Stéphane Bergeron compte plusieurs clients autant au niveau amateur, comme le gardien des Patriotes de l'UQTR Marc-Antoine Gélinas, que dans la Ligue nationale de hockey, tel Marc-André Fleury, des Penguins de Pittsburgh.

Des toiles de plastique

De Jacques Plante à Martin Brodeur, de Gerry Cheevers à Carey Price, les peintures sur les masques de gardiens n'ont cessé d'évoluer avec les années. De simples dessins grossiers exécutés par le responsable de l'équipement, elles sont maintenant devenues de réelles oeuvres d'art.
Les Nordiques n'avaient pas encore quitté Québec lorsque Stéphane Bergeron a décidé qu'il voulait se lancer dans le domaine de l'aérographie après avoir vu le masque du gardien Stéphane Fiset. À l'époque, les peintures restaient rudimentaires, particulièrement dans les niveaux sous la Ligue nationale de hockey.
De fil en aiguille, Bergeron est parvenu à établir son nom. Sa carrière a toutefois pris son envol lorsque Patrick Lalime a porté l'une de ses créations avec les Penguins de Pittsburgh lors de la saison 1996-1997.
Depuis, plusieurs gardiens du circuit Bettman se sont ajoutés à sa liste, dont Marc-André Fleury, Corey Crawford et Ilya Bryzgalov, sa technique a progressé et son carnet de commande ne dérougit pas, lui qui peint maintenant deux masques et demi par semaine. Il a même préféré abandonner les équipes de la LHJMQ pour se concentrer sur sa propre clientèle. Il faut dire qu'une vague s'est emparée des portiers dans la dernière décennie, tous niveaux confondus. «Les masques peints qu'on retrouve en boutique, ça ne pogne plus. Les gens n'en veulent même pas et les magasins sont pris avec. De plus en plus, les jeunes veulent quelque chose d'unique pour imiter les pros. Si ces derniers se mettent à avoir des peintures roses, les jeunes vont le faire aussi», croit Bergeron.
Le gardien des Patriotes de l'UQTR Marc-Antoine Gélinas abonde dans le même sens. Aujourd'hui, un membre de la confrérie des portiers se fait regarder d'un drôle d'oeil si son couvre-chef est vierge de toute trace de peinture. «Maintenant, lorsque tu vois un gardien avec un masque blanc, tu te dis que c'est le petit nouveau. Pourtant, je n'avais jamais eu de peinture sur mon masque avant ma première année dans la LHJMQ», souligne-t-il.
À l'image des tatouages
Gélinas a d'ailleurs fait confiance à Bergeron lorsqu'il a été temps de personnaliser son casque chez la formation trifluvienne. Le gardien voulait toutefois que l'arrière-plan du masque soit de deux couleurs, à l'image de ceux qu'il a portés dans la LHJMQ. Pour le reste, il a laissé soin à l'artiste de se charger du design, une façon de faire qui plaît au peintre. «Les gens qui me décrivent exactement ce qu'ils veulent dans les moindres détails sont souvent déçus, parce que ça ne ressemblera pas à ce qu'ils s'attendaient», avoue Bergeron.
Si, dans la LNH, les gardiens peuvent utiliser plusieurs masques par année, la chose est bien différente dans les niveaux inférieurs. Le tableau peint sur cette coquille de plastique devient l'identité du cerbère. «C'est comme un tatouage. Dans les deux cas, ils vont être portés pendant plusieurs années. Même après (leur vie utile), les gardiens veulent garder leur masque. Dans mon cas, je les ai tous conservés», dit Gélinas.
Bergeron se souvient même d'avoir eu droit à des moments des plus émotifs lorsqu'il a remis sa dernière création à un enfant pour qui il s'agissait de la première pièce d'équipement créée spécialement pour lui. «C'est excitant pour les jeunes dont l'idole est Marc-André Fleury. Ils le savent que c'est moi qui ait fait son masque. Une fois, un jeune m'a fait une accolade lorsque je lui ai donné le sien. Ce genre de sentiment, ça n'a pas de prix.»
Oubliez les imitations
Stéphane Bergeron ne cache pas sa fierté quant au chemin qu'il a parcouru depuis qu'il s'est lancé dans le domaine il y a 15 ans. Après tout ce temps, il se considère comme un artiste à part entière, et ce, même si son travail ne se retrouve pas sur des toiles, mais sur des coquilles de plastique. D'ailleurs, ne lui demandez pas d'imiter le travail d'un autre aérographiste. «Ça me frustre lorsque quelqu'un vient me voir avec une photo d'un masque créé par un autre peintre et qu'il me demande de faire pareil. Si c'est ce qu'il veut, qu'il aille voir l'autre. Ça me choque presque!»
Comme quoi un artiste désire toujours que ses oeuvres soient respectées, et ce, même si elles s'apprêtent à faire face à des tirs dépassant les 125 km/h.