Il y a cinq ans, 600 millions $US ont été investis pour l’érection du nouveau domicile des Marlins à Miami. Selon Dominic Therrien, un stade à Montréal coûterait entre 500 et 800 millions $.

Dominic Therrien rêve toujours à un stade gratuit pour les futurs Expos

Trois-Rivières — L’article consacré à une possible expansion dans le baseball majeur dans Baseball America a remis sur la place publique ces derniers jours le projet de ressusciter les Expos. Et ce n’est pas Dominic Therrien qui va s’en plaindre.

L’ex-joueur de baseball professionnel, devenu avocat spécialisé dans l’immigration, rêve comme bien des amateurs à un retour des Ligues majeures dans la métropole. Therrien refuse de s’emballer, mais il convient que la candidature de Montréal a pris du momentum. 

«C’est la Bible du baseball qui publie un article fouillé, il faut y porter attention. Il y a un élan à Montréal en ce qui concerne le baseball, qui n’était pas là il y a quelques années. Maintenant, est-ce que ça va se traduire par le retour des Expos? Je ne sais pas. C’est un projet compliqué, ça mêle la finance, la politique, des entreprises privées, etc. Tout ce que je peux dire c’est que je souhaite que ça fonctionne.»

Si, au Québec, les fans de baseball sont sur le gros nerf avec ce vent d’optimisme, ils doivent se préparer à de l’opposition quand viendra le temps d’aborder le sujet du financement d’un nouveau stade de baseball. 

La levée de boucliers est déjà amorcée pour certains qui ne veulent rien savoir d’un nouveau domicile pour des multimillionnaires payés par les deniers des contribuables. C’est là que la solution proposée par Therrien de financer ce stade par un programme temporaire d’immigrants/investisseurs risque fort d’alimenter les conversations puisqu’il permettrait la concrétisation du projet sans un financement public.

Therrien a avancé l’idée en 2014 de modifier l’actuel Programme des immigrants-investisseurs s’adressant aux immigrants fortunés qui souhaitent s’installer au Québec. Actuellement, ce programme offre un statut de résident permanent aux immigrants qui acceptent de prêter au gouvernement du Québec une somme de 800 000 $ sans intérêt pendant cinq ans. 

L’offre ne suffit pas à la demande pour ces places qui sont octroyées par tirage au sort. Ce que voudrait mettre en place Therrien, c’est un mécanisme prévoyant une alternative pour ceux qui ne gagnent pas à cette loterie. En offrant 620 places supplémentaires au cours des trois prochaines années, au coût direct de 275 000 $ par personne, on obtiendrait 500 millions $, la somme prévue par l’étude de faisabilité d’Ernst & Young en 2013 pour l’érection d’un stade de 35 000 places. 

«Il y a des précédents dans le sport professionnel. Orlando a financé son stade de la MLS avec une formule semblable, l’aréna de Brooklyn où jouent les Islanders de New York a aussi été bâti de cette façon», rappelle Therrien. «C’est une solution pour ne pas impliquer les contribuables. J’en parle depuis 2014 et personne n’a encore réussi à trouver une faille majeure dans ce plan. Ça prouve que ce n’est pas farfelu.»

Therrien confie d’ailleurs avoir eu la chance de rencontrer le maire de Montréal Denis Coderre pour lui exposer son plan. Depuis deux ans, ce dernier a d’ailleurs plusieurs fois cité cette idée comme une avenue possible pour le financement d’un stade. Il l’a répété cette semaine au micro de Paul Arcand. «Or, 

M. Coderre est un ancien ministre de l’Immigration, alors il est bien placé pour savoir comment fonctionne ce programme. C’est une autre preuve que le concept est crédible.»

Pour le reste, Therrien refuse d’en dévoiler davantage. Pas question pour lui de confirmer ou d’infirmer s’il a aussi discuté avec les hommes d’affaires qui deviendraient actionnaires des Expos. La famille Bronfman serait au nombre des investisseurs, tout comme Mich Garber. 

Therrien consent du bout des lèvres qu’il aimerait s’impliquer plus activement dans l’aventure si jamais ces derniers le voient comme un actif. Mais il ne veut pas faire dévier la conversation sur lui. «Tout ce que je peux dire, c’est que je ne suis pas dans le secret des dieux.»

«J’y crois vraiment»

Therrien ne souhaite pas plus s’avancer sur les chances réelles que Montréal effectue un retour sur la carte du baseball majeur. Trop risqué à son goût. Ça ne veut pas dire qu’il n’y croit pas. 

«Au contraire, j’y crois vraiment. Le projet d’expansion implique des changements importants dans le baseball mais ce sport très traditionnel par le passé a fait plusieurs changements depuis 20 ans. Et ces changements comme le format des séries et les matchs intraligue ont plu aux fans. Avec la nouvelle façon de consommer le sport, je crois que les gens qui mènent le baseball sont à l’affût de tout ça. Et avec tous les efforts faits à Montréal ces dernières années pour remplir le stade lors de matchs préparatoires, notre nom sort de plus en plus.»

Reste quand même qu’il faudrait réunir environ deux milliards $ selon les estimations de Therrien pour avoir le privilège de percer à nouveau ce grand cercle. Le jeu en vaut-il la chandelle? 

«Pour moi, ça ne fait aucun doute. Selon Baseball America, Montréal serait dans la même division que Toronto, New York et Boston. Je ne vois pas comment on aurait du mal à remplir le stade pour ces matchs. Une équipe avec une masse salariale de 100 millions $US, c’est 40 millions $US dans la poche des gouvernements en impôts. Faut ajouter les taxes sur tout ce qui sera vendu au stade, et sur le tourisme sportif que ça va engendrer. Économiquement, le montage tient la route si c’est bien géré.»