Le Shawiniganais Dominic Ricard a été l’architecte de cette édition historique des Voltigeurs.
Le Shawiniganais Dominic Ricard a été l’architecte de cette édition historique des Voltigeurs.

Deux rivaux, une coupe

TROIS-RIVIÈRES — Si le Québec n’était pas sur «pause», Cataractes et Voltigeurs seraient actuellement opposés en première ronde des séries éliminatoires de la LHJMQ.

Pour les deux organisations, c’était un scénario parfait. Peu de distance à parcourir entre les deux villes, donc moins de dépenses. Plus de revenus aussi, forcément, puisque les fans peuvent suivre leur équipe favorite dans la ville rivale.

La dernière fois qu’une telle confrontation s’était matérialisée, c’était en 2009. Au cours d’une finale épique de sept matchs qui fait encore jaser. Le Nouvelliste vous offre de revisiter ce classique, avec les deux architectes.

La genèse

Cette grande finale mettait en vedette deux organisations qui n’avaient encore jamais mis la main sur la Coupe du Président. Pour arriver à cette ultime étape avant la consécration, elles avaient toutefois pris des chemins différents.

Le Trifluvien Pierre-Alexandre Vandall faisait partie du noyau des Cataractes.

Les Cataractes se préparaient depuis deux ans afin d’arriver au sommet au printemps 2009. Depuis son entrée en poste à l’été 2007, Martin Mondou avait fait de gros sacrifices au plan hockey pour donner le plus de munitions possible à son entraîneur Éric Veilleux.

La campagne 2008-09 n’avait pas été choisie au hasard par le nouveau groupe d’actionnaires: c’était le 40e anniversaire de la franchise, qui allait prendre possession d’un nouvel aréna en décembre 2008. Un noyau de jeunes joueurs repêchés sous l’ancienne administration permettait de plus à Mondou de croire que son plan allait permettre aux Cataractes de véritablement chasser les plus gros trophées de la Ligue canadienne de hockey.

Dans un monde idéal, les Cataractes auraient d’ailleurs été choisis comme club hôte pour le tournoi de la Coupe Memorial. Ils étaient très confiants de séduire le jury présidé par Bernard Lord. La combinaison de la livraison du nouvel aréna, de la force de l’équipe sur papier, et de l’anniversaire de la plus vieille concession de la ligue était imbattable à leurs yeux.

Ça n’a pas empêché le jury de choisir Rimouski. À partir du verdict, livré un an avant la saison 2008-09, le personnel hockey s’était mis en tête d’aller gagner la Coupe Memorial sur la glace de l’Océanic, pour prouver à la planète entière que le comité de sélection s’était trompé.

Dmitry Kulikov s’est avéré toute une acquisition pour les Voltigeurs.

Mondou n’avait pas lésiné sur les acquisitions pour y arriver. Timo Pielmeier, Matthew Pistilli, Alex Grant, Mathieu Bolduc et Maxime Macenauer sont venus solidifier le groupe en place mené par Cédric McNicoll, Simon Lacroix et Maxime Legault. Au sein du vestiaire, il y avait aussi une recrue de 16 ans, un certain Michaël Bournival, qui s’épanouissait de semaine en semaine.

En saison, les Cataractes ont livré la marchandise. Une deuxième place au classement général, puis une séquence de 12 victoires en 14 matchs en séries, qui les a propulsés en finale. «Même avec le recul, je ne changerais pas de personnel», sourit Martin Mondou, appelé à plonger dans ses souvenirs.

«On avait une équipe avec de la profondeur à toutes les positions. Une équipe lourde, talentueuse aussi. C’est la saison où j’ai été témoin de la plus belle chimie à l’intérieur d’un vestiaire. Entre entraîneurs et joueurs, il y avait un véritable respect. On a eu du plaisir à faire du hockey comme c’est pas possible en 2008-09! Je pense que nous avions bâti la meilleure équipe pour connaître du succès au tournoi de la Coupe Memorial.»

Surprenants Voltigeurs

Surprise, toutefois, l’équipe devant les Cataractes en finale avait fait encore mieux! Contre toute attente, les Voltigeurs avaient été les plus performants en saison régulière, établissant au passage rien de moins que 13 records d’équipe.

Cédric McNicoll et Simon Lacroix étaient les deux meneurs des Cataractes.

Sous les ordres de Guy Boucher, ils ont collectionné 54 victoires en 68 matchs, soit 40 de plus que la saison précédente où les Voltigeurs avaient fini bons derniers. Ce prodigieux bond au classement a d’ailleurs pulvérisé un record du hockey junior canadien pour la plus grande amélioration en un an.

Ces progrès, personne ne les avait vus venir. Même pas le grand patron hockey, Dominic Ricard.

«On avait eu la chance de repêcher Sean Couturier quelques mois auparavant, on avait d’autres bons jeunes. On se voyait arriver au sommet deux ans, au plus tard. Mais bon, un plan, ça s’ajuste! Quand on a vu que tout s’accélérait, on a agi en conséquence.»

Pourquoi les Voltigeurs ont-ils pu devancer leur cycle? À la base, certaines transactions élastiques assuraient un certain progrès, dont une qui parachutait le vétéran Dany Massé dans le vestiaire. L’acquisition de Dmitry Kulikov, via le marché européen, a aussi constitué un coup de maître.

Éric Veilleux, Louis Caron, Éric Messier et Martin Mondou pensaient bien avoir assemblé une équipe parfaite.

Ensuite, il y a eu tout un effet domino, par exemple la décision de PJ Corsi de passer chez les pros plutôt que de se rapporter à Drummondville. Les Voltigeurs se retrouvaient alors avec un casier de 20 ans disponible, au moment où Yanick Riendeau a demandé aux Huskies de changer d’air. Riendeau a amassé 126 points cette saison-là!

Ricard a aussi eu l’audace de parier sur des joueurs qui avaient été rejetés ailleurs: Mike Hoffman, Samson Mahbod et Marco Cousineau n’ont pas coûté cher, et ils ont joué des rôles de premier plan dans ce revirement de situation.

«La philosophie que j’avais mise en place avec Guy (Boucher), André Ruel et Luc Dagenais misait sur le leadership et l’attitude. Quand tu as ça dans ton équipe, tu peux te permettre de prendre des chances sur des gars qui ont besoin de plus d’attention. Chez nous, un gars comme Benoît Lévesque était tellement important dans notre chimie. C’est lui qui levait Mahbod et Hoffman tous les matins pour aller s’entraîner! Avec les Desnoyers, Vachon, Dumont, Massé et Landry, nous avions la colle nécessaire pour tout mettre ensemble», confie Ricard.

Le résultat a été bien au-delà des attentes. Non seulement les Voltigeurs sont passés du dernier au premier rang du classement, mais ils ont balayé les honneurs de leurs trois premières séries au printemps.

Guy Boucher a su diriger d’une main de maître un alignement constitué de certains joueurs rejetés par les autres équipes de la ligue.

Tout était donc en place pour une finale de titans. Les Cataractes de Martin Mondou et Éric Veilleux. Les Rouges de Dominic Ricard et Guy Boucher. Cette finale n’aura déçu personne, jusqu’à la dernière seconde…