L’ancien président du CSAD Éric Myles presse la Commission scolaire Chemin-du-Roy de trouver un terrain d’entente avec la Ville de Trois-Rivières pour sauver le Complexe.

CSAD: «Des menaces qui n'ont pas de sens»

Trois-Rivières — Pendant une dizaine d’années, le Complexe sportif Alphonse-Desjardins a été le bébé d’Éric Myles. Même s’il parcourt aujourd’hui le monde dans son rôle de directeur exécutif du Comité olympique canadien, le fondateur garde un oeil sur la situation financière difficile du CSAD. Il exhorte la Commission scolaire Chemin-du-Roy de faire preuve de davantage de leadership afin de sauver le joyau sportif du secteur Cap-de-la-Madeleine.

Dans une entrevue exclusive avec Le Nouvelliste, l’ancien président du CSAD avoue être tombé de sa chaise lorsqu’il a pris connaissance des paroles du président de la Commission scolaire Chemin-du-Roy Claude Lessard la semaine dernière, qui a évoqué le souhait de l’organisme de se départir du CSAD et que sans aide supplémentaire de la Ville de Trois-Rivières, une partie du complexe pourrait fermer.

«Ce sont des menaces qui n’ont pas de bon sens. Si c’est réellement le cas, ce serait décevant comme vision et comme leadership. C’est alarmiste et je pense que c’est un choix dans la façon de négocier. Il y a cinq ans, c’était un des meilleurs modèles et soudainement, plus rien ne marche? Qu’est-ce qui s’est passé durant ces cinq années?», se demande celui qui a été président du CSAD jusqu’en 2010.

Pour Myles, c’est à la Commission scolaire de prendre les devants pour créer des ponts avec les autorités municipales, puisqu’elle est la propriétaire de l’endroit, alors que la Ville en est la locataire. Ce qu’il souhaite avant tout, c’est que ces étiquettes s’envolent lors des discussions afin de trouver un solution durable et gagnante pour tous à long terme, plutôt que de demander de l’aide sur la place publique.

«Dans ton style de leadership, est-ce que tu repousses quand ça va bien et tu demandes de l’aide quand ça va mal? Il faut trouver comment travailler ensemble. Tu as besoin de développer un leadership rassembleur avec la Ville, mais aussi le Cégep, le Collège Laflèche et l’Université. Si tu ne fais que regarder ta part, ça ne fonctionne pas. Il faut arrêter de travailler chacun de son bord. Ce sont des fonds publics, tu ne peux pas faire comme si c’était ton entreprise privée.»

L’ancien directeur adjoint de l’Académie les Estacades estime qu’il faut revenir au modèle qui a permis de lancer une telle aventure et mené à la construction de quatre phases de ce complexe sportif, qui permet à des centaines d’élèves de l’institution scolaire voisine d’être inscrits dans des programmes Sport-études, ce qui ne représente que 25 % de sa clientèle totale.

«Le jeune, qu’il soit dans l’école ou dans un parc, c’est le même jeune, la même famille, le même payeur de taxes, rappelle Myles. Ce qui me rendait le plus fier, c’est que nous étions capables de trouver des solutions entre la Ville, la Commission scolaire et le monde des affaires – qui s’implique rarement dans le sport scolaire. Tous s’entendaient pour se séparer les risques et trouver des solutions selon les forces de chacun des partenaires. Ce modèle a été encensé partout.»


Ça peut paraître bien pour les gens en place de dire que ça n’a pas d’allure ce qui a été fait avant, mais eux aussi ont des questions à se poser.
Éric Myles

Un modèle viable?

La semaine dernière en point de presse, Claude Lessard a affirmé que le CSAD était «un poids financier insupportable» après avoir enregistré un déficit de 4,2 M$ pour l’exercice 2016-2017, et ce, malgré de nombreuses compressions et l’ajout de surfaces de dek hockey, très rentables.

Éric Myles estime qu’il s’agit d’une interprétation des chiffres à l’avantage de la Commission scolaire, qui ne prendrait pas en considération que le CSAD est un équipement scolaire, comme une école, et que le but n’a jamais été de faire du profit.

«Quand j’étais président, le modèle était viable. C’est comme un restaurant qui ferait un agrandissement, mais qui ne calculerait par la suite que les dépenses et pas les revenus supplémentaires. Ça ne fonctionne pas. Le complexe a attiré plein d’élèves en Sport-études qui seraient allés à l’école privée sinon. Il y a aussi des retombées économiques avec les événements et ça se calcule», indique-t-il, en convenant que l’échec de la construction de la phase 5 – le colisée de 5000 places – a fait mal à la viabilité du projet.

Rétablir les ponts

L’ancien président du CSAD martèle qu’il est maintenant temps de rétablir les ponts entre la Ville et la Commission scolaire, même si le fossé n’a jamais été aussi grand depuis que le projet de construction du nouveau colisée est tombé à l’eau. Myles estime que le président du CSAD devrait être quelqu’un de neutre, et non pas un membre de la Commission scolaire, ce qui permettrait de créer une dynamique plus intéressante pour la Ville lors des négociations pour sauver le CSAD.

«Que ce soit la faute d’un camp ou l’autre, on arrive au même point. Mes attentes comme fondateur, ancien président et maintenant simple citoyen, c’est de trouver une solution ensemble. Le modèle a été construit ainsi et ils sont condamnés à trouver des solutions. Cette séparation affecte grandement le modèle d’affaires qui avait été bâti. Le succès repose sur le partenariat de la communauté au sens large. Sinon, ça devient un projet comme on le voit présentement, qui semble être à trouble, déficitaire et qui a l’air d’un boulet. Ça peut paraître bien pour les gens en place de dire que ça n’a pas d’allure ce qui a été fait avant, mais eux aussi ont des questions à se poser.

«Ce n’était pas parfait ce qu’on a fait, mais ç’a été fait par des gens extrêmement sérieux. J’espère que ça ne prendra pas trop de temps à clarifier parce qu’il y a des gens qui ont beaucoup donné et qui y ont cru. Ils ne faisaient pas ça pour leur ego. Ç’a n’a pas été pensé par des clowns.»

Amer, Éric Myles? On le sent en effet. Celui-ci a préféré ne pas commenter les poursuites et contre-poursuites qui sont en cours entre le CSAD et quatre anciens administrateurs, mais estime que la vie de plusieurs personnes a été affectée. 

«Le temps démontrera si les accusations étaient valables puisqu’il y a beaucoup d’enjeux d’interprétation, rappelle-t-il. C’est malheureux, mais depuis les dernières années, avec tout ce qui s’est passé, je n’ai plus le goût d’aller au Complexe. J’ai perdu un bout de fierté de ce qu’on a créé qui était, il n’y a pas si longtemps, un des meilleurs modèles au Canada non seulement pour le sport, mais pour l’éducation et la communauté.»