Earle Morris doit son amour pour le curling à son grand-père, qui a pris part au Brier de 1933 avec la Saskatchewan.

Earle Morris et sa fabrique à champions

SHAWINIGAN — De tous les entraîneurs dirigeant l’une ou l’autre des 28 équipes au Championnat canadien de curling junior, Earle Morris est sans doute l’un des plus fascinants.

Travail oblige, l’ex-militaire de 72 ans a vécu dans presque toutes les provinces canadiennes, dont le Québec. Il fut le premier athlète à défendre les honneurs de trois provinces au Brier.

«Je n’étais pas le meilleur joueur par contre. Je n’ai jamais gagné le championnat», tient-il à spécifier, du haut des gradins à l’Aréna de Grand-Mère, où il s’apprêtait à établir la stratégie en vue du match de l’équipe féminine de l’Ontario, mercredi en soirée.

Peut-être, sauf que sur le plan du coaching, c’est une autre paire de manches.

Les dix olympiens appelés à porter les couleurs du Canada, aux Jeux de PyeongChang le mois prochain, ont tous déjà reçu les conseils de Earle Morris comme entraîneur, à un moment ou un autre de leur carrière.

Parmi eux figurent Rachel Homan, Kevin Koe et son fils, John Morris. «Ça indique que je suis vieux, non?» s’interroge-t-il en rigolant.

«Plus sérieusement, j’en suis très fier. Je me considère chanceux d’avoir travaillé avec des athlètes si incroyables.»

Le père et le fils

Morris doit son amour pour le curling à son grand-père, qui a pris part au Brier de 1933 avec la Saskatchewan.

«Quand j’étais militaire, toutes les bases avaient leur glace. C’était facile de pratiquer et d’enseigner», explique celui qui fut, dans les années 80, le directeur des sports au Collège militaire royal de St-Jean-sur-Richelieu, d’où sa présence au Brier de 1982 dans l’uniforme fleurdelisé.

Sur la scène internationale, il a été entraîneur du Canada à de nombreuses reprises.

Son fils John, médaillé d’or olympique à Vancouver, suit ses traces. Il retourne aux Jeux cet hiver, dans la nouvelle catégorie du curling mixte, aux côtés de Kaitlyn Lawes.

«J’y serai, mais comme simple partisan», indique le paternel qui, au départ, ne devait pas visiter Shawinigan pour les nationaux juniors.

C’est qu’il a remplacé, à quelques jours d’avis, l’entraîneur-chef des Ontariennes, indisponible en raison d’un voyage en Écosse, où se tiendront les Mondiaux juniors en mars.

«Ça me fait plaisir d’être ici. Jusqu’à maintenant, ça ne va pas si mal. J’aime la relation entre l’entraîneur et les athlètes. L’aspect mental est important, le lien de confiance tout autant. Remarquez, j’ai toujours préféré diriger que jouer. Je ne joue presque plus, de toute façon! Plus important, je veux transmettre mes savoirs de coaching à une autre génération.»

Un sport encore à développer

Earle Morris se réjouit des commentaires positifs reçus des joueurs et entraîneurs des autres équipes, cette semaine à Shawinigan. Nul doute que l’accueil du comité organisateur et les conditions des glaces satisfont les visiteurs.

«C’est chaleureux et très hospitalier. Je trouve un peu dommage par contre qu’il n’y ait pas plus de spectateurs. On garde espoir pour la fin de la semaine.»

Morris a à cœur le développement de son sport au pays. On lui doit entre autres l’invention du Stabilizer, un stabilisateur qui permet aux initiés et aux joueurs plus âgés de garder leur équilibre au moment de lancer la pierre, évitant ainsi des maux de dos ou de genou.

Richard Hart et le Norvégien Pal Trulsen, champion olympique de 2002, comptent parmi les curleurs de renommée qui l’ont utilisé.

«Le curling se porte bien au Canada, surtout en Ontario et dans les Maritimes. Dans la Belle province, ça ne va pas mal, mais il y a des opportunités de faire grandir l’intérêt, je crois.»

«J’ai toujours cru que c’était un sport pour les francophones, explique-t-il, dans un français fluide. C’est un sport compétitif et social. Il s’agit d’une belle combinaison pour vous, les Québécois, avec votre joie de vivre!»

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Autre victoire des filles

Les joueuses du Québec, menées par la capitaine Laurie St-Georges, ont porté leur dossier aux nationaux à cinq victoires et deux défaites, fortes d’une importante
victoire de 7-3 contre le Nord de l’Ontario.

Les filles conservent ainsi leurs chances d’accéder à la ronde éliminatoire. Elles joueront deux fois plutôt qu’une sur les glaces du Centre municipal de curling jeudi, et non à l’Aréna de Grand-Mère, où les conditions sont meilleures, selon les joueurs, depuis le début du tournoi.

Elles ont rendez-vous avec Terre-Neuve-et-Labrador (5-2) en matinée avant d’en découdre contre les Ontariennes (6-1), durant soirée.

Les gars (4-3), de leur côté, ont échappé un gros match mercredi en baissant pavillon 5-4 devant l’Alberta (5-2).

La troupe du capitaine Alek Bédard n’est pas sortie de l’auberge puisque des adversaires de taille se dresseront devant elle jeudi: le Nord de l’Ontario (7-0) et l’Ontario (6-1).

Les joueurs du Nord de l’Ontario représentent la seule équipe invaincue, toutes catégories confondues, jusqu’à maintenant à Shawinigan.

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La prohibition

Curling Canada a des règles strictes autant pour les entraîneurs que pour les joueurs au championnat. Les entraîneurs doivent s’abstenir de boire de l’alcool sur le site des compétitions, même après les matchs, sans quoi ils risquent l’expulsion. Rien de moins!

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Le bilinguisme, un avantage

Peu de curleurs en visite à Shawinigan sont en mesure de s’exprimer en français. L’une des joueuses de la Saskatchewan s’exprime bien dans la langue de Molière, si bien qu’elle a offert ses services de traduction à un contingent de joueurs qui s’étaient rendus dans un restaurant Subway de Grand-Mère, après quoi elle a pu procéder à sa propre commande.

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TSN est en ville

Un camion de TSN est bien visible dans le stationnement du Centre municipal de curling, depuis mercredi en début de soirée.

L’équipe qui couvrira en direct la demi-finale (samedi) et le match ultime (dimanche) arrivera dans les prochaines heures à Shawinigan. RDS2 télédiffusera aussi ces deux rencontres, grâce au signal de sa station sœur de Toronto.