Sébastien Jacques marchera pendant sept mois à travers l'Amérique du Nord. Lundi, il a parcouru la distance entre Louiseville et Trois-Rivières.

Jeu, set et match, Sébastien Jacques

On l'a déjà considéré comme l'un des espoirs du tennis canadien. Sébastien Jacques n'était pas le plus grand sur un court, mais il attaquait toutes les balles. Oui, il avait du chien, et on lui prédisait une belle carrière.
Pourtant, à partir de 2011, la jeune raquette remplie de promesses a commencé à s'essouffler. Alors étudiant de la prestigieuse université Virginia Tech, Jacques se levait le matin avec des douleurs persistantes à la tête. Des étourdissements aussi. Celui qui détenait toujours une longueur d'avance sur ses adversaires traînait la patte. Plutôt frustrant pour un athlète évoluant en division 1 de la NCAA, le terrain de jeu le plus compétitif aux États-Unis avant les pros.
Un médecin lui a détecté une imposante masse au centre de son cerveau. Les spécialistes au Québec et au sud de la frontière n'ont cependant pas voulu l'opérer pour la lui retirer. «Ils savaient que c'était une tumeur, mais jugeaient que l'opération était trop risquée. Personne n'était en mesure de m'aider même si tous s'entendaient pour dire que c'était dangereux», explique l'athlète de 28 ans.
Il a vécu pendant quatre ans avec ces symptômes. Dès février 2011, les médecins lui recommandaient d'arrêter le tennis, lui qui avait de grandes visées dans ce sport qu'il pratiquait depuis une décennie.
«J'ai fait quatre ans de tests, parlé avec tous les spécialistes, mais je me butais toujours à un mur. Puis, sur un forum de discussion, j'ai rencontré des gens qui partageaient les mêmes symptômes que moi. Ce n'était pas drôle. J'avais de la difficulté à descendre les escaliers et marcher plus que 15 minutes devenait un supplice.»
Originaire de Magog, Alexandre Jacques a alors effectué une sortie dans les médias de sa région. Son histoire a touché des centaines de personnes. Au même moment, il découvrait la possibilité de subir un traitement par l'entremise d'un neurochirurgien réputé de la région de Santa Monica, près de Los Angeles.
Un mois après sa sortie, il était couché sur la table d'opération en Californie. Une campagne de financement lui aura permis d'amasser plus de 100 000 $, soit le prix à payer pour enlever son kyste.
Deux ans plus tard, alors qu'il a remporté le combat le plus important de sa vie, le voilà qu'il s'attaque à un défi peu commode: marcher plus de 5000 km à travers l'Amérique du Nord afin de livrer son message d'espoir à ceux qui en ont besoin. 
Trois-Rivières avant Virginia Beach
Sébastien Jacques a commencé sa «marche folle» il y a une dizaine de jours à Magog. Il a rejoint Montréal, puis Trois-Rivières lundi. Il se rendra ensuite à Québec, toujours accompagné par ses proches. Sa mère le ravitaille en voiture. Il y a quelques jours, l'ancien tennisman a marché 32 km avec une de ses cousines, qui combat un cancer du sein.
«C'est une marche symbolique. Je m'arrête dans quelques écoles sur mon chemin pour parler aux jeunes. Je leur montre ma cicatrice, leur raconte par où je suis passé et où je m'en vais. J'avais de grandes visées en tennis. Je n'ai pas choisi de tomber malade, mais nous avons parfois la chance de choisir comment on réagit.»
Après Québec, Sébastien Jacques prendra place dans la voiture de sa mère pour un voyage à destination de Virginia Beach, sur la côte est. Il entamera la portion américaine de son long périple à pied tout près de l'océan Atlantique... en direction du Pacifique! 
«Je traverse le continent pour serrer la main du neurochirurgien qui m'a sauvé la vie à Santa Monica. Je passerai par le campus de Virginia Tech, où mes problèmes de santé sont apparus. Contrairement au Québec, je serai seul là-bas. Je marcherai avec mon chariot, je prévois dormir dans ma tente.»
Six jours par semaine pendant sept mois
Chaque jour, Jacques se réveille vers 6 h 30 et enfile ses espadrilles autour de 8 h. Au départ, il parcourait plus de 30 km par jour. Il a légèrement diminué la cadence depuis, conscient qu'il doit ménager son corps pour les sept prochains mois!
«Je marche six jours sur sept, huit heures par jour. Les premières semaines sont cruciales, je dois adapter mon corps à ce rythme de vie. Je ne dirai pas que c'est facile, mais quand les gens me klaxonnent pour m'encourager ou que je vais à la rencontre des jeunes dans les écoles, je réussis à me motiver.»
Après son opération, Jacques n'a pas mis de temps à se remettre sur pied. Il est parti en voyage au Costa Rica avant de mettre le cap sur l'Australie, où il a travaillé comme entraîneur de tennis pendant un an. C'est à l'autre bout du monde que lui est venu l'idée de tenir des conférences dans les écoles... et le projet de ce mégamarathon sur tout un continent.
«Je mets tous mes autres projets en veilleuse pendant un an. Mais ça ne me dérange pas de souffrir un peu si c'est pour donner de l'espoir ou faire sourire quelqu'un qui en a besoin.»