Le boxeur Dillon Carman (à gauche) trouve ironique le fait que Camille Estephan ait déclaré à mots couverts dans Le Nouvelliste la semaine dernière que son clan avait refusé son offre parce qu’il ne voulait pas retourner sur le même ring que l’olympien. Il n’attend qu’une offre jugée satisfaisante pour lui.

Dillon Carman: «Ma patience a des limites»

TROIS-RIVIÈRES — Dillon Carman commence à s’impatienter. Après des mois de négociations avec Eye of The Tiger Management, le poids lourd ontarien s’apprête à tirer un trait sur sa volonté d’offrir une revanche à Simon Kean, à qui il a fait subir sa première défaite chez les pros.

Cette spectaculaire victoire par K.-O. au quatrième round, dans un Centre Vidéotron devenu muet, a changé les données. Il était sur la pente descendante avant de se mesurer au Grizzly. Il dispose maintenant de deux ceintures mineures, et une association l’a grimpé au 15e rang de son classement mondial.

«Cette victoire a fait beaucoup de bruit. Plusieurs promoteurs nous ont approchés. J’ai eu des offres, que nous avons refusé, car notre intention a toujours été d’accorder une revanche à Simon», explique Carman. «Ce n’est pas une obligation. Je ne suis pas lié par contrat. Je n’ai pas besoin de lui pour continuer à faire mon chemin. Mais je suis reconnaissant de la chance qu’il m’a offerte, et je trouve naturel de lui retourner l’ascenseur. Mon cœur de combattant veut ce combat. À condition bien entendu d’obtenir une offre décente. Or ce n’est pas ce que j’ai entre les mains.»

Carman trouve ironique le fait que Camille Estephan ait déclaré à mots couverts dans Le Nouvelliste la semaine dernière que son clan avait refusé son offre parce qu’il ne voulait pas retourner sur le même ring que l’olympien.

«Ce n’est pas comme si je l’avais battu avec un coup chanceux sorti de nulle part. Non, je l’ai battu de la façon la plus tranchante possible. Pourquoi j’aurais peur de lui accorder une revanche? La vérité, c’est que je n’ai peur de personne sur la Terre. Amenez une offre adéquate, et je suis prêt à me battre contre n’importe qui», lance l’ex-champion canadien.

Camille Estephan

«C’est de la business. On m’offre pratiquement la même somme qu’au premier combat. La première fois, j’ai pris la première offre sans rien demander de plus. Mais je ne suis pas dans la même position. Il n’est plus question de me battre pour des pinottes. La boxe n’est pas un sport sans risque, ni moi ni Simon n’avons intérêt à nous battre si, financièrement, ce n’est pas avantageux.»

Les deux parties ont amorcé un dernier blitz de négociations. Carman assure que si le fossé entre ses demandes et l’offre d’EOTM n’est pas comblé dans 48 heures, il va passer à un autre dossier. «Ça fait des semaines que nous attendons une nouvelle offre. À un moment donné, ma patience a des limites. Je suis dans le gym, en grande forme. Je veux me battre.»

Son agent Rick Glaser confirme que son clan a tracé une ligne. «L’offre actuelle d’EOTM n’est même pas proche des autres offres qui ont été déposées. C’est décevant. Dans ma philosophie, la revanche était l’option la plus logique. Mais bon, si on ne peut trouver un terrain d’entente, on passera à un autre appel.»

Glaser poursuit en disant qu’EOTM n’a peut-être pas tant d’appétit à mettre sur pied un deuxième duel entre Carman et Kean. «Le boxeur veut la revanche, ça, j’y crois. Maintenant, est-ce que son promoteur la veut autant que lui? Il a vu son poulain se faire arrêter solidement la dernière fois… Quand je regarde ce que nous avons entre les mains comme offre, je me dis que c’est peut-être uniquement une façon de sauver la face auprès de son boxeur, en rejetant le blâme sur nous si les négociations sont un échec», analyse Glaser.

«J’espère sincèrement que ce dernier blitz de négociations permettra de trouver un terrain d’entente. Ce sont deux boxeurs avec des qualités différentes, qui cognent. S’ils se battent dix fois, Dillon va gagner six fois. Ça veut dire que rien n’est acquis pour personne lors de la revanche, et c’est exactement le genre de combat que nous devons mettre sur pied dans notre sport pour générer de l’attention.»

Dans le camp de Kean aussi, on espère qu’il y aura accord. «Depuis octobre, notre vœu est de revenir contre Carman. Faites-lui le message que peu importe les sous qu’il empochera pour la revanche, il va en avoir pour son argent quand il va recroiser Simon», a déclaré l’entraîneur Jimmy Boisvert, qui a recommencé à travailler étroitement avec son élève depuis quelques jours.