Le 27 mai 2012, Pierre-Olivier Morin a vu Anton Zlobin inscrire le but le plus important de l’histoire de la franchise des Cataractes. Moins d’un an plus tard, il a lui-même marqué un des filets les plus importants de sa carrière, cette fois dans le maillot des Patriotes. Le 3 mai 2013, il a mis fin au match le plus long de l’UQTR: 114 minutes de jeu!
Le 27 mai 2012, Pierre-Olivier Morin a vu Anton Zlobin inscrire le but le plus important de l’histoire de la franchise des Cataractes. Moins d’un an plus tard, il a lui-même marqué un des filets les plus importants de sa carrière, cette fois dans le maillot des Patriotes. Le 3 mai 2013, il a mis fin au match le plus long de l’UQTR: 114 minutes de jeu!

Dans l'oeil de Pierre-Olivier Morin: les printemps dorés d'un Trifluvien

«Pour un jeune qui a grandi sur les patinoires de la Mauricie, c’est un honneur d’avoir soulevé la coupe Memorial avec les Cataractes en 2012. On dit qu’il faut savourer ces moments, que ça pourrait ne jamais se représenter dans une vie. J’ai été chanceux: j’ai gagné deux championnats en autant d’années... avec deux équipes de ma région. Les deux fois, ce fut spectaculaire!»

Le Nouvelliste vous propose de revisiter de manière ponctuelle des moments marquants de l’histoire sportive de la région, à travers les mots et les souvenirs des principaux acteurs.

Pour le septième volet de notre série amorcée en 2018, après avoir partagé les histoires des Martin Mondou, Martin Gélinas, Marie-Ève Nault, Simon Larose, Patrick Lalime et Dave Morissette, on profite de l’arrivée du printemps pour faire un clin d’oeil au hockey des séries éliminatoires, qui nous manquera dans les semaines à venir.

Pour l’occasion, nous avons demandé à Pierre-Olivier Morin de retourner sept ans en arrière, à l’époque de sa première saison avec les Patriotes de l’UQTR.

Le 3 mars 2013, son but inscrit en quatrième période de prolongation face aux Ravens de Carleton propulsait l’équipe au Championnat canadien. Sans contredit, ce fut l’un des meilleurs matchs à s’être déroulé au vieux Colisée dans la dernière décennie. Les quelque 1500 personnes ayant assisté à ce classique s’en souviennent encore aujourd’hui.

Changement de programme

La période qui suit la conquête de la Coupe Memorial est un peu folle. J’ai eu l’honneur de soulever le trophée à Shawinigan, avec mes coéquipiers des Cataractes et devant 5000 personnes. Je n’aurais pu espérer plus belle façon de terminer mon stage dans le hockey junior. Je me considère comme un privilégié!

Une fois le champagne digéré et l’euphorie passée, j’étudie diverses offres. Comme n’importe quel gars de 20 ans, je rêve d’obtenir un essai dans la Ligue américaine.

Le lock-out de 2012 dans la LNH cause une congestion dans tous les réseaux affiliés. Malgré tout, on m’invite à participer au camp d’entraînement du club-école des Flyers de Philadelphie. Je mérite ensuite un poste dans la Ligue ECHL.

Le Trifluvien avait terminé sa carrière junior, l’année précédente, avec les Cataractes de Shawinigan, lors du fameux printemps «memorial».

Pas facile se forger une place avec tous ces jeunes joueurs étiquetés LNH et LAH...

Je ne joue que cinq parties avec l’équipe de Trenton, au New Jersey. En plus, j’ai des problèmes avec mon visa de travail! En novembre, je décide de rentrer à la maison. C’est avec les Patriotes que je poursuivrai ma carrière et mes études.

En terrain connu

Je débarque dans un environnement familier à l’UQTR: l’entraîneur en poste, Gilles Bouchard, m’a dirigé dans le midget AAA avec les Estacades. Je connais des gars comme Tommy Tremblay et Billy Lacasse, les entraîneurs adjoints Simon Nadeau et Philippe Deblois m’ont également motivé à choisir Trois-Rivières. J’arrivais confiant, j’avais hâte de jouer pour les Pats, de retrouver mon monde.

À l’automne 2012, les entraîneurs Gilles Bouchard et Simon Nadeau ont convaincu Pierre-Olivier Morin de poursuivre son cheminement avec les Patriotes. Un choix qu’il ne regrettera pas.

