Hugo Houle était l’invité de la Chambre de commerce et d’industrie du Coeur-du-Québec, mardi à l’Auberge Godefroy.

Houle est mûr pour un nouveau défi

Bécancour — C’est la quête d’un nouveau défi et la motivation de renouer avec les vélos québécois Argon 18 qui auront incité Hugo Houle à accepter l’offre de l’équipe Astana pour poursuivre sa carrière.

Le cycliste professionnel de Sainte-Perpétue, qui gagne sa vie en roulant avec les meilleurs au monde, entreprendra un nouveau chapitre d’ici quelques semaines, après cinq ans dans le giron de l’écurie française AG2R La Mondiale.

Parce que oui, cette décision de l’athlète de 27 ans vient avec certaines interrogations, comme il l’a rappelé aux membres de la Chambre de commerce et d’industrie du Coeur-du-Québec, dont il était l’invité mardi midi à l’Auberge Godefroy. Pendant plus d’une heure, Houle a décrit le quotidien d’un cycliste évoluant sur le prestigieux World Tour, avec les sacrifices et les victoires, petites et grandes, qui s’y rattachent.

Bien connu dans sa région natale, Houle en a tout de même beaucoup appris à son auditoire, ne serait-ce que sur les rituels et la routine des cyclistes de son statut. Pour le principal concerné, on parle de 87 jours de compétition durant la dernière année. En incluant les séances d’entraînement, le nombre de kilomètres arpentés sur deux roues s’élève à plus de 29 000!

«Dans mon sport comme dans les affaires, on ne doit pas avoir peur du changement, même si ça peut amener un certain stress», a-t-il lancé aux entrepreneurs qui avaient répondu à l’appel de la CCICQ.

«Au Championnat mondial de 2008, ma première compétition internationale d’envergure, j’ai terminé autour du 115e rang. En franchissant la ligne d’arrivée, je voyais les bénévoles ranger les pancartes. J’étais loin! Ce fut une leçon d’humilité, surtout que je venais d’être sacré champion canadien.»

Houle n’a jamais lâché, si bien qu’au terme de ses études en techniques policières, l’équipe canadienne SpiderTech l’enrôlait. C’est avec eux qu’il a forgé sa place au sein de l’élite. À la fin de 2012, il rejoignait l’équipe française AG2R La Mondiale, l’une des plus importantes sur la planète. Pour un Québécois originaire d’un petit village, c’était déjà un exploit en soi.

«Tu dois accepter ton rôle au début. C’est toi qui vas chercher l’eau et les barres énergétiques, qui coupes le vent à tes coéquipiers. Tu dois prendre soin des leaders, faire tes classes.»

Avec le temps et grâce à de bons résultats, Houle a gravi les échelons avec le géant français, l’une des 18 équipes professionnelles du World Tour. Il a surtout su s’adapter à sa nouvelle vie en France, où il partage un appartement avec Antoine Duchesne, aussi cycliste professionnel. 

«Le changement te force à évoluer. Tu peux t’asseoir dans la ouate si tu veux, mais ce n’est pas mon genre. J’étais heureux avec AG2R, mais il y a eu une opportunité que je ne pouvais ignorer chez Astana. Souvent, avec le recul, tu te rends compte que c’est la bonne décision. Je suis confiant de ne pas me tromper.»

Dans la fleur de l’âge

À 27 ans, Houle mise déjà sur une belle feuille de route. Mais le meilleur reste probablement à venir puisque les cyclistes de sa trempe atteignent leur plein potentiel vers la trentaine. 

«Je dois demeurer réaliste. Je ne suis pas un Chris Froome [quatre fois champion du Tour de France]. Sauf que je ne recommencerai pas au bas de l’échelle chez Astana non plus. Ils sont venus me chercher car ils voyaient quelque chose. De mon côté, revenir avec les vélos Argon 18 est une excellente nouvelle.»

Son premier rassemblement avec Astana, une formation kazakhe mais établie à Nice en France, aura lieu un peu avant Noël. Il en saura alors davantage sur le rôle qui l’attend et retrouvera, parmi le groupe, Alexey Lutsenko.

Lutsenko est ce cycliste kazakhe qui avait remporté le Championnat mondial sur route des moins de 23 ans en 2012, trois positions devant Houle, quatrième. Jacob Fuglsang du Danemark devrait agir comme leader du groupe, composé de 30 cyclistes, dont Houle, qui souhaite avoir la chance de se produire au Tour de France.

«C’est la dernière course majeure que je n’ai pas encore faite. Tout dépendra de mes performances, mais c’est mon rêve, mon objectif ultime.»

La bonne nouvelle, c’est qu’il entreprendra 2018 dans de bien meilleures dispositions. Lors du Tour d’Espagne en septembre, Houle s’est blessé à l’avant-bras en chutant. Il a néanmoins été en mesure de finir la Vuelta puis de prendre part aux Mondiaux par la suite. C’est à son retour au Québec que son médecin lui a découvert une fracture au radius!

«Disons que j’étais usé. J’ai souffert en Espagne, j’avais de la difficulté à mettre les freins! En plus, j’ai développé un torticolis. Dans les circonstances, je m’en suis bien tiré.»

De quoi le mettre en confiance pour ses débuts avec Astana.