Léa-Marie Vincent aurait bien aimé prendre part à la Finale des Jeux du Québec en sabre, mais cette discipline d’escrime est réservée aux garçons.

Discrimination envers les filles?

Trois-Rivières — Même si elle sait qu’elle est meilleure que plusieurs garçons de son âge, la jeune escrimeuse Léa-Marie Vincent ne pourra pas prendre part à la Finale des Jeux du Québec à son épreuve favorite. Il se trouve que la discipline du sabre n’est réservée qu’aux garçons.

Lors de la dernière compétition régionale donnant accès à la Finale des Jeux du Québec, Léa-Marie Vincent a participé à l’épreuve avec les garçons de 15 ans et moins où elle a terminé au deuxième rang. Ce résultat était toutefois officieux, car l’athlète de 12 ans combattait contre des garçons et les catégories pour les Jeux du Québec étaient déjà bien définies.

«Je suis déçue. J’aurais vraiment aimé ça y aller parce que c’est mon arme, le sabre. Ce n’est pas parce qu’on est une fille qu’on est moins forte que les garçons», affirme-t-elle.

Les filles ne peuvent prendre part qu’aux épreuves d’épée et de fleuret à la Finale des Jeux du Québec. Réservé aux garçons, le sabre demande une technique de combat différente des deux autres épreuves. Au lieu de toucher l’adversaire avec la pointe du fleuret ou de l’épée, le pratiquant du sabre, qui est une discipline olympique masculine et féminine, doit marquer avec le «tranchant» de l’arme.

Léa-Marie Vincent prendra quand même part aux Jeux, mais à l’épée. Il ne s’agit toutefois pas de l’épreuve où elle excelle le plus.

Des démarches ont été entamées pour qu’elle puisse concourir avec les garçons lors des Jeux, à Québec. Ces demandes sont toutefois restées lettre morte. «Dans le fond, il n’y a presque aucune différence entre les garçons et les filles à mon âge», mentionne l’adolescente. «Et je suis plus rapide que la plupart des garçons. Ça me motive d’être une fille et de pouvoir démontrer que ce n’est pas parce qu’on est une fille qu’on ne peut pas faire du sport.»

Selon le père de la jeune sabreuse, la Fédération d’escrime du Québec a justifié l’absence des filles en sabre en raison d’un nombre trop peu élevé de pratiquantes dans les régions du Québec. «Ce n’est pas faux. Mais en même temps, ils ne promeuvent pas le sport et tout ce qu’ils font, c’est créer une iniquité», soutient Dominique Vincent. «Ils discriminent ma fille et toutes les autres athlètes qui ne se sont pas inscrites, car elles savent qu’il n’y aura pas de sabre pour elles aux Jeux du Québec.»

Pour Dominique Vincent, le refus de laisser sa fille compétitionner avec des garçons est discriminatoire. «Elle a réussi. Elle a terminé deuxième aux qualifications. Pourquoi on ne lui donne pas sa chance?», se demande-t-il. «Sport Québec évoquait des raisons de sécurité, mais ça n’a rien à voir. Tous les entraîneurs d’escrime le disent.»

Invitée à commenter la situation et les allégations de discriminations en raison du sexe d’une athlète de la région, l’Unité régionale de loisir et de sports de la Mauricie n’a pas souhaité réagir, car elle n’avait pas suffisamment d’informations concernant cette situation bien précise.

Du côté de Sport Québec, on assurait que les Jeux du Québec ne souhaitent discriminer aucun athlète. L’organisation devait toutefois analyser les raisons qui justifient l’absence d’une catégorie féminine pour le sabre avant de formuler davantage de commentaires au Nouvelliste.