Seule la Deuxième Guerre mondiale a stoppé la Classique internationale de canots depuis 1934.
Seule la Deuxième Guerre mondiale a stoppé la Classique internationale de canots depuis 1934.

Encore un peu d’espoir pour la Classique internationale de canots de la Mauricie 

Trois-Rivières — Dominic Thibault trippe sur le canot. Un crinqué, un vrai.

Assez pour être directeur de compétition de la Classique internationale de canots de la Mauricie depuis cinq ans. Assez pour accepter le poste de coordonnateur de la Classique, quand Stéphane Boileau a mis les voiles pour Tourisme Mauricie à la fin de 2019. Sous Boileau, la Classique a pris de l’élan. Elle s’est diversifiée. Thibault prenait les commandes d’un gros bateau, qui s’en allait dans la bonne direction. Il avait l’intention d’y mettre sa touche personnelle et de parfaire ses connaissances dans d’autres volets que la compétition…

Tout ça, c’était avant la COVID-19. La pandémie mondiale n’épargne personne. «On avait tellement de belles annonces à faire dans les prochaines semaines. Plusieurs en lien avec la relève. C’est sûr que ça change les plans pas mal. On a perdu des partenaires dans les dernières semaines. Nous sommes en mode consolidation», explique Thibault, qui semblait quand même garder le moral dans les circonstances.

Faut dire qu’il y a encore de l’espoir pour la Classique. Le gouvernement Legault interdit tous les grands rassemblements sportifs jusqu’à la fin août. La Classique, c’est du 4 au 7 septembre, tout juste à l’extérieur de cette fenêtre… «Même si nos dates ne sont pas en août, il y a de gros défis pour présenter la Classique. Mais je suis de l’école qu’il y a une solution pour chaque problème», sourit-il.

Tant mieux si Thibault niche dans le camp des optimistes. Il aura bien besoin de cette qualité dans les prochaines semaines pour garder le moral car les chantiers ne manquent pas. Le bureau est fermé depuis quelques semaines déjà, alors les organisateurs avancent avec du personnel réduit. Il y a des partenariats à sécuriser, notamment avec les villes et les gouvernements. Du côté logistique, alors que la mesure de distanciation sociale de deux mètres devrait s’étendre à l’automne, c’est encore plus compliqué. On fait comment pour les rabaskas? Pour les ravitaillements? Pour la sécurité de long du parcours? «Ce sont d’excellentes questions. Pour le rabaska, ça s’annonce très compliqué. Contrôler les foules sur 200 km pour s’assurer de la distanciation sociale, ce n’est pas simple non plus. Il y a aussi un questionnement sur nos bénévoles. Certains sont quand même assez âgés. Auront-ils le goût de s’impliquer à nouveau dès septembre? C’est tout ça que nous sommes en train de regarder.»

La réponse des partenaires financiers risque d’être cruciale. Si les frontières restent fermées, la Classique va accuser une certaine baisse des inscriptions. Même avec le statu quo, elle ne peut rencontrer toutes ses obligations uniquement avec les inscriptions. «Contrairement à l’inscription pour l’Ironman de Tremblant qui est de 600 $ pour une journée, nous c’est 250 $. Pour trois jours. Avec trois départs, trois arrivées. Notre coût d’opération est assez élevé…»

Différents scénarios seront étudiés. Qui sait, peut-être qu’une nouvelle formule sera adaptée. Fondée en 1934, la Classique n’a été stoppée que par la Deuxième Guerre mondiale. Thibault aimerait évidemment trouver la combinaison pour aller de l’avant. «Mais bon je suis réaliste, aussi. Il va falloir y aller avec la logique. On va faire nos devoirs, puis nous prendrons les décisions qui vont s’imposer.»

Ça va se faire d’ici la fin mai. Les canotiers doivent savoir à quoi s’en tenir des mois d’avance, ce n’est pas une petite promenade du dimanche qu’ils doivent préparer! Plusieurs ont commencé à poser des questions, d’ailleurs…

Et puis, pour les dirigeants de la Classique, le début juin rime avec des coûts d’opération qui s’accentuent jusqu’à l’événement. «Dépassé juin, on a le bras dans l’engrenage», image-t-il. «On a de bonnes rencontres à l’agenda ces prochaines semaines. À partir de celles-ci, on sera en mesure de voir plus clair sur ce qui nous attend. On tient à faire notre événement. Mais il va falloir tenir compte de la logique», répète-t-il.

Dominic Thibault

Sur la ligne de feu

Dominic Thibault n’a pas le luxe de se préoccuper uniquement de la Classique internationale de canots en ces temps de pandémie.

Kinésiologue, ses services ont été réquisitionnés pour travailler en première ligne, en zone de dépistage de la COVID-19. «Je ne me plains pas de la situation, au moins j’ai encore un travail. Ce sont de bonnes journées, c’est sûr, mais on se sent utile.»

Il guide les gens à leur arrivée à la zone de dépistage, il les aide à compléter le questionnaire. Il vérifie les signes vitaux, la fréquence cardiaque, puis il désinfecte tout le matériel pour le prochain patient. Bref, il est directement en contact avec cette saloperie virale…

«Et nous sommes habillés comme des travailleurs de la santé du tiers-monde! On regarde ailleurs dans le monde ceux qui font le même travail que nous, ils sont habillés comme dans E.T. Nous, c’est un petit masque, une jaquette et des lunettes de protection du Canac! C’est assez rudimentaire merci mais bon, ça fait le travail. Nous sommes une cinquantaine à travailler dans la zone, et aucun n’a contracté la COVID-19, alors tout va bien de ce côté… »