Le parcours scolaire d’Esteban Saganash, originaire de Wemotaci, n’a pas été des plus faciles, mais le football lui a toujours permis de raccrocher.

De Wemotaci au Bol d’or

TROIS-RIVIÈRES — Il y a cinq ans, Esteban Saganash a plongé dans l’inconnu: nouvelle ville, nouvelle école, nouveau sport. Le jeune Atikamekw, à peine entré dans l’adolescence, ne se doutait pas qu’il entamait alors un cycle de cinq ans qui le conduirait jusqu’aux finales du Bol d’or.

Son chandail du Vert et Or sur le dos, durant la dernière pratique du Vert et Or avant la finale provinciale de samedi, le joueur originaire de Wemotaci raconte son parcours.

«Ma mère est Atikamekw, mon père vient de Trois-Rivières. Je cherchais une école secondaire où je pourrais pratiquer un sport et avoir un bon niveau d’études. Le Séminaire Saint-Joseph était le bon endroit.»

D’autant plus que son père et son grand-père avaient fréquenté l’établissement avant lui.

Débarqué en ville, Esteban ne passe pas inaperçu. D’abord parce qu’il est grand et imposant.

«Mais on me pose aussi beaucoup de questions sur les communautés autochtones. À Wemotaci, je suis considéré comme un Blanc alors que je suis métissé. Ici à Trois-Rivières, j’ai réalisé que les gens en savaient bien peu sur les Amérindiens qui, pourtant, ne vivent pas très loin et dans un monde bien plus moderne qu’on peut le penser, même si les conditions ne sont pas toujours faciles.»

À l’école, il doit bucher. Élevé autant en français qu’en atikamekw, il a un peu de rattrapage à faire. Après un an dans un programme spécialisé, il rejoint les cours réguliers. «C’est là que j’ai pioché ma vie, comme on dit! J’ai manqué de motivation par moment, je devais tout donner.»

Heureusement, à partir du quatrième secondaire, les choses se placent. «J’accusais un certain retard en français, mais plus les années passaient, mieux ça allait. Et il y avait toujours le football pour me raccrocher.»

Le Vert et Or fut sa deuxième famille. En tant que jeune pensionnaire, de pouvoir se défoncer sur le terrain avec l’unité défensive l’a certainement aidé dans les moments plus ardus.

«Tu es à environ quatre heures de la maison dans une grande ville que tu connais plus ou moins. C’est tout un choc! Le football a été super important. Je n’avais jamais joué avant d’arriver ici.»

À quelques heures du match le plus important de sa jeune carrière, Esteban Saganash ne peut que constater tout le chemin parcouru depuis son entrée au secondaire.

Aujourd’hui, il loue un appartement en ville avec sa sœur cadette, qui l’a rejoint au SSJ cette année. «C’est plus de responsabilités, mais mes parents viennent de temps en temps et une tante à la retraite nous donne aussi un bon coup de main.»

De toute façon, la discipline de fer, ça ne l’effraie pas. L’été dernier, il a séjourné pendant quelques semaines dans un camp des Forces armées canadiennes en Colombie-Britannique. Là-bas, il a obtenu sa Qualification militaire de base.

«Après la saison de foot, j’aimerais poursuivre à temps partiel au 12e Régiment de Trois-Rivières. Je n’exclus pas une carrière dans l’armée non plus.»

Mais il est encore jeune et ne finira son secondaire que dans quelques mois. Ça lui laisse amplement de temps pour plancher sur son avenir, à l’instar de tous les finissants. «Je veux continuer dans le football aussi. Pour les études, les domaine de la santé et de l’enseignement m’intéressent.»

Surtout, il veut redonner à sa communauté, bien conscient de tous les enjeux qui émanent des réserves. «Des modèles, nous en avons trop peu. Après l’armée et les voyages, j’aimerais retourner chez moi. Je trouve que les jeunes de Wemotaci ne se le font pas assez dire, qu’ils sont capables de belles et grandes choses.»

Ils auraient assurément un bon modèle.

«Esteban a persévéré pendant cinq ans. Au football, c’est un super coéquipier», renchérit son entraîneur Hugo Gélinas. «J’en prendrais 48 comme ça! Je suis fier de lui. On l’a utilisé à toutes les sauces en défensive et il n’a pas déçu.»

Des flammèches à prévoir
Gélinas ne passe pas par quatre chemins: le Vert et Or et ses adversaires en finale, les Scorpions de l’école Armand-Corbeil (Terrebonne), ne s’aiment pas.

«Ça brasse souvent contre eux, autant sur le terrain que sur les lignes de côtés. Mais on se respecte beaucoup. En plus, les deux équipes s’équivalent. On a des anciens des deux bords pour les entraîneurs, c’est spécial.»

Le 22 septembre, les Trifluviens ont vaincu leurs grands rivaux 33-31 chez eux avec un placement sur le dernier jeu du match. Parions que les Scorpions seront prêts pour cet affrontement, prévu samedi matin, 10 h, au Complexe sportif Claude-Robillard de Montréal.

Le Vert et Or tentera de remporter un premier Bol d’or depuis 2006, après des défaites subies en finale en 2007, 2010 et 2015. Les Scorpions, eux, ont échappé le match ultime l’an passé. Bref, les deux équipes sont dues.