Je ne me souviens pas de mon premier match. C’était pourtant contre les Ravens de l’Université Carleton, nos principaux rivaux avec McGill et Concordia. J’imagine que c’est parce qu’il y a eu beaucoup trop de duels classiques contre eux au fil de mes cinq années passées avec les Patriotes!

Les journaux de l’époque disent que j’ai reçu quelques doubles-échecs au visage ce soir-là. Ça ne me surprend pas, ça brassait tout le temps. La plupart de mes bleus, c’est en affrontant les gars de Carleton que je les ai eus!

Ça brassait en Ontario

Arrivé en moitié de saison, je termine ma première campagne avec 17 points en 12 rencontres. Dans le vestiaire, nous sommes tous conscients qu’on a le talent et la profondeur pour viser le Championnat canadien. On a d’ailleurs fini premiers dans la division Est, un point devant Carleton. Place aux séries!

N’importe quel joueur universitaire de l’une des trois équipes du Québec vous le dira: ça joue toujours un peu plus du coude en Ontario. J’ai peu de souvenirs de la première ronde contre les Rams de Ryerson, probablement parce qu’ils ont changé de division par la suite. Je sais toutefois qu’on a traversé ce tour en gagnant les deux parties.

En deuxième ronde, surprise! C’est l’Université Nipissing que l’on croise. Ils ont causé une certaine commotion en éliminant McGill. C’est ici que mes souvenirs s’éclaircissent...

L’épisode Brett Cook

Après une précieuse victoire à North Bay, les deux équipes s’affrontent à Trois-Rivières. Au total, 121 minutes de pénalités seront décernées à Nipissing, 74 contre nous!

L’année précédente, quand j’ai gagné la Coupe Memorial à Shawinigan, on a battu les Knights de London en finale. Il y avait dans cette équipe Olli Maatta, Jarred Tinordi, Max Domi, Austin Watson et Andreas Athanasiou, tous des gars qui joueront dans la LNH. Il y avait aussi un dénommé Brett Cook, un défenseur au bon gabarit, qui ne détestait pas le jeu physique.

Comme dans n’importe quelle série, on s’informe sur nos adversaires. En voyant Cook, j’ai reconnu son nom, je me souvenais de l’avoir affronté à Shawinigan. C’était spécial de le retrouver, moins d’un an plus tard, en séries au hockey universitaire.

Vers la fin du match à Trois-Rivières, on se dirigeait vers la victoire et la finale de l’Est. Ça jouait du bâton, je lui ai lancé deux ou trois petites craques et tout a dégénéré. Je ne pourrais pas vous dire précisément ce que j’ai dit, mais l’intensité était palpable.

Le rôle de Cook était de contenir les meilleurs joueurs adverses et je faisais partie de ceux-là. Pour la deuxième fois en autant d’années, il se retrouvait du mauvais côté. Lors d’un arrêt de jeu, il a voulu s’en prendre à moi. Je n’ai pas vu la séquence, mais il a asséné deux coups de poing au juge de lignes Nicolas Piché.

Je n’ai jamais vécu quelque chose de semblable dans ma carrière. Cook me courait après et c’est en s’interposant que Piché a reçu les coups. Quelques jours plus tard, le sport universitaire canadien le bannissait à vie du circuit.

Est-ce que c’était la bonne décision? Il méritait certainement une longue suspension, mais un retrait définitif? Je suis convaincu que ça n’a pas été une décision facile à prendre pour la ligue. Et de son côté, il a sûrement eu des remords.

Sauver les meubles

Carleton contre UQTR: la finale de l’Est promettait, c’était écrit dans le ciel qu’on allait devoir croiser le fer!

Le gagnant passerait à la Coupe Queen’s, symbole suprême de la Ligue de l’Ontario, mais obtiendrait surtout son laissez-passer pour le Championnat canadien. Le perdant repartirait les mains vides.

On s’est inclinés au premier match, un mercredi soir au Colisée de Trois-Rivières. Une dure défaite de 4-1: nous avons été dominés dans toutes les facettes.

Le vendredi suivant à Ottawa, il n’y avait pas de lendemain. Dans un petit aréna bondé, notre gardien Marc-Antoine Gélinas a été brillant. De mon côté, j’ai récolté une passe et un but, celui d’assurance dans un filet désert, dans une victoire de 2-0.

