Tommy et Jimmy Boisvert l’avouent candidement, ils sont exigeants autant envers leurs athlètes qu’envers leurs enfants quand il est question de la pratique du sport. Derrière eux, quatre des cinq enfants du duo de frangins: Thomas, Billie, Béatrice et Sacha.

Être exigeant, comme coach et comme parent

TROIS-RIVIÈRES — Ils baignent dans l’univers des arts martiaux depuis l’enfance. Ils ont partagé mille joies, mais aussi des déceptions, que ce soit avec le taekwondo, la boxe ou le kick-boxing. Aujourd’hui entraîneurs d’athlètes de l’élite, les frères Jimmy et Tommy Boisvert assistent, en simultané, au développement dans le monde sportif de leurs enfants, dont certains sont déjà identifiés comme de beaux espoirs.

Les Boisvert travaillent avec des sportifs d’exception, des talents bruts qui ont des visées internationales. À la boxe, Simon Kean veut devenir champion du monde des poids lourds. Jordan Balmir et François Pratte n’ont pas l’intention de remiser leurs gants non plus. Derrière eux, d’autres pugilistes poussent au Club Performance.

En taekwondo, Tommy, le plus jeune des deux frères, dirige Viviane Tranquille, dont le potentiel est reconnu auprès de la fédération canadienne. Il n’est pas impossible qu’elle atteigne les Jeux olympiques.

«Je dirais qu’on est quand même plus durs avec nos jeunes qu’avec nos athlètes», suggère Jimmy, sous le regard approbateur de son cadet.

«On ne s’en cache pas, nous leur en imposons beaucoup, ajoute ce dernier. Souvent, un enfant qui réussit aura un parent assez crinqué derrière lui. Crinqué, ça ne veut pas dire être maladroit ou trop sévère. Mais la persévérance fait foi de tout et la plupart du temps, c’est enseigné par les parents.»

Sacha et Thomas Boisvert sont deux cousins. Le premier est le fils de Jimmy, le second celui de Tommy. Les deux excellent au hockey, sous la férule de l’entraîneur Denis Francoeur. «Nous l’avons pris comme un défi personnel, explique Jimmy. À l’époque, notre mère n’avait pas les fonds nécessaires pour nous envoyer dans le hockey organisé. Pourtant on tripe sur ce sport! Quand on se parle Tommy et moi, le premier sujet abordé, c’est souvent le Canadien. Je peux te dire que du patinage libre avec les enfants, on en fait!»

Bien sûr qu’il y a des périodes de remise en question. Les Boisvert, aussi motivés et exigeants sont-ils, écoutent ce qui se dit dans le monde du sport amateur, parmi les experts et les autres entraîneurs. Le jeu doit rester un jeu, non?

«On est intenses. Sommes-nous trop sévères? Tu y penses des fois, tu n’as pas le choix. C’est pour ça que je laisse travailler les intervenants. Moi, je suis en boxe et dans les arts martiaux, pas en hockey. D’un autre côté, si le jeune désire s’améliorer, ça passe par un meilleur entraînement et de la volonté. Et ça, pour nous, c’est important qu’ils l’assimilent.»

Sa fille, Billie, est la meilleure de son groupe de taekwondo. L’oncle Tommy peut en témoigner. «Pour elle présentement, c’est facile. Elle n’a pas encore la tête à ça alors en tant que parent, c’est moi qui dois être persévérant. Plus vieille, elle pourra décider si elle continue ou non», dit Jimmy.

La fille de Tommy, Béatrice, a plutôt opté pour le tennis, un sport qui coûte très cher à pratiquer à un niveau compétitif. «Il y a un an, on voyageait entre Trois-Rivières et Repentigny trois fois par semaine. La vérité, c’est que ça reste difficile de percer dans ce sport en Mauricie, alors on a décidé d’attendre son entrée au secondaire pour reprendre l’entraînement plus compétitif.»

Évidemment, chaque enfant est différent, tout comme chacun des athlètes qu’ils entraînent.

«Ça n’a pas tant changé en 30 ans, estime Jimmy Boisvert. Les meilleurs sont meilleurs qu’avant à cause des nouvelles techniques, des nouvelles études et des plans d’entraînement plus poussés. Mais les niveaux inférieurs sont moins forts aussi. Au Club Performance, on accueille beaucoup de gens de 35 à 40 ans qui souhaitent se remettre en forme, on apprécie cette facette du travail avec des personnes motivées qui ne recherchent pas nécessairement à faire partie de l’élite. Mais des ados d’une quinzaine d’années, il n’y en a presque pas!»

«On adore donner des cours de groupes, ça en prend à travers l’entraînement avec les athlètes, affirme Tommy. Mais je ne pourrais jamais arrêter la portion compétitive de mon travail. Enfants, on regardait la boxe le samedi après-midi à CBC et c’était la foire au village! On se projetait dans l’avenir en s’imaginant à leur place. Finalement, on a vécu de grands moments sportifs Jimmy et moi, dont les Mondiaux de taekwondo. On sait ce que ça prend et qu’est-ce que ça peut offrir comme satisfaction à un athlète.»

L’idée n’est pas de calquer ses rêves en les imposant à son athlète ou son enfant. Simplement d’entretenir la passion. «Au hockey, on entend dire que 0,01 % des gens atteignent la LNH. Moi, je préfère rappeler qu’il y a 700 joueurs dans la ligue», sourit Tommy Boisvert.

«Il y a quelques années, des amis m’ont demandé qu’est-ce que je faisais avec Simon Kean, que je perdais mon temps, se désole Jimmy Boisvert. Je leur répondais: est-ce que c’est votre temps ou le mien? Pourquoi le futur champion des poids lourds ne serait-il pas à Trois-Rivières? Si je te donne les moyens, go, vas-y!»