Outre les bons choix du directeur général Don Sweeney au repêchage, les succès des Bruins reposent également sur la bonne chimie entre des vétérans comme David Krejci (au centre) et les jeunes, comme Jake DeBrusk (74) et Ryan Spooner.

Des Bruins revampés par le repêchage

MONTRÉAL — Revenons en arrière un instant, au moment du repêchage de la LNH en 2015. C’était le premier de Don Sweeney comme directeur général, il était en poste depuis un mois à peine et les attentes étaient énormes. Les Bruins venaient tout juste de rater les séries, Peter Chiarelli avait été congédié dès la fin de la saison.

Les Bruins disposaient de trois choix au premier tour : le 13e, obtenu des Kings dans l’échange de Milan Lucic, le 14e, le leur, et le 15e, résultat de la transaction de Dougie Hamilton. Ce soir-là, Sweeney a prononcé ces trois noms : Jakub Zboril, Jake DeBrusk et Zachary Senyshyn.

Si la sélection de Zboril se défendait, partisans et analystes ont été décontenancés par le choix de DeBrusk, classé 19e en Amérique du Nord, et surtout Senyshyn, attendu au milieu du deuxième tour. Surtout que Mathew Barzal, des Islanders, dont on a vu l’immense talent, lundi au Centre Bell, était toujours disponible.

Par cette unique séance du 26 juin 2015, les Bruins ont laissé l’impression que le repêchage n’était pas leur spécialité.

Mais dans les faits, qu’en est-il?

Dans les faits, sept des huit premiers marqueurs des Bruins ont été repêchés par l’équipe. Et le huitième, Torey Krug, s’est joint aux Bruins à titre de joueur autonome après son stage universitaire à Michigan State. Bref, il est lui aussi un produit de l’organisation.

Examinons quels joueurs réguliers de la formation actuelle ont été repêchés par les Bruins, au fil des ans. 2016 : Charlie McAvoy; 2015 : DeBrusk et Brandon Carlo; 2014 : David Pastrnak et Danton Heinen. Tous des joueurs clés à Boston.

Ajoutez à cela Brad Marchand (2006), Patrice Bergeron (2003), David Krejci (2004), Ryan Spooner (2010) et Matt Grzelcyk (2012).

À titre de comparaison, un seul joueur repêché depuis 2014 est dans la formation actuelle du Canadien, Victor Mete. Astérisque pour Mikhail Sergachev, qui a quand même permis d’obtenir Jonathan Drouin.

Heureux mélange

Ce récent brio des Bruins au repêchage donne une équipe hétérogène, mais étonnamment soudée. Les nombreux joueurs à leur année recrue (Heinen, DeBrusk, McAvoy, Grzelcyk et Sean Kuraly) se mêlent à merveille aux vétérans.

L’exemple le plus probant est le duo McAvoy-Zdeno Chara à la ligne bleue, l’un des plus hermétiques de la ligue. McAvoy n’était pas né quand Chara a disputé son premier match dans la LNH. 

«On est très proches, explique Heinen. Les plus vieux sont très bons pour souder l’équipe. Ils organisent des moments de rassemblement avec tous les membres de l’équipe. En plus, on est plusieurs jeunes, on passe beaucoup de temps ensemble. L’ambiance est bonne.»

Heinen lui-même est l’une des belles histoires des Bruins. Après un début de saison dans la Ligue américaine, il a eu sa chance avec le grand club. Il compte maintenant 31 points en 38 matchs, ce qui lui donne le quatrième rang des marqueurs de la LNH chez les recrues.

«C’est une superbe organisation. Il y a plusieurs personnes de qui je peux m’inspirer. La première fois que j’ai vu le vestiaire, j’étais au camp de développement. J’ai eu un avant-goût de la LNH. Il y a beaucoup d’histoire avec les Bruins. Plusieurs grands joueurs sont passés avant moi. Je veux contribuer à représenter l’organisation.»

Il ne manque pas d’exemples à suivre quand il regarde autour de lui. Le Britanno-Colombien sait fort bien qu’il peut aller voir n’importe qui pour demander conseil. «Tu regardes Bergeron et Marchand. Je les ai vus en finale de la Coupe Stanley, septième match, quand ils ont chacun marqué deux buts. Ils ont tout fait. Tu les observes, tu les surveilles chaque jour. Tu veux faire comme eux.»

À quel point les Bruins sont-ils jeunes? Six joueurs nés depuis 1995 ont disputé plus de 20 matchs cette saison, un sommet partagé avec trois autres équipes (Coyotes, Avalanche, Devils). Une réalité qui n’a jamais effrayé l’entraîneur Bruce Cassidy, qui jugeait depuis le premier jour que le leadership des vétérans permettrait une transition en douceur.

Il faut croire qu’il a vu juste. En date de mardi, les Bruins pointaient au sixième rang de la LNH. Au cours des deux derniers mois, ils n’ont perdu que trois fois en temps réglementaire (18-3-4) et ils ont inscrit trois buts ou plus à 19 reprises.

Tout ça pour dire qu’avec un bon gardien et de bons vétérans, une reconstruction peut se faire très rapidement, pour peu que l’on repêche bien. Les Bruins l’ont fait, pas le Canadien.