­André et Danny Dupont ont tous les deux mis la main sur la coupe Memorial. À l’arrière, on reconnaît aussi le dépisteur Alex Mélançon.
­André et Danny Dupont ont tous les deux mis la main sur la coupe Memorial. À l’arrière, on reconnaît aussi le dépisteur Alex Mélançon.

Dans l'oeil de Danny Dupont: quand l’échec prépare la grande conquête

Il y a huit ans, la solidité de la structure du centre Gervais Auto a été testée. Devant plus de 5000 personnes, les Cataractes ont procuré à leur ville son premier championnat en cinq décennies d’histoire. Danny Dupont, qui était entraîneur adjoint avec l’équipe, accepte de partager ses souvenirs dans le cadre de la série Dans l’œil de…

Chaque championnat a sa propre histoire. Et elle est rarement en ligne droite. Pour gagner le dernier match de l’année, il faut habituellement être en mesure de surmonter les obstacles sur ton chemin.

Le but en or d’Anton Zlobin, préparé par le Shawiniganais Michaël Bournival.

C’est ce que nous avons fait au printemps 2012. Personne ne donnait cher de notre peau après notre élimination en deuxième ronde des séries face aux Saguenéens. Mais à l’interne, on y croyait. Cet échec avait produit une résilience incroyable au sein du groupe.

Mais bon, cette conquête de la Coupe Memorial part de plus loin que ça. L’histoire commence réellement un an plus tôt, lors des séries 2011.

­Gabriel Girard avait réussi de gros arrêts lors de la prolongation, en grande finale du tournoi de la Coupe Memorial.

Le privilège

Je m’en souviens comme si c’était hier. Lors de l’annonce par le comité de sélection du choix de la ville hôtesse pour le tournoi de 2012, les dirigeants de l’équipe s’étaient naturellement déplacés à Montréal pour l’occasion. Mais pour les joueurs et les entraîneurs, c’était une journée normale, alors c’est à la télévision que nous avions suivi ça. Les joueurs étaient dans leur vestiaire, les entraîneurs dans leur bureau. Il y a eu explosion de joie simultanée, à quelques mètres de distance. Tout le monde comprenait le privilège qui venait de nous être accordé.

On n’en a pas reparlé durant les semaines suivantes. On voulait que les gars se concentrent sur les séries. Nous avons finalement perdu en deuxième ronde, en sept matchs face aux Remparts de Québec.

Brandon Gormley, Jonathan Narbonne et Morgan Ellis, les trois acquistions de Martin Mondou pour solidifier la ligne bleue de l’équipe.

Le magasinage

Ce fut le point de départ du magasinage de Martin Mondou pour aller chercher les morceaux qui manquaient. Déjà, il avait sacrifié Garrett Clarke l’hiver précédent, afin de mettre la main sur Vincent Arseneau, un coup de maître. Puis, la chance nous avait souri, il y a eu un repêchage de dissolution des MAINEiacs de Lewiston, où nous avions pu réclamer Michael Chaput et Pierre-Olivier Morin, deux attaquants top 6! À partir de là, notre directeur-gérant savait que le dernier chantier à travailler, c’était la défensive. On aimait les gars en place, mais pas dans les principales chaises. Il fallait du renfort. Martin a bien essayé de transiger durant l’été mais le fruit n’était pas mûr, alors c’est avec ces effectifs que nous avons amorcé la saison. Lors du premier meeting avec les joueurs, Éric (Veilleux) a à peine effleuré le sujet de la Coupe Memorial. Il a rappelé l’importance de faire les choses dans le bon ordre. Nous avions une saison à traverser, elle devait servir à nous préparer aux séries. On s’occuperait du gros tournoi plus tard!

Une première transaction est arrivée au cours de l’automne. Martin avait obtenu un défenseur, Jonathan Narbonne, qui allait arriver aux Fêtes. Une solide acquisition, qui permettait aussi à l’équipe de mettre la main sur Kirill Kabanov. Ce dernier venait compléter notre top 9, on n’avait plus rien à envier à personne en attaque.

