La crise politique qui se déroule actuellement au Venezuela fait craine le pire à Javier Herrera.

Herrera craint pour sa famille

À son troisième été en Mauricie, Javier Herrera ne connaît pas les succès escomptés. Mais le frappeur vétéran des Aigles négocie avec des problèmes plus sérieux que ses trop nombreux retraits sur trois prises ou les défaites qui s'accumulent pour l'équipe de Trois-Rivières.
Sa famille ainsi que celle de son épouse sont au coeur de la tempête politique qui secoue le Venezuela, son pays natal. Croisé dans les corridors du Stade Stéréo Plus avant le deuxième match de la série contre les Miners de Sussex, mardi, le numéro 13 a reconnu vivre des moments difficiles depuis quelques mois.
«Je m'inquiète pour mes parents, mes frères, mes soeurs. Je pense à tous mes amis, ce n'est pas évident. Et ça fait longtemps que ça dure.»
Vrai que ses soucis par rapport à son manque de constance au bâton sont minimes si on les compare à ceux auxquels ses proches sont confrontés sur une base quotidienne, d'autant plus que tous habitent la capitale. Caracas est une ville dangereuse depuis trop longtemps et les tensions ont augmenté mardi, quand le maire de la métropole, Antonio Ledezma, a été kidnappé chez lui en pleine nuit.
Ledezma, à l'instar d'une majorité de la population vénézuélienne, s'oppose à la gouvernance du président socialiste Nicolas Maduro. La communauté internationale discrédite aussi Maduro, les États-Unis ayant notamment promis des sanctions contre le président, dont le mentor est Hugo Chavez, décédé en 2013.
Une Assemblée constituante, élue dans le sang ces derniers jours, doit commencer à siéger dès mercredi au Parlement de Caracas. Celle-ci, rapporte l'Associated Press, se situera au-dessus de tous les pouvoirs, y compris ceux du président.
Maduro a fait élire cette Assemblée constituante avec 40 % des suffrages, aux dires des autorités socialistes. L'opposition parle quant à elle d'un maigre 12 %.
«Je n'ai jamais voté dans mon pays, je sais que c'est corrompu. Ça ne vaut pas la peine et les événements des derniers mois me le confirment», peste Herrera, en communication constante avec ses parents.
«J'ai peur pour eux, des gens sont tués dans la rue chaque jour. Il y a des enlèvements aussi. Je parle à ma mère grâce à Internet, mais on se demande à quel point le gouvernement surveille tout ça. En plus, la connexion est très mauvaise. C'est angoissant.»
Selon Herrera, la crise affecte tout le monde. Sa mère, une employée de supermarché, ne travaille plus. «Parce qu'il n'y a plus de nourriture en raison des pénuries. Les gens manquent de médicaments, il y a de plus en plus de criminalité et disons que mes parents ne sont pas établis dans le quartier le plus sûr.»
La seule bonne nouvelle, estime l'athlète de 32 ans, est le début d'une certaine conscientisation en lien avec la situation dans ce pays d'Amérique du Sud.
«Les gens en parlent, ils comprennent la tristesse et le désarroi vécu par la plupart des Vénézuéliens. J'ai toujours vécu dans ce climat à Caracas.»
C'est pourquoi il s'est promis, il y a deux ans, de quitter son pays pour s'établir à Trois-Rivières de manière permanente. Après un long processus et une généreuse campagne de dons des citoyens de la région, les Herrera ont obtenu leur statut de réfugiés politiques en janvier.
«Nous sommes partis pour offrir une meilleure qualité de vie à nos deux enfants. On ne le regrette pas, mais nos proches nous manquent, c'est certain. J'aimerais tant les amener au Canada, mais c'est très risqué.»
Les enfants de Herrera avaient d'ailleurs reçu des menaces indirectes d'enlèvement à l'école de Caracas qu'ils fréquentaient, en octobre 2015, d'où la motivation du père de plier bagage.
Herrera n'est pas le seul à critiquer la situation instable de son pays. S'il se garde bien de choisir un camp, des joueurs du Baseball majeur n'hésitent pas, eux, à pourfendre Maduro.
C'est le cas notamment du receveur des Pirates de Pittsburgh, Francisco Cervelli, ou encore de Miguel Cabrera des Tigers de Detroit. Ce dernier, vainqueur de la prestigieuse Triple couronne du baseball en 2012, a même reçu des menaces concernant sa mère.
Craignant pour leur sécurité, les équipes du circuit Manfred recommandent à leurs recruteurs de ne plus voyager vers le Venezuela.
Depuis trois mois, les protestations dans les rues ont causé la mort de plus de 90 personnes, en plus d'en blesser 3000 autres.