En s’associant avec Québec Solidaire pour demander à la LHJMQ de faire de ses joueurs des salariés, Gilles Lupien s’est attiré les foudres du commissaire Gilles Courteau.

Courteau tire à boulets rouges sur Lupien

SHAWINIGAN — Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, a profité de son point de presse annuel d’avant-repêchage afin de répondre aux détracteurs du circuit. Selon lui, les joueurs seraient perdants à devenir de simples salariés. Tout comme la Ligue, qui préfère encadrer ses étudiants-athlètes.

À la suite de la sortie publique de Québec solidaire, qui estime que les joueurs de la LHJMQ sont exploités et qu’ils méritent d’être protégés par la loi sur les normes du travail, Courteau a tenu un discours tranchant sur la demande de retrait de l’article 1 du projet de loi 176, qui sert à exclure les jeunes athlètes fréquentant l’école de l’application des normes du travail.

Rappelons que le député de Gouin et porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, était alors accompagné de l’ancien joueur professionnel maintenant devenu agent de joueur, Gilles Lupien. 

«En ce qui concerne les déclarations du député Gabriel Nadeau-Dubois, je vais laisser les membres de l’Assemblée nationale et la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, s’occuper de ces éléments-là. Toutefois, j’ai appris lorsque j’étais jeune qu’il ne fallait pas rabaisser les autres afin de se remonter.

«Il y a quelqu’un qui chante la même chanson depuis 30 ans avec le même refrain», a ajouté Courteau, en faisant allusion à Lupien. «Comme dirait ma femme qui connaît bien la musique : il est off beat. Il ne l’a pas. Il devrait changer de chanson parce qu’elle n’est pas bonne, sa chanson.

«Gilles Lupien a déjà été propriétaire d’une équipe pendant six ans. Quand il déblatère sur son expérience dans la LHJMQ, il ne parle jamais de son ancienne équipe des Chevaliers de Longueuil.

«Après la participation des Chevaliers à la Coupe Memorial, il me demandait de faire un transfert puisque son équipe perdait beaucoup d’argent», a raconté Courteau. «Ils ont ensuite déménagé à Victoriaville. Pendant quatre ans, Gilles Lupien perdait encore de l’argent. Il sait ce que c’est, gérer une équipe. Les budgets d’exploitation étaient moins importants en plus. Jamais il n’est venu me voir pour améliorer l’encadrement des joueurs quand il était propriétaire.»

Conséquences néfastes

Selon le commissaire, l’application des normes du travail pour les joueurs de la LHJMQ aurait des conséquences néfastes. «Quand on prend un joueur de 16 ans afin de l’encadrer comme étudiant, joueur de hockey et individu, on ne veut pas qu’il soit considéré comme un salarié. Il y a déjà une pression d’évoluer à 16 ans dans la LHJMQ. C’est bien souvent la première fois que le jeune quitte sa famille pour jouer à l’extérieur. On ne peut pas donner cette responsabilité-là à un jeune, comme celle de se payer une famille de pension ou des spécialistes.»

«Notre priorité est d’encadrer le jeune», poursuit Courteau. «On paie tous les frais. Oui, il reçoit encore le même 60 $ par semaine, mais les autres frais sont beaucoup plus dispendieux qu’autrefois puis l’encadrement est bien meilleur. Et les parents sont très heureux de ça!»

Courteau refuse toutefois de s’inquiéter outre mesure. «On a traversé plusieurs tempêtes, dont celle de l’Association mondiale et celle du collégial AAA. À toutes les fois que nous avons eu à apporter des ajustements, on l’a fait tout en prenant des initiatives additionnelles afin de démontrer tout notre intérêt envers le joueur, sur la glace ou hors glace.»

75 000 $ pour chaque joueur

«Chaque joueur de la LHJMQ coûte à l’équipe 75 000 $ par année pour qu’il puisse évoluer dans la LHJMQ et obtenir l’encadrement nécessaire sur le plan hockey, scolaire, etc. Et ce, en plus de recevoir des bourses d’études. Les gens doivent réaliser tout ça», a ajouté Courteau.

Selon lui, si les joueurs deviennent des salariés, plusieurs d’entre eux déserteront les bancs d’école. «Si le joueur était payé, quelle serait notre autorité pour encourager ou obliger le jeune à aller à l’école? Il dirait qu’il est un salarié qui gagne sa vie en jouant au hockey et il penserait qu’il n’est pas obligé d’aller à l’école. Combien de joueurs n’iraient pas à l’école s’ils ne jouaient pas dans la LHJMQ? Plusieurs!»

Le commissaire admet que la situation n’est pas parfaite dans la LHJMQ. «Il y a 400 enfants et 18 pères différents dans la LHJMQ. Nous ne sommes pas tous parfaits. Est-ce que le taux de réussite est de 100 %? Peut-être pas, mais on aura la fierté d’avoir donné tous les outils aux joueurs afin qu’ils puissent réussir et se développer en tant qu’individu. On ne peut pas nous reprocher beaucoup de choses.»