Élodie Bertin Comeau est l’architecte derrière la création de l’équipe de rugby des Diablos, qui commencera ses activités à l’automne... si c’est possible.
Élodie Bertin Comeau est l’architecte derrière la création de l’équipe de rugby des Diablos, qui commencera ses activités à l’automne... si c’est possible.

Élodie Bertin Comeau, plus qu’une joueuse de rugby

Trois-Rivières — Élodie Bertin Comeau le sait, elle n’est pas la plus grande ni la plus forte. Sauf qu’elle déplace beaucoup d’air quand elle joue au rugby. Et quand son sport n’est pas pratiqué dans son cégep, elle s’organise pour créer une équipe! Le Gala Femmes d’influence en sport au Québec l’a honorée à distance, il y a quelques jours, en présence de la ministre Isabelle Charest et de l’olympienne Maxime Dufour-Lapointe.

La jeune femme de 18 ans venait à peine de terminer un examen de fin de session quand elle a rappelé Le Nouvelliste. «L’examen s’est bien passé, la session achève et le beau temps revient! J’espère seulement qu’on pourra jouer au rugby l’automne prochain...»

Il y a quelque chose de cruel dans cette nomination au gala provincial. Le comité de sélection a reconnu le travail abattu par Élodie Bertin Comeau pour convaincre le Cégep de Trois-Rivières d’entrer dans la danse du rugby à 7 féminin.

Par la bande, elle a aussi réussi à enrôler une quinzaine de filles, dont certaines connaissaient bien peu la discipline. Malgré tous ces efforts, l’étudiante en Sciences, Lettres et Arts ne peut garantir qu’elle sautera sur le terrain avec ses coéquipières à l’automne. Il y a encore trop d’incertitude, alors que le spectre des cours en ligne pourrait se prolonger, voire menacer le sport étudiant pour 2020-21.

«Ce serait ma dernière année d’éligibilité comme étudiante-athlète au collégial, car je suis présentement en deuxième année. J’espère vraiment pouvoir participer comme joueuse à la première saison de rugby féminin des Diablos, sauf que rien n’est sûr dans les circonstances...»

Jeune bâtisseuse

La Trifluvienne a découvert le rugby un peu par accident, au milieu de l’adolescence à l’Académie les Estacades. Elle venait de se voir refuser l’accès à l’équipe de football juvénile.

«J’étais trop petite qu’ils disaient. Je peux comprendre en partie, car nous avions de nouveaux entraîneurs, mais je considère que j’avais plus d’expérience que bien des gars dans l’équipe.»

Bien sûr, elle a encaissé le choc avec une grande déception. En se retroussant les manches, elle a migré vers un autre sport avec un ballon ovale.

«J’ai commencé à jouer au rugby en secondaire 4. J’ai vu Elissa Alarie et les Canadiennes gagner la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Rio. Disons que ç’a eu un gros impact pour moi, cela m’a juste conforté dans mon choix: je voulais continuer dans ce sport.»

Son rôle dépasse les frontières du jeu. Élodie a mis les bouchées doubles afin de compenser le vide qui existe en ce moment entre le rugby scolaire, au secondaire où 12 écoles offrent le rugby féminin, ainsi que le niveau senior, dans le volet civil des Braves de Trois-Rivières, club dans lequel elle s’implique.

«Il n’y avait pas grand-chose pour les filles de 18 à 20 ans, ça nous prenait donc une équipe des Diablos pour garder les joueuses dans la région. Au fond, c’est toujours ce que j’ai souhaité: développer mon sport, le faire découvrir à un maximum de filles. Si c’est bien enseigné techniquement, le rugby est un sport sécuritaire. En quatre ans, je n’ai fait qu’une commotion et ça aurait pu survenir dans une autre discipline.»

Ça n’aura pris que deux rencontres pour que les intervenants du Cégep de Trois-Rivières acceptent sa proposition. «J’ai reçu beaucoup d’aide, ce n’est pas l’affaire d’une seule personne! Je suis reconnaissante des gens avec qui j’ai pu m’entourer pour créer les Diablos rugby.»

La demie de mêlée a tenu des entraînements hivernaux avec les joueuses sélectionnées. On parle d’une quinzaine de filles. Le Cégep a annoncé, quelques semaines avant l’éclosion de la pandémie de la COVID-19 au Québec, la nomination d’Alexandre Veillette comme entraîneur-chef. «Tout a été instauré, il ne reste plus qu’à jouer... si on peut!»

Chose certaine, sa nomination au Gala Femmes d’influence lui donnera encore plus le goût de s’impliquer à l’avenir.