Tom Glavine, Frank Thomas et Greg Maddux ont pleinement mérité leur intronisation au Temple de la renommée du baseball majeur parce qu'ils ont non seulement brillé sur le losange, mais parce qu'ils ont aussi été des modèles de probité.

Honneurs mérités, refus justifiés

Ainsi donc Greg Maddux, Tom Glavine et Frank Thomas vont faire leur entrée au Temple de la renommée du baseball. Les trois joueurs qui ont dominé les années 90 et le début des années 2000 avec, principalement, les Braves d'Atlanta et les White Sox de Chicago, n'auront pas eu à patienter très longtemps pour se retrouver à Cooperstown puisqu'ils ont été élus dès leur première année d'éligibilité.
Maddux et Glavine ont constitué le fer de lance de la rotation des partants des Braves et ont été la clé des nombreux championnats de la formation de la Georgie.
Maddux a connu deux saisons de 20 victoires, cinq de 19 gains et deux de 18. Ses quatre trophées Cy Young se veulent assurément sa plus belle carte de visite. Son troisième CY, en 1994, lui a été attribué non pas pour sa fiche victoires-défaites (16-6), mais bien pour son incroyable moyenne de point mérité à 1,56! En 1995, il a été tout aussi dominant avec un dossier de 19 victoires, deux défaites et une mpm de 1,63.
Glavine, lui, a compilé cinq saisons de 20 victoires, avec un sommet de 22 en 1993, et une sixième de 18 gains. Il a remporté le Cy Young en 1991 (20-11, 2,55) et 1998 (20-6, 2,47).
Quant à Frank Thomas, il a maintenu une moyenne au bâton en carrière de ,301, réussi 521 circuits et fait produire 1704 points. Il a de plus été choisi joueur par excellence de la Ligue américaine en 1993 (,317, 41 cc, 128 pp) et 1994 (,353, 38 cc, 101 pp). Big Hurt a aussi terminé deuxième au scrutin en 2000 (,328, 43 cc, 143 pp).
Ces trois joueurs n'ont donc pas volé leur place au panthéon du baseball.
Deux anciens des Expos, toutefois, ont mordu la poussière.
Tim Raines, à sa cinquième année d'éligibilité, a obtenu moins de votes que l'année dernière, ce qui laisse croire qu'il est peu probable qu'on le retrouve un jour à Cooperstown. Et c'est bien triste parce qu'il a certainement été un des meilleurs premiers frappeurs de son époque. Non seulement frappait-il pour la moyenne, sa rapidité sur les sentiers lui a permis de fabriquer une quantité assez impressionnante de points. La réflexion de mon collègue Nicolas Ducharme sur les chances de Raines d'aboutir au Temple de la renommée n'est pas bête du tout. Selon lui, que Raines ait connu ses meilleures années avec les Expos et que ceux-ci ne soient plus actifs dans le baseball majeur constituent des obstacles majeurs à son élection. Il y a toujours les exemple de Gary Carter et Andre Dawson, mais ces deux-là ont brillé après leur départ de Montréal dans les grands marchés des Mets de New York et des Cubs de Chicago.
Moises Alou, pour sa part, a obtenu moins de 5 % des votes, le minimum requis, à sa première année d'éligibilité et son nom sera ainsi rayé des bulletins à tout jamais.
Le Québécois Éric Gagné, qui en était lui aussi à sa première année d'éligibilité, n'a, tout comme Alou, pu obtenir le minimum de 5 % des votes. Aurait-il obtenu plus de votes s'il n'avait pas admis avoir eu recours aux produits dopants? Il est permis de croire que oui étant donné qu'on parle quand même d'un lanceur qui a remporté le trophée Cy Young et qui a établi un record pour le nombre de sauvetages en une saison à son époque.
Cette réflexion vaut aussi pour les grands joueurs qu'ont été Barry Bonds, Roger Clemens, Sammy Sosa, Mark McGwire et Rafael Palmeiro. Et viendront, plus tard, les cas de Ryan Braun et Alex Rodriguez.
Les membres votant du Temple de la renommée semblent avoir convenu qu'il ne feront pas de place aux tricheurs puisque Bonds, Clemens et Sosa ont reçu moins de votes que l'année dernière. Cette décision est-elle la bonne? Voilà une question à laquelle il est difficile de répondre. On tombe dans une zone grise, une zone de nuances où il faut départager le talent brut et l'avantage procuré par les produits dopants. Dès le début de sa carrière Barry Bonds était tout un joueur de baseball. Au fil des ans, il a pris du coffre et est devenu la terreur des lanceurs. Aurait-il été aussi dominant sans l'aide d'artifices? Des connaisseurs de baseball disent qu'il aurait quand même été un excellent frappeur en raison de son oeil au bâton, un don pour un joueur de balle. Que les produits dopants ne l'ont pas aidé à faire contact plus souvent avec la balle. Sauf que le surplus de puissance généré par l'utilisation de produits dopants l'a sûrement aidé à pousser un bon nombre de balles de l'autre côté des clôtures des stades du baseball majeur plutôt qu'à l'intérieur des limites du terrain.
Je suis de ceux qui croient que Bonds et ses semblables ne devraient pas se retrouver à Cooperstown. Pour ça, cependant, il faut avoir la certitude que ces joueurs ont triché. Et il faut aussi prévoir un mécanisme qui retirerait son intronisation à un joueur convaincu de dopage si la confirmation venait après sa nomination.
Le cas de Lance Armstrong a démontré assez clairement que la vérité finit toujours par sortir.
Même si ça prend parfois beaucoup de temps.