Jean-Marie Laforge est professionnel de golf depuis 1967. La COVID-19 n’a pas freiné sa ferveur pour la petite blanche: encore aujourd’hui, il donne des cours à près d’une trentaine de personnes, au Club La Tuque.
Jean-Marie Laforge est professionnel de golf depuis 1967. La COVID-19 n’a pas freiné sa ferveur pour la petite blanche: encore aujourd’hui, il donne des cours à près d’une trentaine de personnes, au Club La Tuque.

Jean-Marie Laforge: 86 ans, fidèle au poste

LA TUQUE — À 86 ans, Jean-Marie Laforge pourrait se la couler douce sur les allées du Club La Tuque en ressassant ses souvenirs, les bons coups et les meilleurs élans... comme les moins bons. Ce serait toutefois bien mal connaître le doyen des professionnels de golf au Québec. Encore aujourd’hui, l’infatigable professeur offre des cours à une trentaine de personnes, jeunes et moins jeunes, et ce, avec la même rigueur qu’à ses débuts, dans les années 60.

«J’ai des bons membres et j’ai toujours du fun. Je ne rajeunis pas, mais je peux te dire qu’à 86 ans, je me souviens encore de pas mal tout, même si j’ai parfois de la difficulté à retrouver une année précise.»

On ne lui en tiendra pas rigueur. Originaire de Dolbeau, Jean-Marie Laforge est un Latuquois d’adoption, sauf que tout le monde le connaît en ville. Et vice-versa. Commerçant, professionnel, enseignant, technicien en loisir: il est ancré en Haute-Mauricie depuis 77 ans.

«Ce qui me touche, c’est la gentillesse des gens. Depuis le début de la pandémie, on m’offre des masques dans la rue! Tu réalises qu’il y a beaucoup d’entraide.»

À La Tuque, impossible de dissocier son nom du golf et du ski alpin. En réfléchissant à voix haute, il estime avoir donné 30 000 leçons de ski en six décennies. L’auteur de ces lignes peut en témoigner, à l’instar de quelque 6000 adeptes.

«J’ai formé 76 instructeurs et entraîneurs. Je connais tout leur parcours professionnel et je suis fier de ce qu’ils sont devenus.»

Et que dire de ses protégés au golf! Jean-Marie Laforge a travaillé avec au moins quatre grandes dames de la petite balle blanche, des ambassadrices de leur sport pour la région de La Tuque: Debbie Savoy-Morel, Josée Daniel, July Fraser et Karine Tremblay-Witkowski. «Mon petit dernier, Jacob Robitaille, est également très talentueux», précise-t-il.

Les années passent. Il regrette évidemment le départ de plusieurs amis ou mentors. Parmi eux, il y a Gilles Bourassa, ce grand Shawiniganais qui nous a quittés en mai.

«Il aura été comme un frère. Gilles a soigné ma drive à un moment où des gars, au Club de La Tuque, me taquinaient en me disant que j’en avais perdu! Il a été très bon pour moi...»

Il pense aussi à George Arnold, décédé en 2017. «Un excellent enseignant. Dans le monde du golf, je le considère comme mon parrain.»

Encore deux ans?

La pandémie et ses risques associés à la santé des gens plus âgés n’ont pas eu raison de la ferveur de Jean-Marie Laforge. Arborant une visière et un masque, il arpente toujours les allées du club latuquois. Comme source de motivation pour ses élèves, difficile de demander mieux.

«Ma plus belle paie, c’est quand mes golfeurs me remercient, si je leur ai appris quelque chose ou si j’ai pu les aider en corrigeant un truc dans leur jeu. Même si, parfois, je suis difficile à suivre ou à vivre. Je le sais, j’ai mes défauts!»

De son propre aveu, il aimerait enseigner pour au moins deux autres années. «Parce que j’apprends encore. J’ai autant de plaisir à donner les cours que j’en avais, quand j’ai commencé à jouer avec mon ami Jacques Verreault, à 20 ans. On avait juste un bois, un fer et un putter à l’époque!»

Disons que les jeunes initiés au golf de nos jours misent sur un équipement plus intéressant. De 2003 à 2019 seulement, avec le programme Premiers Élans, Jean-Marie Laforge estime avoir fait découvrir le golf à environ 5000 jeunes, de 6 à 16 ans. Il reste cependant du chemin à faire à l’industrie pour les accrocher, question d’assurer une relève.

«J’ai l’impression que nous ne sommes pas encore complètement déconfinés, même dans les activités sportives extérieures sécuritaires, comme le golf. Je donne des cours à environ 25 personnes. Ç’a déjà été mieux, sauf que je sais que je suis chanceux de pouvoir encore pratiquer. La santé, c’est important.»

Jean-Marie Laforge aime répéter que mieux vaut frapper 200 verges en ligne droite que 300 «tout croche».

«J’ai toujours souhaité partir vite. Comme Gilles. Si je suis pour péter au frette, que je pète au frette rapidement!»

Mais pas tout de suite! Toujours en forme et fidèle au poste, il a encore des leçons de golf à donner.