Chez GYM TRM, l'entraîneuse Kathleen Rudisel conçoit les routines pour ses gymnastes, notamment Julia Pellerin.

Entraîneuses... et artistes

La créativité est à la base de l'enseignement de Marjorie Roy-Fournier et Kathleen Rudisel.
La gymnastique et la nage synchronisée ont beaucoup en commun. Bien que l'un se déroule sur la terre ferme, alors que l'autre nécessite le port d'un pince-nez, l'aspect artistique occupe une place primordiale dans l'essence de ces deux disciplines. Les entraîneurs des deux sports doivent repousser les limites et être de plus en plus créatifs afin d'aller chercher les quelques points qui permettront à leurs athlètes de se distancer de la compétition. 
D'ailleurs, l'aspect artistique occupe une place prépondérante dans la nage synchronisée, puisqu'il vaut la moitié des points d'une performance.
Marjorie Fournier-Roy, qui est entraîneuse au Club de nage synchronisée Les Maralga, consacre beaucoup de temps à chacune des routines qu'elle crée pour ses nageuses afin de leur permettre de se distinguer. La tâche est d'autant plus difficile lors des routines en solo. «La nageuse se doit de dégager plus grâce à la posture, l'expression et la façon de bouger son corps. Tu es seule dans une piscine de 25 m, donc, les mouvements doivent paraître plus grands. C'est ta façon de transmettre qui est importante», souligne-t-elle.
Bien évidemment, la musique joue un rôle clé dans la qualité d'une performance. Chacun des mouvements doit être en parfaite harmonie avec le thème choisi. Lorsqu'il est temps de créer une routine, Fournier-Roy en discute avec sa troupe, même si elle garde le gros bout du bâton. «Les choses qui sont jugées pour le côté artistique sont l'interprétation musicale, la chorégraphie et la présentation. C'est donc important d'avoir l'oreille musicale, qu'il n'y ait aucun son de trop.»
Au Club GYM TRM, l'entraîneuse Kathleen Rudisel est derrière les routines des jeunes athlètes qui s'entraînent au Complexe sportif Alphonse-Desjardins. Fort heureusement, elle a toujours eu une touche artistique en elle, son père étant un musicien de jazz de New York, alors que sa mère était coiffeuse, ce qui requiert une certaine vision artistique, rappelle-t-elle.
Contrairement à la nage synchronisée, cette dernière préfère imaginer la chorégraphie de A à Z avant de la soumettre aux jeunes athlètes. «C'est moi qui crée, ce sont elles qui exécutent. J'adore cette partie et je suis un peu moins ouverte, mais les filles ne sont pas portées à suggérer. C'est certain que si elles ne sont pas à l'aise, je ne vais pas leur donner cette routine. Par contre, pour la musique, je suis plus négociable.»
L'aspect créatif occupe d'ailleurs une place de plus en plus importante en gymnastique, si bien que la pondération en lien avec celui-ci a augmenté récemment. «Si on remonte 15 ans en arrière, les routines n'étaient pas aussi créatives.»
Éviter de dépasser les bornes
Peu importe la discipline, les performances d'une athlète seront toujours en lien avec l'oeuvre qui a été créée par son entraîneur. Si celui-ci pousse la note un peu trop, les juges pourraient se montrer défavorables envers la performance.
En 2010, le duo canadien de Marie-Pier Boudreau-Gagnon et Chloé Isaac a décroché l'argent sur le circuit de la Coupe du monde grâce à une performance exécutée sur une chanson du groupe Metallica, un choix musical des plus surprenants. Toutefois, deux ans plus tard aux Jeux olympiques de Londres, le Canada a terminé au pied du podium malgré une chorégraphie des plus artistiques. Y'a-t-il une formule magique? Fournier-Roy croit qu'il ne faut pas trop en faire. «Certaines performances sont très clichées. Ça fait beaucoup jaser, mais pas nécessairement dans le bon sens. Il ne faut pas que l'artistique nuise à ta technique. C'est vraiment ce que l'on recherche, un bel équilibre. La moitié des juges évaluent le côté technique, alors que l'autre, c'est l'artistique. Il faut pouvoir épater les deux.»
