL. Il a remporté la Coupe Memorial en 2012, étant toutefois laissé de côté par son entraîneur-chef, Éric Veilleux. Sakaris avait pourtant connu sa meilleure saison en terme de production offensive lors de la campagne 2011-2012. Le choix de 10e ronde, 180e au total a pilé sur son orgueil terminant premier pointeur devant Frédérick Gaudreau la saison suivante, mais cette fois sous les ordres de Denis Chalifoux.

Concours de circonstances

Six pieds, trois pouces et 205 livres, Alexandre Coulombe a été contacté par les Cataractes lors du printemps 2014. Alors courtisé par l’Université du Vermont, le défenseur format géant a exigé un contrat de deux ans afin de lui assurer une certaine sécurité. À sa toute première campagne, Coulombe se blesse à la cheville en bloquant un lancer. Il a cependant continué à jouer malgré la douleur. Voyant que le mal persistait, l’arrière a dû se faire opérer et a par le fait même, raté le début de la saison suivante, soit en 2015-2016. Les choses ont rapidement déboulé par la suite, en novembre 2015, Martin Mondou envoie Coulombe aux Wildcats de Moncton. Ces mêmes Wildcats l’ont également transigé aux Remparts de Québec, un seul mois plus tard.

Impact immédiat

À seulement 17 ans, l’attaquant Xavier Bourgault est un pion important dans l’échiquier de Martin Mondou. Choix de deuxième tour, 33e au total en 2018, celui qui ne sera qu’éligible au repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH) en 2021 a d’abord lorgné les États-Unis avant de se laisser convaincre. Cette saison, le numéro 98 à su tirer son épingle du jeu terminant meilleur buteur de l’équipe avec 33 réussites, jumelées à 38 mentions d’assistances cumulant un total de 71 points. Cette récolte est bonne pour le premier rang des pointeurs de l’équipe à égalité avec Mavrik Bourque, répertorié, lui, en première ronde lors du prochain repêchage de la LNH.

Récalcitrants

Certains étaient promus à de belles carrières, ils ont décliné l’option d’évoluer pour les Cataractes de Shawinigan afin de s’exiler à l’extérieur.

Reconnu comme l’un des meilleurs joueurs au Canada de son groupe d’âge, Dovar Tinling s’est laissé tenter par les Cataractes malgré son grand intérêt pour la NCAA, venant visiter les installations il y a moins d’un an. Il a toutefois préféré évoluer avec son frère Azzuro dans le junior A. Les deux frères devraient évoluer à nouveau ensemble pour l’Université du Vermont, à compter de la saison 2021-2022, dans le cas de Dovar.

La plus récente sélection de Michael Mastrodomenico n’est pas sans rappeler celle de Michael Matheson en 2010. Si plusieurs considéraient Matheson comme le plus bel espoir de l’encan, Martin Mondou avait jeté son dévolu au 27e rang. À l’époque, le directeur général avait tenté de convaincre le défenseur à l’aide de l’éventuelle Coupe Memorial de 2012, mais en vain.

Matheson s’est finalement aligné avec les Eagles de Boston College. L’arrière a par la suite été sélectionné par les Panthers de la Floride, 23e au total. Il a disputé jusqu’à présent cinq saisons dans le circuit Bettman.

Lors de l’encan 2017, au 12e tour, les Cataractes en avaient surpris plusieurs en sélectionnant Jérémy Bucheler, repêché l’année précédente en première ronde par l’Armada de Blainville-Boisbriand. Il évolue actuellement dans la NCAA. À ce moment, le dépisteur-chef, Mario Carrière, qualifiait cette sélection de risque calculé et espérait avoir réalisé un «coup de circuit».

Scénario semblable pour l’attaquant Alexander Campbell sélectionné, quant à lui, 159e au total. Ce rang est une fois de plus expliqué en raison de l’incertitude qui planait dans son cas. À cet échelon, il s’agissait d’une sélection intéressante puisque Campbell venait de terminer au premier rang des marqueurs de la LHPS amassant 75 points en 28 rencontres.

Les Prédateurs de Nashville, eux, l’ont sélectionné en troisième ronde, 65e au total. Il devrait évoluer en NCAA la saison prochaine.

En novembre 2014, Martin Mondou avait une fois de plus tenté un pari, faisant l’acquisition de Ryan Brushett en provenance de Charlottetown. À ce moment, l’attaquant dominait la Ligue midget AAA avec une production de 15 buts et de 22 passes en seulement 21 matchs. Brushett avait témoigné l’intention de se diriger aux États-Unis. Le directeur général avait, à ce moment, en sa possession 22 choix de repêchage et avait cédé un choix de septième tour. C’est ce qui avait motivé cette décision.

De plus, à l’époque, l’attaque était composée majoritairement d’attaquants gauchers, c’était donc un argument de plus en faveur de Ryan Brushett, qui s’est finalement exilé dans la NCAA.

Comme quoi, parfois tenter sa chance peut rapporter gros. Mais le coup de circuit ne vient pas à tout coup!