L'entraîneur de la France, Didier Deschamps

Deschamps: «De la patience, mais pas que ça»

NIJNI NOVGOROD —« De la patience, il en faudra certainement, mais pas que ça », estime le sélectionneur de l’équipe de France Didier Deschamps jeudi avant d’affronter l’Uruguay en quart de finale du Mondial-2018 à Nijni Novogorod.

La défense, « ils ont ça dans les gènes »

« Le profil de l’Uruguay est différent de celui de l’Argentine. De la patience, il en faudra certainement, mais pas que ça. L’équipe d’Uruguay est très bien organisée défensivement, elle prend très peu de buts. La défense, c’est dans leur culture, ils ont ça dans les gènes. Il y a la qualité sud-américaine dans le geste défensif, l’agressivité, l’intelligence, l’utilisation du corps, des bras... Ils savent faire ça. Et ce don de soi. Quand ils n’ont pas le ballon, ils défendent tous. C’est le constat de cette Coupe du monde : quand les équipes sont bien préparées, avec un système défensif bien en place, elles laissent peu d’espace et c’est compliqué. Les nations très bonnes dans la possession, on ne peut pas dire que cette Coupe du monde leur donne raison. Cette équipe est très efficace aussi offensivement, dans la phase de transition pour basculer du défensif à l’offensif, avec une verticalisation du jeu, un joueur comme Bentancur qui accélère bien le jeu et deux attaquants redoutables. La relation entre Suarez et Cavani est très bonne, ils se recherchent souvent avec des positions bien précises. L’équipe est aussi très bonne dans les coups de pied arrêtés. »

Sans Cavani, « ça ne changera pas le visage de l’Uruguay »

« Je prépare mon équipe dans le cas de figure où il y a Cavani. Oscar Tabarez a d’autres options, avec Stuani, un très bon attaquant, qui a marqué 21 buts avec Gérone, dont dix de la tête, et Rodriguez, un autre profil. Cavani c’est Cavani, c’est un joueur du top mondial, il a fait un très bon début de compétition, et vu qu’il joue en France, on le connaît très bien. Mais s’il n’est pas là, ça ne changera pas le visage de l’Uruguay. La qualité de Cavani est certainement au-dessus de celle de beaucoup d’autres attaquants, mais ce n’est pas pour autant que Stuani et Rodriguez n’ont pas de qualités, même si elles sont différentes. »

Mbappé « encore dans l’apprentissage »

« C’est très bien, ce qu’il a fait contre l’Argentine, ça a mis encore plus de lumière sur ce qu’il est capable de faire, et sur un tel match, la caisse de résonance est plus importante. Il a eu le temps de digérer, il s’en est remis, comme tout le groupe. On a eu six jours ; dimanche et lundi étaient des temps faibles pour savourer, et dès mardi il s’y est remis, c’est ça le haut niveau. Les Uruguayens savent de quoi il est capable, il faudra qu’il répète ce qu’il a fait au dernier match. Même si c’est très bien ce qu’il fait à 19 ans, il a encore une bonne marge de progression, dans le fait de gérer ces moments. Quand on a des moments difficiles, on a tendance à se remettre en question et au travail, à avoir plus de mordant ; quand ça va bien, il faut éviter de se relâcher, de penser que tout est facile, que la vie est belle... Kylian est quelqu’un d’intelligent, à l’écoute, il sait cela. Basculer, il l’a fait en club : il a changé de galaxie en passant de Monaco au PSG, où les exigences ne sont pas les mêmes, et là en équipe de France elles sont encore plus élevées. Malgré tout ce qu’il fait de bien, il est encore dans l’apprentissage. À cet âge-là, on apprend. »

Un « profond respect » pour Tabarez

« J’ai un profond respect, ça fait 12 ans qu’il est à la tête de l’Uruguay, il a fait un travail remarquable. Il y a 3,5 millions d’habitants, ils sont censés être moins de footballeurs que dans certains pays, mais ça n’a pas empêché l’équipe nationale d’être très performante, avec une demi-finale au Mondial-2010. Tabarez est toujours là. Je n’irais pas jusqu’à l’admiration, mais j’ai beaucoup de respect pour ce qu’il a fait et continue à faire. »