Même s’il a subi une grave blessure qui a failli l’amputer d’un pied, Justin Bruce ne compte pas abandonner le football.

«J’ai eu peur de perdre mon pied»

Pour Justin Bruce, le football est plus qu’un hobby. C’est probablement la discipline qui lui a permis de se raccrocher à l’école. Mais le 16 septembre, ce sport qu’il aime tant a failli bouleverser sa vie à jamais.

C’était pourtant un jeu de routine, une séquence que les unités spéciales exécutent des dizaines de fois à l’entraînement. Justin est l’un des botteurs chez les Électriks de Shawinigan. Lors d’un match contre les Triades de Lanaudière, à L’Assomption, le jeune homme de 18 ans attendait qu’on lui remette le ballon pour un botté de dégagement. Jusque là, tout baigne.

Mais à la suite d’une mauvaise remise de son coéquipier, il n’a eu d’autre choix que de courir avec le ballon. «Je voulais créer une étincelle, aller chercher un premier jeu», explique le principal concerné, des semaines plus tard.

Or, sur un plaqué légal, il a échappé le ballon, immédiatement recouvert par les Triades qui ont inscrit le touché sur le revirement. Le reste de l’histoire s’embrouille un peu dans la mémoire de Justin Bruce. «Pour être honnête, je ne me souviens plus de cette séquence.»

C’est que le plaqué réalisé à son endroit a causé une luxation de sa cheville. Il a fait deux ou trois pas avant de tomber sur le ventre. «J’ai vu ma cheville du coin de l’œil. Sur l’adrénaline, j’ai compris qu’elle n’était pas à son endroit normal. En tombant, j’ai essayé de rester calme.»

Mais en voyant la scène, tous les joueurs autour de lui ont crié de stupeur. On vous épargne les détails, mais disons que le pied gauche du joueur des Électriks ne tenait plus à grand-chose. «J’avais une fracture ouverte et en marchant, le péroné a aussi été atteint.»

Les physiothérapeutes des deux équipes ont accouru vers lui. On a déposé une couverture sur le pied afin de cacher sa blessure. Avant l’intervention des ambulanciers, des policiers ont été appelés sur les lieux afin de lui donner de l’oxygène. «J’ai eu peur de perdre mon pied. Je posais des questions, mais les réponses étaient vagues alors j’ai pleuré. Pas de douleur, de peur.»

La scène a créé une commotion sur le terrain. Dans les jours suivant l’accident, l’entraîneur Guy Bergeron admet avoir eu une réelle frousse. «C’est ma deuxième fracture ouverte en 30 ans et j’espère que c’est la dernière. Ça fait encore plus mal quand ça arrive à un de tes enfants.»

L’opération, puis la réhabilitation

Justin Bruce a été opéré dans un hôpital de Lanaudière quelques heures après sa blessure. «Par un excellent chirurgien», tient à préciser l’étudiant, qui a passé les trois jours suivants au centre hospitalier.

«Dès mon réveil, je savais que mon pied était sauvé. Ce fut tout un soulagement. Mes parents étaient à mes côtés. Ma mère travaillait à Saint-Narcisse et mon père se trouvait en Abitibi quand c’est arrivé. Ça n’a pas été facile pour eux non plus.»

Aujourd’hui, le botteur des Électriks porte une botte. Il est suivi chaque mois par des professionnels, qui prédisent que d’ici le printemps, il pourrait de nouveau marcher normalement. «Dans deux semaines, je devrais être capable de mettre environ 50 % de mon poids sur mon pied gauche. Ma réhabilitation se passe bien, je me considère chanceux.»

La séquence vidéo officielle du match a été supprimée, par respect pour le jeune homme. Il a néanmoins pu revoir l’accident par l’entremise d’une caméra appartenant à un parent d’un coéquipier. «On ne voit pas très bien, mais ça me fait un peu mal au cœur.»

Le sport qui a tout changé

Qu’à cela ne tienne, pas question d’abandonner le football. En fait, il pense déjà au prochain camp d’entraînement des Électriks. «Il me reste encore deux années au collégial et je compte en profiter. Le football a été trop bon pour moi jusqu’à maintenant.»

On entend souvent dire par des acteurs du milieu que la pratique du ballon ovale aide à raccrocher certains garçons à l’école. C’est le cas de Bruce.

Joueur étoile de baseball en Abitibi-Témiscamingue, il a déménagé en Mauricie au début de son secondaire, où il a rejoint le programme Sport-études des Estacades. «J’ai pris mon trou, car je n’étais plus le meilleur! »

Enfant turbulent, Bruce est allé vivre en pension chez sa tante. À l’école, ses entraîneurs de baseball ont suggéré à sa famille de l’inscrire au football. «J’étais une tête forte, je défiais l’autorité. Je ne dépassais pas les limites, mais j’ai toujours été un peu tannant dans mes cours. J’ai un tempérament intense et parfois, au baseball, je trouvais que ça n’allait pas assez vite.»

Sa première saison de printemps chez les benjamins en football a été des plus concluantes. «Je suis tombé en amour avec le foot. Pour moi, ce fut l’école de la vie.»

Justin Bruce aura 19 ans dans quelques semaines. Il lui reste donc deux années d’éligibilité au collégial avec les Électriks. «Je suis des cours à distance car je dois avoir mes maths fortes. J’aimerais rentrer en génie mécanique. En ce moment, je m’occupe du mieux que je peux, entre autres en jouant de la musique. Mais le sport me manque beaucoup.»

Au printemps, il tentera de mériter un poste dans la formation des Aigles du junior élite. Il avait connu une bonne première saison, l’an dernier dans le junior AA. Et, bien sûr, il y a le football, jamais très loin dans ses priorités. «Tout ce que ce sport m’a apporté dans ma vie, ça valait ça», dit-il, en parlant sa blessure grave.

On le croit, car il a continué à accompagner son équipe. En béquilles sur les lignes de côté, il encourageait ses coéquipiers. «Je serai de retour bientôt.»