Les Albatros de Trois-Rivières ont été créés en 1970, juste à temps pour les finales régionales des Jeux du Québec. De gauche à droite: Georges Felber, Jean Godon, Patrice Boursier et Hubert Roigt.
Les Albatros de Trois-Rivières ont été créés en 1970, juste à temps pour les finales régionales des Jeux du Québec. De gauche à droite: Georges Felber, Jean Godon, Patrice Boursier et Hubert Roigt.

Jeux du Québec de 1970: les Albatros ont écrit l’histoire

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Ce fut une victoire sportive et culturelle. En août 1970, une bande de joueurs issus de communautés différentes gagnaient la première médaille d’or des Jeux du Québec en soccer. Ils représentaient les Albatros de Trois-Rivières, dans une ville qui n’était pas encore dotée d’un terrain digne de ce nom pour la pratique de ce sport!

Transportons-nous dans la cité de Laviolette du début des années 70. À l’époque, le parc Pie-XII sert de terrain de jeu pour des employés de l’usine Westinghouse, du boulevard Gene-H.-Kruger. Ils n’ont qu’à traverser la rue pour jouer au ballon. Mais à quoi jouent-ils, exactement?

«Avant l’émergence du soccer ou du foot comme disent les Européens, nous en Mauricie, on appelait ça du ballon coup de pied. Les Frères organisaient des matchs pendant les pauses à l’école, mais il n’y avait aucun règlement», se remémore Jean Godon, un demi-siècle plus tard, flanqué de trois de ses amis, tous des membres de cette cuvée championne de 1970.

Des pionniers

Godon a eu l’idée de réunir des joueurs de la première édition des Albatros, qui vivent encore aujourd’hui dans la région. Ils sont tous originaires de pays différents. Patrice Boursier (France), Hubert Roigt (Maroc) et Georges Felber (Allemagne) ont accepté l’invitation avec joie. Leur dernière rencontre ensemble remontait à plusieurs décennies. Rien n’y a paru!

«Oui, nous avons été des pionniers pour le soccer ici, mais nous avons surtout été de bons amis», sourit Hubert Roigt, un enseignant de chimie qui fut aussi consultant aux quatre coins du globe, de la Nouvelle-Calédonie en passant par Magadascar.

Pourtant, ses moments passés à disputer le ballon au parc Pie-XII figurent parmi ses beaux souvenirs. Un plaisir partagé avec ses «vieux amis», qui ont entre 68 et 84 ans.

C’est donc eux qui ont démocratisé le soccer à Trois-Rivières. À peine une vingtaine de gars, réunis le soir venu pour s’entraîner en vue d’affronter de grosses équipes, ailleurs au Québec. Surtout dans la région métropolitaine.

«Les Italiens de Montréal se moquaient de nous», rigole Georges Felber, en feuilletant des découpures d’articles du Nouvelliste de l’époque, rapportant les balbutiements du soccer organisé en Mauricie.

«Quand on les a battus, ils riaient moins. Ils pleuraient! Un joueur de leur équipe avait marqué contre son camp. Pour le remercier, Pat lui a embrassé les fesses. Il y a eu une bagarre générale!»

Les Marins brésiliens

Les Albatros ont été officiellement baptisés une demi-heure avant leur rencontre inaugurale, sous l’impulsion de leur commanditaire, Ben Vanasse. C’est à lui, en grande partie, qu’on doit la première équipe de soccer.

«Il détenait une compagnie de bois de construction. Il a cru en nous. Sans lui, il n’y a pas d’équipe», reconnaît Jean Godon, dépêché par le Service des loisirs de la Ville de Trois-Rivières pour aller observer «les joueurs du parc Pie-XII».

Une photo d’équipe, prise il y a 50 ans.

«J’ai écrit un topo sur eux, puis je suis devenu un des leurs! Je ne connaissais rien du soccer, ils m’ont tout appris», se souvient celui qui avait alors 19 ans.

Au sein du club, on dénombre quatre Québécois de souche: les gardiens Alain Cossette et Jean Dallaire, de même que Godon et Jean-Louis Beaudry. Les autres joueurs proviennent des divers pays européens ainsi que du Brésil.

«Nous étions les seuls à jouer au soccer en ville. En fait, on recrutait des joueurs au port de Trois-Rivières, quand ils sortaient des bateaux! On a donc ajouté des Brésiliens à notre groupe. Malheureusement, ils ne restaient pas longtemps chez nous...»

Une victoire inattendue

En 1970, un projet pilote est mis en place pour organiser des finales régionales des Jeux du Québec, question de préparer le terrain en vue des premières finales provinciales de 1971, à Rivière-du-Loup.

Les Albatros y représentent la Mauricie dans la classe senior et, contre toute attente, remportent la compétition. Plusieurs joueurs de cette édition ont conservé leur médaille. «Elle a une grande valeur sentimentale», témoigne Jean Godon, qui deviendra, plus tard, un officiel sur la scène internationale.

«Je dois beaucoup à cette bande de joueurs. Ils avaient même payé de leurs poches ma clinique d’arbitrage. Sans eux, je n’aurais pas eu ce parcours.»

«On jouait avec passion, sur un terrain qui n’était pas digne du soccer et sans protège-tibias! Notre grande fierté, c’est d’avoir aidé à développer une culture du soccer à Trois-Rivières et en Mauricie.»

La Ligue Inter-Cité allait voir le jour dès 1971. Depuis, il y a toujours eu du soccer de compétition dans la région.

«Ça n’a pas toujours été facile, souligne Patrice Boursier. Un jour, j’avais convoqué tous les professeurs d’éducation physique de la ville pour une séance d’initiation au soccer, au Colisée. Aucun d’entre d’eux n’avait répondu à l’appel!»

«Nous avons été longtemps les laissés pour compter, ajoute Hubert Roigt. On se battait contre le baseball, qui était très populaire. Ça paraissait dans nos résultats. Nos jeunes équipes, au début des années 70, n’ont pas gagné beaucoup de matchs à travers le Québec!»

Sauf qu’il y a eu une intégration du soccer. Aujourd’hui, la ville a formé plusieurs bons joueurs et les Patriotes de l’UQTR sont les champions universitaires au pays.

«Quand je passe en voiture devant un terrain de soccer aujourd’hui et que je vois les enfants jouer, je ralentis ou je m’arrête. Ça me fait chaud au cœur», sourit Hubert Roigt, avec un regard complice vers ses trois coéquipiers, champions des Jeux de 70.

Ces quatre joueurs de l’édition de 1970 ne s’étaient pas revus ensemble depuis plusieurs années.