Kirill Kabanov a célébré sur la glace avec sa famille ainsi que l’actionnaire des Cataractes Claude Mondou.

Puis, aux Fêtes, ce fut au tour de Morgan Ellis d’arriver chez nous. Avec le recul, quand on regarde le prix payé, on peut dire que c’était une aubaine.

Restait une pièce à ajouter. La pièce de résistance, soit Brandon Gormley, qui venait d’être élu le meilleur défenseur au Championnat du monde junior! Ce fut de longues négociations avec les Wildcats pour en arriver à une entente. Martin a travaillé fort, son adjoint Roger Shannon aussi. La transaction a finalement été réalisée mais il restait un détail à régler: Gormley avait une clause de non-échange, et il se faisait tirer un peu l’oreille pour la lever! La Ligue nous avait accordé un délai de quelques heures après la fin de la période des transactions pour régler la question. Heureusement, Gormley a fini par accepter.

En l’espace de quelques secondes, les joueurs ont rejoint Anton Zlobin au centre de la glace après son but en or.

Le message

Après cette saga, on partait pour trois matchs en autant de jours dans les Maritimes, avec un premier arrêt chez les Sea Dogs, les champions en titre. Ce match était un test qui nous attendait. En chemin, nous avions récupéré Brandon Gormley à Fredericton, où nous avions pratiqué. En le voyant se joindre au groupe, le groupe d’entraîneurs, nous avions le feeling que tous les morceaux du casse-tête étaient en place.

On a passé un message aux Sea Dogs le lendemain. Ils n’ont pas touché à la rondelle de la soirée!

Michael Chaput, nommé le joueur le plus utile du tournoi, avait paradé dans les rues de Shawinigan avec le directeur-gérant Martin Mondou.

Le lendemain, à l’Île-du-Prince-Édouard, on se demandait comment l’équipe allait réagir après la grosse soirée émotive de la veille. C’est toujours un piège ce genre de match-là. On s’en faisait pour rien: les gars ont pris l’avance 4-0 en première période, en route vers un pique-nique de 8-2!

Puis, pour finir ce trois en trois, il y avait un arrêt à Bathurst. Le Titan n’avait pas une vilaine équipe, nous avions quand même gagné en prolongation. Dans ma carrière d’entraîneur, c’était la première fois que je revenais avec une fiche parfaite lors d’un voyage dans les Maritimes!

La réaction derrière le banc, après le filet de Zlobin.

Les rumeurs

Par la suite, l’équipe a connu une période un peu plus difficile. À la mi-février, il y a eu des rumeurs de congédiement. Je voyais la pression monter, j’avais dit à Éric que s’il se faisait congédier, j’allais partir avec lui. Nous avions commencé ensemble ce projet, nous allions le finir en même temps peu importe ce qui arrivait. J’ai senti que ça lui avait fait du bien.

On avait eu vent que l’équipe avait parlé à Michel Therrien. Ce dernier faisait partie de notre cercle, je le connaissais bien, Éric aussi, alors l’information s’est rendue à nous. Non, ce genre de chose n’est pas plaisante à entendre mais on ne pouvait se laisser distraire par ça, il fallait se concentrer uniquement sur ce qu’on pouvait contrôler. Je me rappelle quand même d’un match contre Rouyn à la maison (8 mars), que nous perdions 2-0 après une période même si nous avions dominé 16-6 dans les tirs au but. En revenant vers le bureau des entraîneurs, Éric avait demandé à Steve (Larouche) et à moi si, à notre connaissance, c’était déjà arrivé un congédiement en plein match? C’était sarcastique, on avait ri un peu mais surtout, ça avait permis de détendre l’ambiance. On a finalement gagné ce match 4-2…

Michaël Bournival avait paradé entouré d’Éric Veilleux et de Danny Dupont.

On a fini la saison avec 97 points, la 2e meilleure récolte de la ligue, derrière les Sea Dogs.

