Les chercheurs Marie-Claude Ayotte et Frédéric Domingue sont au service des cyclistes professionnels de l’équipe française Arkéa-Samsic, dont fait partie Nairo Quintana, deux fois vice-champion du Tour de France.
Les chercheurs Marie-Claude Ayotte et Frédéric Domingue sont au service des cyclistes professionnels de l’équipe française Arkéa-Samsic, dont fait partie Nairo Quintana, deux fois vice-champion du Tour de France.

Cyclisme international : des chercheurs de l’UQTR côtoient l’élite

Trois-Rivières — Le Tour de France mis en veilleuse, c’est le monde du cyclisme qui retient son souffle, en espérant que la classique centenaire puisse avoir lieu plus tard dans l’été. C’est le cas, entre autres, pour deux chercheurs de l’UQTR, Marie-Claude Ayotte et Frédéric Domingue, dont l’expertise scientifique a été retenue par l’équipe de Nairo Quintana, l’un des meilleurs coureurs sur la planète.

Optimiser le positionnement sur le vélo, développer des aspects techniques et assurer une gestion de l’effort propre aux besoins de chaque cycliste: ce sont les objectifs du Laboratoire de technologies et d’innovation pour la performance sportive de l’UQTR. Dans sa formulation plus courte, appelons-le L-Tips.

Le Laboratoire, né de l’initiative des professeurs Domingue (Département de génie électrique et génie informatique) et Claude Lajoie (Département des sciences de l’activité physique), axe une partie de ses travaux sur le cyclisme de compétition puis quelques années.

C’est en participant à des colloques en Europe que Domingue et Ayotte, candidate à la maîtrise en sciences de l’activité physique, ont tissé des liens avec des directeurs sportifs ainsi que des entraîneurs. L’un d’eux, Théo Ouvrard, leur a proposé une collaboration avec son équipe, Arkéa-Samsic. Une occasion en or que ne pouvait refuser le tandem!

Basée en Bretagne, Arkéa-Samsic mise sur deux des têtes d’affiche du cyclisme international en Nairo Quintana (Colombie) et Warren Barguil (France). D’ici trois ans, ils espèrent gagner un grand Tour. «Nous formons l’un des maillons au sein d’une grande équipe», illustre le professeur Domingue, qui a travaillé auprès de Quintana avant la pause forcée, notamment pour les épreuves de contre-la-montre.

«C’est dommage que tout s’arrête du jour au lendemain, parce qu’il était dans une forme exceptionnelle. Il venait d’enregistrer d’excellents résultats à Paris-Nice et dans le championnat colombien.»

Surtout, Quintana répondait de manière positive aux ajustements suggérés par les deux chercheurs de l’UQTR. Quand un vice-champion du Tour de France se dit satisfait de votre travail, ça augmente la confiance et la reconnaissance!

Car ce n’est pas toujours évident de voir des «experts» débarquer et changer certaines méthodes. «Ça prend des coureurs prêts à nous écouter, à souffrir un peu plus qu’en temps normal sur certaines portions de l’entraînement ou de la course. Ça prend des coureurs prêts à recevoir beaucoup d’information. En ce sens, nous sommes chanceux de côtoyer des cyclistes réceptifs vis-à-vis à nos études.»

«Il s’agit d’une expérience unique», enchaîne Marie-Claude Ayotte. «Nous sommes intervenus auprès des membres de toute l’équipe en Espagne, avant de poursuivre le travail avec les deux meneurs que sont Quintana et Barguil. Nous nous sommes concentrés sur le contre-la-montre, parce que dans ce type d’épreuves, ce sont souvent les petits détails qui font toute la différence.»

Analyser les données de cyclistes professionnels se veut un privilège pour des chercheurs. «Le seul objectif, au final, c’est d’aller plus vite sur l’ensemble de la course. Par contre, pour y arriver, tous les athlètes ne s’y prendront pas de la même façon. C’est pourquoi on propose une approche spécifique à chacun en raffinant des modèles de simulation et de performance, en proposant des stratégies sur la gestion de l’effort selon le parcours, la météo et le profil du coureur.»

Dans un monde idéal, ce modèle aurait été raffiné avant le Tour de France grâce à la présentation de quelques épreuves de contre-la-montre. La situation actuelle vient toutefois contrecarrer les plans. Heureusement, elle ne menace pas la collaboration entre L-Tips et Arkéa-Samsic. «Nous sommes à développer des modèles mathématiques complets, qui incluent plein de paramètres pour trouver la meilleure stratégie pour un coureur. Nous devions continuer l’étude des données pendant le Critérium du Dauphiné [en juin] et le Tour de France. Malheureusement, tout ça est sur la glace en ce moment.»

Les deux chercheurs de l’UQTR doivent d’ailleurs assister aux premières journées du TDF, aux côtés des autres membres de l’équipe bretonne.

«C’est un petit monde, où on s’échange beaucoup d’information, note Frédéric Domingue. Chaque équipe a ses spécialistes. Certaines d’entre elles ont de beaux modèles de collaboration avec des laboratoires universitaires. Chez L-Tips, ce sera l’un de nos objectifs à long terme.»