Même s'il a remporté le championnat des pilotes de la série NASCAR Pinty's la saison dernière, Cayden Lapcevich pourrait ne pas compléter la présente saison.

Quand gagner n'est pas suffisant...

L'automne dernier, Cayden Lapcevich est devenu à 16 ans le plus jeune champion de l'histoire d'une série NASCAR, toutes catégories confondues. Il s'agissait du tremplin parfait pour gravir les échelons vers le sommet du stock-car. Mais en 2017, Lapcevich est toujours au Canada et rien ne garantit qu'il sera en mesure de compléter la présente saison de la série Pinty's.
Depuis le début de la saison, aucun commanditaire n'apparaît sur la voiture du jeune Ontarien - mis à part lors de deux épreuves. C'était la même chose l'année dernière. À une certaine époque, son père Jeff avait droit à l'appui de Tim Hortons, mais l'entreprise s'est retirée lorsqu'elle a été achetée par des intérêts américains. Depuis, le duo familial tente de joindre les deux bouts, comme plusieurs autres pilotes de la série. Même avec un championnat en poche, ce n'est pas suffisant.
«Les rumeurs, elles sont toutes vraies. Nous n'avons pas assez d'argent pour terminer la saison. L'année dernière, il y a des gens qui sont venus nous aider pour qu'on puisse traverser la saison. Mais ce n'est pas le cas cette année et nous avons un manque à gagner. On y va course par course et on fait ce que l'on peut, mais nous avons eu des incidents en début de saison et ça fait mal au budget», explique celui qui occupe le troisième rang au classement alors que la série s'amène à Trois-Rivières.
Cet hiver, l'organisation NASCAR a reconnu le talent de Lapcevich en le nommant au sein du programme Next, qui identifie les neuf meilleurs espoirs de stock-car en Amérique du Nord. Avec ses succès en piste, face à des pilotes qui ont parcouru la planète, et avec son jeune âge, le rêve de grimper à l'échelon supérieur semblait à sa portée. Il a d'ailleurs été approché par des écuries de la série K&N aux États-Unis. Mais encore une fois, pas d'argent, pas de volant.
«Honnêtement, je ne comprends pas. J'ai un championnat en poche et un bon curriculum vitae. En étant nommé au sein du programme Next, je pensais que ça allait aider, mais c'est vraiment difficile. Je ne sais pas ce qu'on fait de mal, parce qu'on a tout fait du côté du marketing pour tenter de trouver un commanditaire. On a aussi engagé des gens et ils ont fait leur possible, mais personne n'a levé la main. Ça devient très lourd à la longue.»
En plus d'être chef d'écurie, le paternel Jeff Lapcevich est un entrepreneur en électricité. Les journées sont longues afin d'appuyer son fils, qui poursuit ses études à l'école secondaire.
«Pour l'instant, notre budget va selon ce qu'on gagne de course en course. On n'utilise pas l'argent de la compagnie en électricité pour la course... du moins, je ne pense pas que mon père l'a fait. Il travaille tellement fort. Il commence sa journée à 6 h 30 et la termine à 17 h. Il vient souper à la maison et ensuite on s'en va à l'atelier pour travailler sur la voiture. Et entre tout ça, on envoie des plans de commandite à presque tout le monde. De le voir aller de la sorte, ça m'a donné encore plus de motivation dans mon pilotage.»
Camirand se souvient
Dimanche, Marc-Antoine Camirand et Cayden Lapcevich croiseront le fer en piste lors de l'épreuve reine du GP3R. Le Léonardais voit chez le jeune prodige la même histoire qu'il a vécu dans sa jeunesse. Dans les deux cas, la petite entreprise familiale ne pouvait supporter une carrière sur la scène nord-américaine, encore moins mondiale.
«Dans mon livre à moi, il n'y a aucune raison qu'il n'ait pas de sponsor, surtout avec son championnat. L'argent a toujours été le nerf de la guerre, mais je trouve ça plate pour lui. Je suis aussi passé par là quand j'avais 17-18 ans et que je courrais l'argent. C'est difficile parce que tu dois trouver la bonne personne et être à la bonne place au bon moment», souligne Camirand qui a dû attendre l'âge de 38 ans avant d'enfin trouver le commanditaire qu'il espérait toute sa carrière.
L'histoire de Lapcevich rappelle à quel point le vide créé par le départ de la filière Player's du monde de la course automobile n'a pas été comblé.
«C'est sûr à 1000 % qu'il y aurait une équipe Player's en NASCAR et elle serait très grosse, au Canada et aux États-Unis. Cayden aurait été un très bon candidat», estime Camirand, qui, tout comme plusieurs pilotes tel que les frères Jean-François et Louis-Philippe Dumoulin, avait vu sa progression en course automobile être stoppée à la suite de l'entrée en vigueur de la loi antitabac en 2003 puisqu'ils étaient appuyés par le cigarettier.
C'est donc avec une voiture qu'il ne peut amocher que Lapcevich tentera de marquer un maximum de points afin de rattraper Alex Labbé au classement. «L'an dernier, j'ai terminé sixième. Je vais me battre mais je vais être content si je peux finir dans le top 5. Je ne dis pas que je ne viens pas ici pour gagner, mais je dois être réaliste.»