Victime d’un épuisement professionnel en 2018, l’olympienne Andréanne Langlois s’apprête à renouer avec la compétition, lors des essais nationaux de Canoë-kayak Canada. À 26 ans, elle vise toujours une participation aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

«Je suis en train de me reconstruire»

Trois-Rivières — Andréanne Langlois revient de loin. Depuis sa participation aux Jeux olympiques de Rio, à l’été 2016, la kayakiste de 26 ans a traversé de véritables montagnes russes, tant physiquement que mentalement. À force de pousser son corps jusqu’à la limite, elle a fini par frapper un mur l’an dernier. Victime d’un épuisement professionnel, elle s’apprête maintenant à renouer avec la compétition, les yeux rivés sur les Jeux olympiques de Tokyo 2020.

«C’est un cheminement. Je suis en train de me reconstruire. C’est difficile, même encore aujourd’hui. Mes fondations ne sont pas encore hyper solides. Mais elles sont là. Ça va déjà mieux», mentionne en toute franchise l’athlète native de Lac-Beauport, lors d’une longue entrevue avec Le Nouvelliste.

Après une saison post-olympique plutôt normale en 2017, Langlois a été invitée à se joindre à l’équipe nationale pour l’entraînement hivernal en 2018. «Le plan, c’était de réussir à performer à l’international», raconte celle qui avait pris le 14e rang du K1 200 m aux Jeux de Rio.

Confrontée à l’élite canadienne sur une base quotidienne, dans une ambiance ultra-compétitive, elle a senti son état dépérir tranquillement. Mais curieusement, les résultats étaient toujours au rendez-vous. «Tout allait bien sur l’eau. C’est au deuxième étage que ça n’allait vraiment pas. J’ai beaucoup maigri, en passant de 125 livres à 108 livres. Ça commençait à être alarmant. Mais quand j’en parlais à l’entraîneur, il me disait que je faisais des bons temps. Il s’en tenait à du concret. Je me disais donc que c’était peut-être dans ma tête le problème, que j’étais seulement trop difficile avec moi-même.»

Le mur

Puis, tout juste avant les traditionnels essais nationaux, la fatigue s’est installée. Peu importe ce qu’elle faisait, Langlois était incapable de retrouver son énergie. Malgré tout, elle s’est bien tirée d’affaire lors de ces essais et a obtenu sa place pour le circuit de la Coupe du monde.

C’est lors d’un camp d’entraînement en Nouvelle-Écosse, en prévision de la première tranche de la Coupe du monde, que la Trifluvienne d’adoption a craqué. «Je sentais que j’étais toujours un peu malade, que je n’étais jamais à 100%. Ça faisait deux jours que le camp était commencé. On préparait l’équipe de K4, je grelottais et je n’arrêtais pas de trembler sur l’eau. Chaque coup de rame était difficile. J’ai décidé que c’était assez. Je suis rentrée à la maison. Je n’étais plus capable de continuer», relate l’étudiante en soins infirmiers.

Andréanne Langlois a représenté le Canada aux Jeux olympiques de Rio en 2016.

«C’est grave de m’être rendue jusque-là. J’ai ma part de responsabilités là-dedans. J’aurais dû connaître mes limites et mettre mon pied sur le break avant. Mais j’ai breaké trop tard et j’ai foncé dans le mur», analyse-t-elle, avec le recul.

De retour dans ses terres, elle a avisé la Fédération qu’elle ne participerait pas aux épreuves de la Coupe du monde, qu’elle avait besoin de repos. Une visite chez le médecin plus tard, elle a reçu le verdict officiel: elle souffrait d’un épuisement professionnel.

«J’ai eu une véritable claque dans la face. C’était un épuisement physique et mental. Le problème, c’est qu’il n’y avait pas de solution miracle pour régler ça instantanément, raconte-t-elle. Un épuisement, tout le monde vit ça à sa manière. J’aurais voulu que ça se règle tout de suite, mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.»

À son rythme

Cet hiver, Langlois est donc revenue à ses racines pour son entraînement hivernal en Floride, aux côtés de ses coéquipiers du Club de canoë-kayak de Trois-Rivières et de son entraîneur Mathieu Pelletier. «Avec l’équipe nationale, je l’ai essayé et ça m’a rendue malade. Je pense qu’il faut apprendre de nos erreurs. Je ne dis pas que leur programme n’est pas bon. Ça fonctionne certainement pour du monde. Mais ce n’est pas pour moi. Ce serait de l’acharnement que de replonger dans un parcours comme ça», explique-t-elle.

Idéalement, Canoë-kayak Canada aurait préféré qu’elle se joigne aux autres rameurs de l’équipe nationale. Mais avec l’épisode de l’an dernier, la volubile kayakiste préférait sa formule, quitte à faire certains choix déchirants.

Ainsi, comme elle ne s’est pas entraînée avec les autres athlètes d’élite de la Fédération, elle ne pourra pas participer aux épreuves par équipe lors du circuit de la Coupe du monde. «Ce n’est pas un passe-droit gratuit pour moi. Il y a des conséquences à tout ça. Je mets donc tous mes œufs dans le même panier pour me qualifier avec le K1. Je préfère continuer à faire mon programme qui marche pour moi. En fin de compte, que ça fonctionne ou non, j’aurai au moins eu quatre ans de bonheur au lieu de quatre ans de maladie...»

C’est donc avec l’esprit plus léger que l’olympienne va se présenter sur la ligne de départ au bassin olympique de Montréal, dans le cadre des essais nationaux de Canoë-kayak Canada, du 10 au 12 mai. Avec une place parmi les deux meilleures au pays, elle s’ouvrirait les portes de la Coupe du monde et, possiblement, des Championnats du monde.

Chose certaine, elle rêve encore à Tokyo et à une deuxième participation aux Jeux olympiques. De jeune athlète négligée en 2015, elle fait maintenant partie de l’élite aspirant à la grand-messe du sport amateur. «Il faut que j’aie du plaisir à ramer. C’est un peu ça qui m’a rendue malade, aussi. Le cadre d’entraînement était trop rigide. Tout était sérieux et il fallait ramer vite. Un point, c’est tout. Je n’avais plus de plaisir. Mais si tu n’as pas de plaisir, ça va être long, un cycle olympique.»