La chute

En première ronde des séries, on a balayé les Huskies. Puis, il fallait faire face aux Saguenéens. Les gens nous plaçaient largement favoris mais à l’interne, on le savait que ce ne serait pas facile. Aux Fêtes, ils avaient eux aussi fait de grosses acquisitions, par exemple Jean-Gabriel Pageau. L’équipe avait fini la saison en force.

Vincent Arseneau avait livré un furieux combat à Brett Cooke durant le tournoi.

Ce fut une excellente série. Les Saguenéens ont joué à leur plein potentiel.

Leur gardien, Christopher Gibson, avait été excellent. Trois de nos quatre défaites ont été subies par un but, l’autre par deux. On avait le sentiment que nous n’avions pas si mal joué mais le constat, ça restait quand même un échec. On devait l’encaisser, il n’y avait rien d’autre à faire, avant d’arriver avec un plan pour se préparer au tournoi de la Coupe Memorial.

Les partisans, dont Denise Gagnon, ont attendu cette conquête durant cinq décennies.

Le plan

C’est que nous avons fait. Le plan, c’était de s’assurer que nous serions l’équipe la plus travaillante, la plus en forme et la plus en santé lors du tournoi. On l’a présenté au conseil d’administration, qui a été derrière nous à 100%. Puis on l’a présenté aux leaders de l’équipe, qui ont embarqué complètement. Ils n’avaient qu’une demande: ils voulaient un peu plus de liberté offensive dans le système de l’équipe, et Éric a accepté.

Le mois qui a suivi a été difficile. Il y avait beaucoup, beaucoup d’intensité. Les gars en ont bavé. Personne ne s’est plaint. On avait un groupe en mission, qui ne voulait pas rater cette deuxième chance.

La bague des champions.

Bob Hartley s’est joint à nous quelques jours avant le tournoi. Honnêtement, il n’a presque rien touché côté stratégique, si ce n’est de nous donner un truc pour gérer le temps de glace de nos joueurs avec les pauses supplémentaires de la télévision. Il a par contre parlé aux joueurs, afin qu’ils mesurent bien la chance qui se présentait à eux. Sa présence a eu un autre bienfait: Bob a pris la pression médiatique. Plutôt que de parler à l’équipe qui s’était effondrée un mois plus tôt, les journalistes couraient après Bob…

Le tournoi

Nous étions prêts pour le premier match. Face aux Oil Kings d’Edmonton, nous avions livré une bonne performance, malgré une défaite de 4-3. Au second duel, nous avions fait un changement devant le filet en y plaçant Gabriel Girard, notre vétéran. Il était affamé. Il a joué tout un match, tout comme notre équipe, qui a eu le dessus 6-2 face aux Knights de London. Au troisième match, les Sea Dogs ont gagné 4-1 mais c’est ce qui s’est passé ensuite qui a été le plus marquant. Lorsque le groupe d’entraîneurs est revenu dans le vestiaire, les joueurs n’étaient pas fâchés. Ni déçus. Dans leur visage, on pouvait lire qu’ils n’allaient pas se laisser abattre par ce détour. Ils étaient toujours confiants en eux.

Michaël Bournival avait reçu le précieux trophée des mains de Dave Branch.

Cette attitude s’est transposée au match du bris d’égalité, face aux Oil Kings le lendemain. Une victoire sans équivoque de 6-1, qui avait permis de faire rouler tout notre personnel. Résultat, les jambes étaient encore fraîches le lendemain face aux Sea Dogs. On le savait qu’on pouvait les battre, même si c’était toute une machine de hockey. On sentait aussi que nous avions l’appui de tout le Québec. Disons-le comme ça, les Sea Dogs n’étaient pas l’équipe la plus populaire dans la ligue.

Le match a été intense à souhait. On menait 4-2 en milieu de deuxième période lorsque Jonathan Huberdeau a marqué un but bizarre. La rondelle a fait un bond capricieux sur la rampe, avant d’aller directement dans le filet! La foule a été médusée par la scène. La concession a eu son lot de coups durs dans son histoire, c’était peut-être en train de se répéter… Les Sea Dogs nous ont volé le momentum, et ils ont même réussi à créer l’égalité 4-4 en milieu de troisième. Mais ce groupe, je vous l’ai dit, n’avait plus peur de rien et a continué de foncer. On a repris l’avance grâce à un but de Yannick Veilleux, puis Chaput et Morin ont ajouté des buts d’assurance pour éliminer nos ennemis jurés. Quel feeling!