Kathleen Rudisel abonde dans le même sens. Elle doit souvent calmer les ardeurs de ses athlètes, particulièrement en ce qui a trait aux choix musicaux, elles qui désirent utiliser le dernier hit de leur chanteur préféré. Les trames sonores se doivent d'être instrumentales en gymnastique. Quant aux épreuves à la poutre, elles doivent se faire en silence. «Il faut aller chercher les juges. C'est plate si nous avons l'air de robots. C'est beaucoup plus difficile à la poutre. Au sol, la musique te met dedans, alors qu'à la poutre, le rythme, tu dois l'avoir dans la tête», analyse Julia Pellerin, une des élèves de Rudisel.
Des costumes flamboyants
Non seulement les performances se doivent d'être expressives, mais les costumes sont d'une importance capitale dans les deux disciplines, et ce, même si, au final, ils représentent bien peu sur la cartes des juges. Un temps et des ressources énormes leur sont pourtant consacrés. «C'est beaucoup d'esthétisme, mais ça ne vaut rien. Ce n'est que pour nous, pour notre plaisir personnel. On passe tellement de temps là-dessus, mais ça ne vaut rien pour les juges», indique Fournier-Roy.
L'entraîneuse des Maralga croit toutefois qu'un uniforme inadapté aura des répercussions sur la note d'une performance. «Inconsciemment, si le costume ne lui fait pas bien, il y aura un impact sur la routine parce que les lignes du corps ne seront pas aussi définies. Il faut que les costumes soient brillants, tape à l'oeil. C'est la même chose pour la coiffure, qui doit être artistique et non pas échevelé. Nous mettons beaucoup d'emphase sur le choix de couleur.»
Laurence St-Hilaire, une collègue de Marjorie Fournier-Roy, croit toutefois que les uniformes prennent peut-être un peu trop d'importance. «Si les costumes étaient tous identiques, les notes seraient peut-être plus justes. Les juges sont humains. C'est pourquoi nous sommes de plus en plus limités. À un moment donné, nous voulons être reconnus comme un sport, pas comme un show», conclut-elle.
Pas de juges, pas de sport
Les décisions des juges peuvent constituer un aspect frustrant de la pratique de la nage synchronisée ou de la gymnastique. Serait-il possible un jour pour les athlètes de pratiquer leur discipline de façon récréative, sans juges? La réponse est sans équivoque, c'est non.
Kathleen Rudisel ne voit tout simplement pas comment une gymnaste pourrait garder le même niveau d'excellence sans avoir à se préparer pour des compétitions. «On met des heures et des heures à s'entraîner. Ce serait difficile que ça reste comme ça sans être jugé. Ce n'est pas comme du hockey où tu peux jouer un match à tous les jours. Après la carrière, c'est rare que l'athlète ne passe pas à autre chose, à un sport qui est moins demandant. On s'ennuie parce qu'il n'y a plus de compétition, qu'il n'y a plus l'adrénaline qui va avec.»
Cette vision trouve écho chez Marjorie Fournier-Roy. Pour elle, la nage synchronisée sans juges devient tout simplement de la danse en piscine. Bien que certaines personnes âgées aient adapté ce loisir, elle estime qu'il ne s'agit pas de la même chose. «Ce ne serait plus un sport (sans juges). J'ai un groupe de dames plus âgées qui veulent en faire. Pour eux, c'est comme de la danse. Ça leur permet de bouger et ça se fait dans le plaisir. Mais si tu veux compétitionner, tu veux être en mesure de faire face aux juges. Les notes, c'est ta paye.»
Peu de débouchées 
L'après-carrière est d'ailleurs très difficile pour plusieurs athlètes, qui vont souvent changer de branche tout simplement. Pour les gymnastes, certaines options comme le cirque sont une possibilité. Il est toutefois difficile d'y faire longuement carrière, puisque les athlètes atteignent leur apogée avant l'âge de 20 ans.
Quant aux nageuses synchronisées, l'avènement du spectacle O du Cirque du Soleil a ouvert quelques portes. 
«C'est une possibilité, mais c'est encore rare. Ce n'est pas comme le cirque pour la gymnastique, où il y a plus de débouchés. Au Canada, il n'y en a pas vraiment, mais aux États-Unis, avec O, c'est devenu possible de faire des spectacles dans des parcs aquatiques et dans des croisières», souligne l'entraîneuse du club Les Maralga.