Ce printemps-là, Gélinas est venu en relève à Guillaume Nadeau. Les deux s’étaient relayés pendant la saison et ils ont été importants, chacun leur tour. En y repensant, j’y vois une similitude avec la situation qui prévalait à Shawinigan l’année précédente, entre Alex Dubeau et Gabriel Girard.

On gagne et on perd en équipe: en 2013, les Patriotes misaient sur deux bons gardiens, mais l’entraîneur n’a pas eu le choix de rester avec Gélinas après cette victoire à Carleton.

Le 3 mars, cette journée magique

Le 27 mai 2012, j’ai gagné la Coupe Memorial. Le 3 mars 2013, j’ai disputé un des matchs les plus intenses de ma vie... et j’ai eu l’honneur de trancher le débat.

La partie avait commencé à 14h30. Il y avait environ 1500 personnes au vieux Colisée. Non, ça ne battrait pas l’ambiance du match ultime à Shawinigan contre London, mais c’était franchement motivant. Le Colisée n’a pas besoin d’être rempli au maximum de sa capacité pour qu’il s’y dégage une atmosphère de fête et c’était le cas, cette fois-là.

On a pris les devants 1-0, avant que les Ravens ne répliquent en troisième période. On s’y attendait, la prolongation a été nécessaire. Ce qu’on ignorait, c’est que ça occuperait tout le reste de l’après-midi!

Dans ce genre de situation, il n’y a pas de guide pratique. Tu dois gérer ton énergie, raccourcir tes présences et garder les jeux simples. C’est cliché, mais tellement vrai! Tu ne veux pas être le gars responsable du but de l’adversaire.

Notre match du 3 mars 2013 a duré plus de 114 minutes. C’était pratiquement un programme double!

Durant l’après-midi, des gens ont dû quitter les lieux parce qu’ils travaillaient ou qu’ils avaient d’autres occupations. Certains sont aussi entrés dans le Colisée et ont pu regarder les meilleurs moments sans payer!

Il restait 15:47 à jouer dans la septième période quand j’ai tenté un tir voilé, en entrée de zone. En première période, le gardien des Ravens Ryan Dube aurait sans doute bloqué la rondelle. C’était le 63e lancer qu’on dirigeait vers lui... et c’était le bon.

Quelle joie que de procurer la victoire à mon équipe! Je revivais des émotions semblables à celle de la Coupe Memorial.

Une semaine plus tard, nous remportions la Coupe Queen’s à Waterloo, contre les Warriors, les champions de la division Ouest. L’aréna était plein, comme toutes les fois où j’ai eu la chance de jouer à la Coupe Queen’s.

Dans l’autobus, on célébrait le premier championnat des Patriotes en six ans. Victime d’un coup de bâton accidentel, coach Bouchard a fini cette partie avec une serviette sur la tête. Au sens propre comme au figuré, tout le monde s’est sacrifié!

Malheureusement, nous n’avons pas été en mesure de gagner le Championnat canadien, quelques jours plus tard.

Après une victoire contre les hôtes de la Saskatchewan au tournoi de Saskatoon, on a dû s’avouer vaincus 8-3 en demi-finale contre l’Université du Nouveau-Brunswick, l’équipe de mon ami Antoine Houde-Caron. C’est eux qui ont remporté le championnat.

Un vilain virus, pas mal moins virulent que celui qu’on subit en ce moment, avait gagné notre vestiaire. Nous n’étions pas dans une forme optimale. La gastro a déjoué nos plans. Avec un effectif en santé, on aurait pu se rendre plus loin...

Saisir sa chance

Je l’ai écrit plus tôt, je me considère chanceux. J’ai gagné dans les rangs juniors et universitaires, chaque fois avec un club de mon coin. Et chaque fois, j’étais entouré d’amis et de coéquipiers que j’ai tenus en haute estime.

Finir l’année avec le sourire, deux ans en ligne, ce n’est pas chose simple dans le monde du sport. J’ai connu d’autres moments réjouissants par la suite, dont des participations aux Universiades. J’ai aussi gagné des championnats au Danemark, un pays que j’adore et où je me suis fait de nombreux amis.

J’en conviens toutefois, il sera difficile d’accoter cette séquence de deux championnats, celle de 2012 et 2013 avec les Cataractes, puis les Patriotes. Non, je ne me souviens pas de tous mes matchs. Mais le 27 mai 2012 et le 3 mars 2013 sont des moments que je chérirai encore longtemps...

Propos recueillis par Louis-Simon Gauthier