La finale

44 heures plus tard, c’était la finale face aux Knights. En arrivant à l’aréna, c’était malade comme atmosphère, ça nous a pris 10 minutes pour se rendre du stationnement à la porte de l’amphithéâtre tellement il y avait du monde au tailgate. Les partisans étaient bruyants sans bon sens, tout le monde était excité. Une fois rendu dans l’aréna, c’était encore plus bruyant. Pour communiquer entre entraîneurs derrière le banc, on utilisait un tableau!

Le match fut à la hauteur. Tu regardes l’alignement des Knights, ils étaient supérieurs sur papier même s’ils étaient un peu plus jeunes. Les Domi, Namestnikov, Athanasiou, Maatta, Watson, Tierney, Horvat, Anderson et Harrington sont tous des joueurs à temps plein dans la LNH. Mais, au risque de me répéter, ils devaient battre une équipe qui était en mission depuis un peu plus d’un mois.

La prolongation a été nécessaire pour départager les deux clubs. C’est Girard qui a provoqué cette prolongation avec un arrêt miraculeux sur Watson en fin de match. Il nous a sauvé une fois de plus en supplémentaire, sur un arrêt pendant un deux contre un face à Athanasiou. Personnellement, je commençais à manquer d’énergie derrière le banc. Notre thérapeuthe Mickaël Morin s’en est rendu compte, il est venu me voir et m’a glissé à l’oreille : «Tiens bon, il ne nous en reste plus pour longtemps. Notre but s’en vient.»

C’était une prophétie! Quelques instants plus tard, Chaput a pris une mise en jeu en territoire offensif et il a utilisé un jeu truqué préparé à la suite de l’analyse des vidéos des Knights. Steve (Larouche) et moi, on s’étaient en effet aperçus que le gardien des Knights, Michael Houser, n’était pas en parfaite position de base lors des mises en jeu offensives. On avait préparé Chaput et Bournival à tenter de marquer directement du point de mise en jeu. On a décidé de l’essayer à ce moment-là précisément. Chaput n’a pas marqué, mais son tir s’est retrouvé dans le coin de la patinoire.

Le destin a fait le reste. Contrairement à notre cahier de jeux, notre défenseur Jonathan Narbonne a quitté le point d’appui pour garder la rondelle en zone offensive. Il a réussi sa manœuvre, la rondelle s’est retrouvée sur la palette de Bournival derrière le filet… alors qu’il devait plutôt être dans l’enclave! Puis Bournival a repéré Anton Zlobin qui s’amenait à découvert dans le haut de l’enclave. Zlobin ne voulait même pas être sur la glace, on avait dû geler son pied avant le match et puisque celui-ci s’étirait, la douleur avait réapparu. Tout juste avant son but en or, il avait supplié Éric de rester au banc! Éric lui avait dit d’aller à la mise en jeu, et de revenir au banc si jamais la rondelle sortait de la zone offensive. Il n’est jamais revenu!

Son but en or a provoqué l’hystérie dans l’aréna. Les joueurs fêtaient sur la glace, on s’est fait des gros câlins derrière le banc. Puis, j’ai eu la chance de retrouver mon père sur la glace. Un moment que je n’oublierai jamais. Mon papa avait gagné ce trophée, c’était à mon tour. Je voyais la fierté d’un père dans ses yeux. Le plus beau moment de ma carrière!

Je ne suis pas le seul.

Pour plusieurs d’entre nous, cette conquête sera le fait d’armes de notre carrière. Chose certaine, nous sommes liés à jamais par elle.

On n’a pas pris le chemin le plus facile pour s’y rendre, c’est sûr. Mais tous ces obstacles ont rendu cette conquête juste plus savoureuse!