Paul Corbeil est bien placé pour parler de la Ligue de la côte Est: il a vu plusieurs de ses clients jouer au sein de ce circuit. L’un des plus connus est sans doute Yanni Gourde, du Lightning de Tampa Bay.

ECHL à Trois-Rivières: «on passerait à côté de quelque chose», selon Paul Corbeil

Trois-Rivières — Paul Corbeil est probablement la personnalité de la région qui connaît le mieux la Ligue de la côte Est (ECHL), ce circuit que tente d’attirer à Trois-Rivières l’homme d’affaires terre-neuvien Dean MacDonald. Agent certifié par l’Association des joueurs de la LNH depuis 1996, Corbeil vante la qualité du hockey disputé dans le troisième échelon professionnel en Amérique du Nord. Aucun doute que Trois-Rivières gagnerait à voir le deuxième club-école du Canadien évoluer dans le nouveau Colisée.

Oui, les temps ont changé. Non, la Ligue ECHL n’est plus le repère des bagarreurs, comme ce fut le cas à une époque pas si lointaine. Corbeil parcourt des centaines de kilomètres chaque année pour épier ses clients, qui rêvent encore d’atteindre la LNH. Le calibre qu’il voit sous ses yeux l’enthousiasme. Parmi ses clients les plus célèbres qui sont passés par l’ECHL, on pense à Alexandre Burrows et Yanni Gourde. Burrows, un jeune retraité du sport, a reçu un bel honneur des Canucks de Vancouver et des frères Sedin pas plus tard qu’au début du mois.

«Ce que je veux faire comprendre à la population, c’est que la East Coast est devenue une grosse business. La marque a pris de la valeur.»

Au tournant du millénaire, près de 1200 joueurs formaient la base de ce qu’on considérait alors la pyramide du hockey professionnel nord-américain, lire la troisième division. La Ligue ECHL se retrouvait en compétition avec deux autres circuits. Vingt ans plus tard, elle est la seule rescapée de la troisième division. Ce sont 26 équipes qui alimentent dorénavant les 31 de l’échelon supérieur, la Ligue américaine, circuit au sein duquel évolue le Rocket de Laval.

«La tendance lourde, c’est qu’il risque d’y avoir une trentaine d’équipes ECHL dans les années à venir. Pourquoi? Parce que les franchises de la LNH investissent de plus en plus dans la East Coast: on parle désormais de développement sur trois niveaux. Il n’y a plus trois ou quatre bagarreurs par équipe dans cette ligue. Le jeu s’est adapté: c’est du talent et de la vitesse. D’où l’intérêt d’entrepreneurs comme MacDonald de trouver de nouveaux marchés.»

L’entreprise de télécommunications Comcast, qui possède les Flyers de Philadelphie, a d’ailleurs acheté les Mariners du Maine de la Ligue ECHL en 2017. Les Mariners sont le deuxième club-école des Rangers de New York, mais une entente a été conclue avec les Flyers afin d’y insérer des joueurs. Le Latuquois Morgan Adams-Moisan, qui appartient au Rocket de Laval de la Ligue américain, y évolue en ce moment.

Daniel Brière dirige cette formation du Maine. À Trois-Rivières, il y a fort à parier qu’un homme d’affaires comme Marc-André Bergeron présiderait les destinées du club à naître. Bergeron a travaillé en coulisses avec MacDonald et le Canadien dans le dossier ECHL.

«Ça peut paraître complexe, mais il y a beaucoup d’ententes de ce genre dans la Ligue ECHL. Sur le plan géographique, Trois-Rivières est en bonne position pour créer de tels partenariats entre différentes équipes. Comcast, ce n’est pas un petit joueur! La East Coast est assurément dans la cour des grands.»

Paul Corbeil ne voit plus le système comme une pyramide, mais plutôt comme une échelle, avec la Ligue ECHL au bas. Or, la proximité avec Laval ouvrira la porte à des rappels intéressants pour l’amateur de hockey. «Ce ne serait pas impossible de voir un gars du Rocket descendre à Trois-Rivières, le temps d’un match ou deux. La distance entre les deux villes le permettrait.»

Trois-Rivières, un centre névralgique

Du même souffle, le président du Groupe Paraphe croit en la cohabitation avec les Patriotes de l’UQTR. À ses yeux, Trois-Rivières a le potentiel de devenir la destination par excellence des joueurs de 20 ans qui sortent de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

«À Trois-Rivières, ils auraient deux choix: la voie des études avec les Patriotes et celle du hockey professionnel avec la East Coast. Juste pour essayer de se trouver une place dans un camp d’entraînement, ce serait pas mal plus intéressant avec Trois-Rivières. On pourrait accueillir plusieurs joueurs de 21 ans, parmi les meilleurs au Québec et qui sont sans contrat. On ferait de belles découvertes. Les Maritimes ont une équipe de l’ECHL, l’Ontario aussi. Ça en prend une au Québec. Qu’elle soit affiliée au Canadien, ça ajoute un élément de notoriété. On passerait à côté de quelque chose si on se refusait une telle équipe. Ce serait difficile de recréer les conditions gagnantes actuelles.»

Les Lions?

Sourire en coin, Paul Corbeil va jusqu’à proposer un nom d’équipe pour le club-école du Rocket et du Canadien. «Pourquoi pas les Lions? Ce serait un clin d’œil au passé, car une équipe de Trois-Rivières portait ce nom dans les années 50. C’est facile à prononcer, autant en français qu’en anglais. Pour moi, les Draveurs, c’est associé au junior. Et ça pourrait revenir à Trois-Rivières un jour. Par contre, je pense que ça vaut la peine, pour l’instant, de regarder vers la East Coast.»

Le conseil municipal devrait statuer à la mi-janvier à savoir quelle équipe occupera le nouveau Colisée.