Grâce à ses performances lors de la Série internationale, notamment lors de ce match face à la Nouvelle-Zélande, Elissa Alarie participera à une deuxième Coupe du monde en carrière.

Elissa Alarie au coeur d'une révolution

Pour la deuxième fois de sa carrière, Elissa Alarie participera, au mois d'août à Dublin en Irlande, à la Coupe du monde de rugby à 15. Alors que personne ne la voyait atteindre ce niveau un jour, la Trifluvienne aura fait partie d'un mouvement qui aura permis d'accentuer la démocratisation du sport.
C'est en 2012 qu'Alarie a tout abandonné, son emploi à Shawinigan et son petit monde, pour se rendre au centre national d'entraînement de Victoria en Colombie-Britannique. Elle n'avait pas de contrat... même pas d'invitation en main à vrai dire. Un an plus tard, sa place était faite sur l'équipe de rugby à 7, puis sur celle à 15, ce qui lui a permis de participer à la Coupe du monde en France en 2014. Trois ans plus tard, elle répétera de nouveau l'expérience après avoir été choisie, sans surprise, par l'entraîneur François Ratier. «Je dirais que je m'y attendais. Il y a trois semaines, on revenait de la Nouvelle-Zélande et dans ce tournoi, comme aux États-Unis, j'ai fait ma place parmi les arrières de manière individuelle», explique celle qui, à 31 ans, est l'une des vétérans d'une équipe qui misera sur l'expérience à Dublin.
L'équipe nationale peut se permettre de rêver aux grands honneurs à la Coupe du monde. Elle avait terminé deuxième en 2014 et occupe actuellement le troisième rang mondial.
«C'est clair, notre but, c'est de gagner la Coupe du monde. On travaille fort là-dessus toute l'année. Même si, au rugby à 15, nous avons moins de budget, beaucoup de joueuses se sont déplacées à Victoria pour avoir un bon groupe pour s'entraîner. On prend ça au sérieux. Avec les succès de 2014, on peut juste continuer. On sait qu'il y a beaucoup d'attentes pour la Coupe du monde.»
Enfin, de l'argent
La médaille d'argent de l'Équipe canadienne en France aura fort possiblement permis d'apporter quelque chose que le programme avait très peu: de l'argent.
En effet, le rugby à 15 est le parent pauvre du ballon ovale. Au rugby à 7, les joueuses sont brevetées et payées parce qu'il s'agit d'un sport olympique, ce qui n'est pas le cas de la version à plus de joueurs. Et plus souvent qu'autrement, lorsque des dollars sont disponibles, ils vont à l'équipe masculine avant tout. Or, les succès de l'Équipe canadienne ont inspiré un généreux donateur anonyme.
«Lors des deux dernières années, grâce au Fonds Monty Heald pour les femmes, nous n'avons plus à payer pour représenter le Canada. On reçoit même un peu d'argent pour le faire. Il y a dix ans, ça pouvait aller jusqu'à 20 000 $ par année pour représenter le Canada. Le donateur a décidé de démarrer ce mouvement et il a mis un montant d'argent (50 000 $) en plus d'égaler tous les dons suivants jusqu'à un certain montant (175 000 $) pour que les femmes n'aient plus à payer pour jouer.»
Signe que les succès de l'Équipe canadienne font des petits, tous les matchs de la formation à la Coupe du monde - l'équipe se retrouve dans un groupe qui inclut la Nouvelle-Zélande, le pays de Galles et Hong Kong - seront diffusés sur les ondes de RDS et TSN. De plus, ces trois premières rencontres affichent complet dans le stade de 3000 places où se déroule la première ronde.
Alarie se réjouit de toutes ces bonnes nouvelles, mais surtout, de voir sa passion gagner en popularité auprès de femmes qui n'auraient peut-être pas pensé se lancer dans une telle aventure.
«Le rugby à 15 est plus inclusif. Au club, nous avons des filles assez costaudes et nous avons besoin d'elles. Ce sont des filles qui souvent n'ont pas été dans le monde du sport et qui n'ont jamais eu ce sentiment de faire partie d'un groupe, d'une communauté. Elles essaient le rugby et elles se rendent compte qu'elles ont des forces dans ce sport et la confiance s'établit sur le terrain, mais aussi dans des facettes de leur vie. Après 2014, on a vu que le sport a pris de l'ampleur et on peut encore pousser ça pour que les gens aient une autre perspective de notre sport, qu'ils connaissent encore peu.»
Un rôle de leader
Le rôle d'Alarie sera inévitablement différent pour cette Coupe du monde. Elle est maintenant un des vétérans dans une équipe qui doit encore se convaincre qu'elle peut tout remporter. «En 2014, je me suis concentré sur ma façon de jouer individuellement. Je voulais profiter de ma première Coupe du monde. Mais maintenant, je réalise qu'on doit travailler sur la culture de l'équipe et je prêche par l'exemple. Lors de la Série internationale en Nouvelle-Zélande, nous avons eu deux défaites en partant, mais par de petits pointages. Dans ces cas, ça fait moins mal à l'esprit d'équipe, mais on devait se poser les bonnes questions. Oui, on s'améliore, mais pourquoi avions nous l'impression que c'est correcte de perdre par seulement 10 points? On doit être convaincues qu'on peut toujours gagner.»
Sélectionnée à titre de remplaçante sur l'équipe olympique de rugby à 7 à Rio, la Trifluvienne était passée par toute la gamme des émotions en regardant des estrades ses coéquipières décrocher le bronze. Elle estime avoir beaucoup progressé à travers cette expérience. «Tu apprends beaucoup de choses et tu dois persévérer à travers des événements que tu avais peut-être vus autrement. Maintenant, je le vois sur le terrain, mais avant le match aussi, que le stress est différent et je contrôle mieux mes émotions. Cette persévérance et cette expérience m'ont amenée au niveau de jeu que je suis aujourd'hui.»