Jean-Guy Talbot n’est pas impressionné par le travail de Marc Bergevin à la tête du Canadien de Montréal.

«Ils essaient de remplir le monde»

LOUISEVILLE – L’échange d’Alex Galchenyuk contre Max Domi, une reconstruction que la direction refuse de confirmer, une autre blessure qui vient coincer Shea Weber à l’infirmerie jusqu’en décembre et qui jette davantage d’huile sur le feu en souvenir de son échange contre P.K. Subban. Décidément, les sujets de discussion ne manquaient pas vendredi au club de golf Links O’Loup de Louiseville à l’occasion du tournoi de golf annuel des anciens Canadiens.

Fraîchement annoncée la veille, l’opération de Weber a passablement animé les échanges. Rappelons qu’après être passé sous le bistouri pour réparer sa cheville gauche le 13 mars, le défenseur de 32 ans était déjà condamné à une réhabilitation de six mois. Cette nouvelle chirurgie repoussera maintenant son retour au jeu quelque part vers la mi-décembre. Pour le Trifluvien Jean-Guy Talbot, cette nouvelle a été la goutte qui a fait déborder un vase déjà bien rempli. «Ça commence à m’énerver pas mal. Il se passe beaucoup d’affaires depuis que (Marc) Bergevin est là. Il y a beaucoup d’affaires qui sont cachées. Ils essaient remplir le monde, mais le monde commence à en avoir assez», a mentionné avec vigueur le septuple vainqueur de la Coupe Stanley.

«Une maladie du genou, ça ne sort pas deux mois après. Ils devaient le savoir avant... Je ne suis pas très fier du club de hockey Canadien dans le moment. Moi, j’ai encore le cœur au Canadien quand même, mais ça me fait de la peine de voir le club qui descend comme ça», poursuit celui qui a joué plus de 1200 matchs dans la LNH avec le Canadien, les Red Wings de Detroit, les Blues de St. Louis, les North Stars du Minnesota et les Sabres de Buffalo.

De son côté, Marc Bureau admet que ce nouveau coup du destin n’aidera en rien la perception du public dans l’échange Weber-Subban. «C’est dur de commenter cet échange-là, car ils sont tellement différents. Oui, ils étaient un contre l’autre et c’est comme ça que tu évalues l’échange. Mais ils apportent des choses différentes à leur équipe. Le Canadien a pris la chance et, par ces-temps-ci, la chance n’est pas souvent de leur côté. Toutes les tuiles leur tombent sur la tête», explique le Trifluvien de 52 ans qui a disputé trois saisons avec le Canadien.

Patrice Brisebois et Marc Bureau étaient contents de fraterniser vendredi matin à Louiseville.

Recommencer à zéro
Évidemment, la blessure à Weber viendra hypothéquer un alignement qui ne laissait déjà pas entrevoir la saison prochaine avec beaucoup d’optimisme. Alors que l’organisation répète sur toutes les tribunes qu’elle désire faire de la place aux jeunes, tout en tentant d’accéder aux séries éliminatoires, l’absence du numéro 6 pourrait permettre d’accélérer le processus de reconstruction.

Pour Jean-Guy Talbot, il est plus que temps de repartir sur de nouvelles bases. «Ça fait combien d’années que c’est comme ça? Et ça revient toujours au même. Est-ce que ça va prendre un autre 10 ans? Il faut qu’ils recommencent à zéro. Ça fait longtemps qu’ils auraient dû recommencer à zéro. Quand ils vont gagner la Coupe Stanley, je ne serai plus ici», tranche l’ex-numéro 17 des Glorieux.

De son côté, Marc Bureau aimerait simplement que la direction explique clairement le processus de reconstruction qu’elle compte adopter pour relancer la concession. «J’ai de la misère à comprendre pourquoi ils ne l’expliquent pas au monde. Au Québec, ce sont des connaisseurs de hockey. Pourquoi ne pas l’expliquer au monde? On dirait que c’est pire quand tu ne le dis pas et que tu le fais quand même. C’est juste ça que le monde attend de toute façon.»

savard peu optimiste
De son côté, l’ancien directeur général Serge Savard admet que l’hiver prochain s’annonce long pour le Tricolore. Par ailleurs, à la suite de l’échange d’Alex Galchenyuk aux Coyotes de l’Arizona, il se demande qui réussira à placer la rondelle dans le filet à compter de l’automne. «Ça va être excessivement difficile. Je ne pense pas que l’équipe est supérieure à l’an passé. Il va falloir y aller par la reconstruction, j’imagine. On regarde ce que les clubs qui ont fini parmi les derniers ont fait, ils ont fini par se remonter avec des choix au repêchage. On ne sera pas différent», mentionne l’architecte du dernier club vainqueur de la Coupe Stanley à Montréal, en 1993.

«On avait déjà beaucoup de misère à marquer des buts et on a envoyé un gars, en plus de possiblement Pacioretty, qui peuvent marquer 25 buts. On envoie 50 buts et on va en chercher un de 9 buts. Je pense que la saison va être pénible.»

Malgré tout, l’ex-directeur général Réjean Houle tente de voir la situation avec un peu d’optimisme. «On vit dans une période de transition. Il va peut-être falloir s’armer de patience pendant quelques années. Mais si on parvient à bien encadrer nos jeunes, tant dans la Ligue américaine que dans la Ligue nationale, ça sera prometteur pour l’avenir. On a tous été déçus l’an passé. Ce sont des choses qui arrivent dans le sport professionnel. Il faut se prendre en main et travailler avec nos jeunes.»