Éric Bédard s’explique mal pourquoi Patinage de vitesse courte piste Canada a décidé de le congédier à la fin du mois de juin. L’équipe nationale masculine venait de connaître une bonne première saison sous ses ordres.

Éric Bédard ne comprend toujours pas

Trois-Rivières — «C’est absurde comme décision, à la limite loufoque. Il n’y a aucune logique, rien de rationnel.» Trois semaines après son congédiement comme entraîneur-chef de l’équipe nationale masculine chez Patinage de vitesse courte piste Canada, Éric Bédard reste sans mot, incapable d’expliquer la décision de ses anciens patrons.

Le 27 juin, Bédard a dû revoir ses plans. Il se croyait bien en selle au sein du programme de la sélection canadienne, fort d’une saison encourageante au cours de laquelle ses gars ont brillé sur la scène internationale. On l’a néanmoins renvoyé chez lui... sans lui fournir plus d’information, précise-t-il.

«Pour moi, c’est l’incompréhension totale, autant pour les motifs que dans la façon que ç’a été fait. Il n’y avait eu aucun signal au préalable, même qu’on se disait satisfait de mon travail à la fin de la dernière saison.»

Bédard, 42 ans, était entré en poste le 1er août 2018. Il retrouvait alors une équipe masculine dont la chimie était en déroute, quelques mois après les Jeux olympiques de PyeongChang. Convaincu du potentiel de ses troupes, l’Orgueil de Sainte-Thècle a su les guider vers de bons résultats, entre le 1er novembre et le 15 mars. Sur quatre distances olympiques, deux records canadiens ont été battus: Steven Dubois au 500 m (il a éclipsé la marque de Samuel Girard) ainsi que celui du relais masculin, qui est passé à quelques poussières d’abaisser le temps de référence au niveau mondial.

«On a obtenu des médailles dans toutes les Coupes du monde, nous avions quatre gars dans le top-10 mondial. Dubois et Girard étaient parmi les meilleurs. Pour une année post olympique et considérant dans quel état j’avais retrouvé l’équipe en entrant en poste, c’était un énorme progrès. Qu’est-ce qui s’est passé dans les bureaux pour en venir à une telle décision? On ne le saura peut-être jamais», se désole Bédard, rencontré mardi au Complexe sportif Alphonse-Desjardins, où la compagnie dont il est copropriétaire, Nagano Skates, offre un camp à des patineurs de la région.

Voilà ce qui le tiendra occupé pour les semaines et les mois à venir. À moins que le téléphone ne sonne d’ici là. «Je suis ouvert à toutes les possibilités», affirme-t-il, rappelant au passage qu’il a deux pieds à terre en Mauricie: à Trois-Rivières ainsi que dans son Sainte-Thècle natal.

«Avec Nagano Skates, on a des camps prévus au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Environ 500 jeunes seront en formation avec nous cet été.» La preuve que Bédard mise encore sur la faveur populaire...

Hamelin et Girard à Trois-Rivières

Il n’y a pas de doute que Bédard était apprécié. Cette semaine, Charles Hamelin et le nouveau retraité Samuel Girard viendront lui prêter main-forte pendant la tenue de son camp, au CSAD.

«Ils ne sont pas obligés de faire ça, mais c’est très apprécié, ça motive nos jeunes. Les gars étaient aussi incrédules que moi lorsque la nouvelle de mon congédiement est tombée.»

Les changements amenés par Bédard avaient été salués par les membres de l’équipe nationale. L’entraîneur planchait entre autres sur de plus grandes périodes de repos, s’inspirant de ce qui se faisait chez les Européens et les Asiatiques en patinage courte piste.

«Quand je leur ai parlé de ça, on m’a presque traité de fou à la direction de la haute performance. Pourtant, c’est une pratique courante ailleurs ainsi que dans d’autres sports. Quand Samuel Girard est arrivé aux Olympiques en 2018, il était brûlé. Ce n’est pas normal. Il y a des lacunes sur le plan de la gestion à la fédération.»

Depuis le 27 juin, Bédard a reçu plusieurs mots d’encouragement et de support, que ce soit de l’olympien Marc Gagnon, de l’arbitre de Trois-Rivières Michel Dumont ou encore des membres de l’équipe masculine, dont son ami Charles Hamelin. «Que ce soit du côté du développement, de l’élite, des officiels, de la gestion interne ou d’anciens collègues, je peux dire que j’ai reçu mon lot d’amour», sourit Bédard, qui a été remplacé par intérim par Sébastien Cros.

«C’est une très bonne personne et un bon entraîneur. J’ai aussi confiance au groupe, les Cédric Blais, Steven Dubois et Pascal Dion vont continuer à se développer. Par contre, je me questionne sur la gestion. Depuis deux ans, une quinzaine de personnes ont été remerciées à la fédération. Ce n’est pas normal...»

La porte est ouverte

Après avoir dirigé les équipes nationales de l’Allemagne, de l’Italie et brièvement celle de la France, Éric Bédard souhaitait conduire la sélection de son pays vers les Jeux de 2022. Il a lui-même gagné quatre médailles olympiques, dont deux d’or avec le relais en 1998 et 2002.

«J’aurais aimé. En même temps, je me dis que ce n’est jamais vraiment fini», lance-t-il en souriant, conscients que d’autres possibilités viendront, peu importe où.

«C’est loin 2022! La fédération internationale veut prendre de l’ampleur en développant le sport dans de nouveaux pays. Je pourrais recevoir un coup de fil d’une fédération, d’un club, ça reste à voir. Avec l’anneau olympique de Québec qui sera bientôt couvert, nous aurons encore plus d’occasions pour développer la discipline ici. Mon nom n’est pas entaché, je n’ai rien fait de grave, je n’ai pas été accusé et je n’ai volé personne.»

Surtout, il constate, depuis trois semaines, qu’il est un intervenant respecté.

Et ça, personne ne peut lui enlever.