François Pratte a souvent été reconnu comme un bon technicien. Samedi, il a rencontré le Mexicain Jimenez, un boxeur tout en puissance comme le prouvent ses 11 K.-O.

François Pratte: «j’accroche mes gants»

Trois-Rivières — Dans les heures ayant suivi sa défaite par K.-O. devant le Mexicain Jorge Garcia Jimenez, François Pratte a pris la difficile décision de ne pas poursuivre sa carrière professionnelle de boxeur.

À bientôt 29 ans, le combattant de Trois-Rivières préfère se retirer, lui qui a passé les 17 dernières années de sa vie dans le monde de la boxe. Il quitte avec sérénité et le sentiment du devoir accompli, bien que la dernière défaite ait laissé des traces.

«J’ai mal à la tête, ce n’est pas évident en ce moment», partage le protégé de l’écurie Eye of the Tiger Management, tombé au sixième round d’un combat prévu pour huit, samedi après-midi au Casino de Montréal. Pratte (8-1-1) faisait face à son plus important test en carrière en la personne de Jimenez (14-2-1, 11 K.-O.). Une victoire l’aurait rapproché d’un combat pour un titre.

«J’ai une job et de bonnes études, je ne veux pas scraper ma santé. C’est pour ça que j’accroche mes gants», explique celui qui doit aussi composer avec des problèmes oculaires depuis un certain temps.

À cela s’ajoutent des blessures subies au camp d’entraînement. Bien qu’il ait mentionné, la semaine dernière, avoir été dans la meilleure forme physique de sa vie, son corps a encaissé plusieurs coups. «C’est vrai que j’étais en très grande forme. Sauf que j’ai ressenti des douleurs au dos, aux jambes et aux pectoraux durant ma préparation. C’est le camp pendant lequel j’ai dû négocier avec le plus de blessures depuis que je boxe. Par contre, le coeur y était.»

Le coeur y était, effectivement, et ce à l’image de l’ensemble de sa carrière. Avant de faire les sauts chez les pros le 6 novembre 2015, au parc de l’Exposition lors de la soirée marquant également les débuts de son ami Simon Kean, François Pratte a survolé la scène de la boxe olympique au Canada. Sacré cinq fois champion national dans sa catégorie, il a entre autres représenté le pays aux Jeux de la Francophonie au Liban, en 2009. Il était revenu du Proche-Orient, rempli de promesses, avec une médaille de bronze.

«Sans doute mon meilleur moment dans le ring, que j’ai eu la chance de vivre avec mon entraîneur en plus, se souvient le pugiliste. Du côté des professionnels, difficile d’oublier ma victoire contre Eric Taylor en juin 2018 à Shawinigan. C’est grâce à cette soirée que j’ai pu signer une entente avec Eye of the Tiger.»

Pratte a souvent été reconnu comme un bon technicien. Samedi, il a rencontré la gauche du Mexicain Jimenez, un boxeur tout en puissance comme le prouvent ses 11 K.-O. «Je n’ai jamais vu venir le coup. Ç’a été violent, c’était la première fois que ça m’arrivait en 17 ans.»

Dès les premières secondes de l’affrontement, le Québécois a été atteint au corps. «J’ai réalisé qu’il était une dynamite aux poings. Au deuxième round, je suis tombé. Il fallait que je me méfie.»

Le troisième assaut a appartenu à Pratte, puis Jimenez a visité le plancher au quatrième. Tous les espoirs étaient permis... avant le coup fatidique. La séquence vidéo de la chute de Pratte a été relayée sur les réseaux sociaux samedi soir. Sonné, il a d’ailleurs mis du temps à se relever.

«C’est l’arbitre qui voulait que je reste couché, par précaution, et c’était la bonne chose à faire. Moi, si je m’étais écouté, j’aurais continué le combat. Ça aurait été con...»

Pratte s’est par la suite dirigé vers le vestiaire, avant de se rendre à l’hôpital. Selon les spécialistes rencontrés sur place, il n’y avait pas de signes d’une commotion cérébrale. «Tant mieux, parce que j’aimerais rentrer travailler lundi matin», sourit le principal concerné, qui admet néanmoins ressentir une vive déception.

«Sur le plan personnel, mais surtout pour les gens qui m’entourent, comme mes entraîneurs. Je sais que j’aurais pu battre Jimenez. Je sais aussi que j’ai livré une bonne guerre: c’était serré au pointage avant qu’il ne m’atteigne avec sa gauche.»

C’était la première fois qu’il affrontait un gaucher chez les pros.

Cet ultime duel dans le ring aura laissé des traces. Pratte a eu la langue fendue, ce qui a nécessité des points de suture. «Plus tu es léger, plus tu vieillis vite dans ce sport», renchérissait son entraîneur, Jimmy Boisvert. «Malheureusement, 95 % des combattants finissent leur carrière sur une note décevante. Malgré tout, François peut être fier de ce qu’il a accompli durant toutes ces années.»

Et la suite?

François Pratte travaille pour une compagnie de vins et spiritueux. Il a toujours manifesté de l’intérêt pour le monde des médias et il y a fort à parier qu’il se débrouillerait dans ce domaine. En parallèle, il assure qu’il continuera à se mêler au monde de la boxe, dans le rôle d’entraîneur.

«C’est un sport qui m’habite, je ne peux pas le renier!»

Comme bien des athlètes, Pratte est sensible à ce qu’on dit et écrit sur lui. Sur les réseaux sociaux samedi, un internaute suggérait, après avoir vu le K.-O. de Jimenez, que le Trifluvien aurait une carrière assez courte dans la boxe. «Je n’ai pas eu le choix de lui répondre: je termine ma carrière avec environ 90 combats amateurs, cinq titres de champion canadien en boxe olympique, 10 combats professionnels et plus de 20 compétitions internationales. Je suis pas mal fier de ça.»