Jeux olympiques de Tokyo: le Canada n’ira pas en 2020

TROIS-RIVIÈRES — Le Canada est devenu, tard dimanche, le premier pays à confirmer qu’il n’enverra pas d’athlètes à Tokyo, en juillet 2020, si les Jeux olympiques devaient s’y dérouler, malgré la pandémie de coronavirus qui bouleverse le monde.

C’est au terme de longues discussions, échelonnées sur quelques jours, que le Comité olympique canadien (COC) a fait savoir sa décision aux athlètes, puis aux médias par cle biais d’un communiqué.

Eric Myles

«Ce n’est pas une décision facile à prendre, mais nos partenaires et notre conseil d’administration en viennent au même constat: la sécurité de nos athlètes, de leurs proches et de toute la communauté doit primer sur le sport en cette période d’incertitude», a mentionné au Nouvelliste le Trifluvien Eric Myles, chef du sport au COC.

Ainsi, le Comité olympique canadien et le Comité paralympique canadien recommandent au Comité international olympique (CIO) ainsi qu’aux organisateurs de Tokyo 2020 de retarder les Jeux à l’an prochain (2021). En sachant, bien sûr, tout ce que cela entraîne en termes de complexité.

«C’est gros. Je ne veux pas faire de spéculations, mais je sais qu’on parle de milliers de contrats à revoir, d’ententes et d’accès aux sites des compétitions, des hôtels et du village olympique. Le Comité olympique canadien offrira son entière collaboration aux organisateurs de Tokyo s’ils décident de retarder les Jeux à 2021.»

Myles est en contact constant avec des chefs de comités d’autres nations. Le Canada, comme la Norvège, le Brésil et la Slovénie, faisaient pression sur le CIO afin que celui-ci reporte les Jeux de la XXXIIe olympiade de l’ère moderne.

«Le reste ne nous appartient pas, sauf que nous croyons que d’autres nations nous suivront.»

Myles ne se trompait pas: sur Twitter dimanche, des journalistes rapportaient que l’Australie devait emboîter le pas au Canada. On s’attendait à ce que d’autres pays joignent leur voix.

«En ce moment, nous gérons une crise dont la situation change chaque jour, voir chaque demi-journée. Ce n’est pas normal, tout bouge vite. Il y a une semaine encore, j’étais confiant que nous allions être à Tokyo cet été», d’ajouter Eric Myles.

Le ministre du Patrimoine canadien et responsable du sport amateur, Steven Guilbeault, a salué la décision du COC sur Twitter. «C’est la chose à faire dans les circonstances.»

Eric Myles reconnaît avoir vécu de bien meilleurs moments que la journée d’hier en plus de six ans avec le Comité olympique canadien. Il avait été engagé à quelques semaines du début des Jeux d’hiver de Sotchi, en 2014.

Lui-même un ancien athlète d’élite en canoë-kayak, il pouvait facilement se mettre dans les souliers de tous ces jeunes à qui le COC a dû annoncer, dimanche, qu’ils ne seraient pas de la partie au Japon cet été... si les Jeux ont bel et bien lieu aux dates prévues (24 juillet au 9 août).

«J’ai énormément d’empathie pour eux. Nous avons reçu un appui fort de la Commission des athlètes, qui représente la voix de nos athlètes olympiques au pays auprès du conseil d’administration. Tout le monde comprend la situation. C’est regrettable, mais nous serons là pour les appuyer en ces temps difficiles. Ce sera en fait notre priorité», assure Myles.

Partie remise?

La nouvelle était encore fraîche au moment où Le Nouvelliste a pu s’entretenir avec la joueuse de rugby Elissa Alarie, établie à Victoria en Colombie-Britannique.

La Trifluvienne était pressentie pour représenter le Canada en rugby à 7 à Tokyo. Elle a d’ailleurs pris part aux Jeux de Rio, il y a quatre ans. Alarie fait partie d’une belle délégation d’athlètes de la Mauricie qui avaient une chance réelle d’aller à Tokyo en juillet et août.

Parmi les autres, on pense à la boxeuse Tammara Thibeault et aux athlètes de canoë-kayak Laurence Vincent Lapointe, Andréanne Langlois, Vincent Jourdenais, Dominik Crête et Laurent Lavigne.

«Ça change nos plans! Je viens de l’apprendre et je suis quelque peu surprise. Je ne savais pas que la décision serait rendu aussi rapidement.»

Peu de temps avant, le CIO avait déjà confirmé qu’il était impensable d’annuler les Jeux. Le Comité international se donne quatre semaines pour prendre une décision concernant un éventuel report. Quelque 11 000 sportifs de 210 nations prennent part aux Jeux d’été.

«J’ai hâte d’avoir plus de détails sur la décision du Comité olympique canadien, poursuit Elissa Alarie. C’est un choc. Deux heures avant de recevoir la nouvelle, je discutais avec les filles de l’équipe nationale via les réseaux sociaux. On s’entraîne seules, chacun de notre côté, depuis une dizaine de jours.»

À la lumière des derniers développements, Elissa Alarie s’attend à ce que les Jeux soient reportés. «Environ 50% des athlètes n’ont pas encore été en mesure de se qualifier en raison de l’annulation des compétitions. Pour une joueuse de rugby comme moi, ce n’est pas un problème de courir dehors, mais pour un nageur, c’est pas mal moins évident!»

Alarie est membre de l’équipe canadienne en rugby à 7, mais aussi de l’équipe de rugby à 15. Cette dernière doit prendre part à la Coupe du monde de 2021, en Nouvelle-Zélande. «On aura assurément des décisions à prendre si les Jeux de Tokyo ont lieu en 2021.»

À l’image de tous les athlètes d’élite, désormais.