Marie-Michelle Desrochers a arpenté les rues de Trois-Rivières samedi.
Marie-Michelle Desrochers a arpenté les rues de Trois-Rivières samedi.

Courir le marathon de Boston... dans les rues de Trois-Rivières

Trois-Rivières — Pour les meilleurs coureurs de la région, c’était journée de deuil lundi.

Sans cette pandémie mondiale, ils devaient être au Massachusetts afin de participer au Marathon de Boston. Une trentaine, dont plusieurs du club Milpat, avaient mérité ce privilège qui fait rêver des milliers de coureurs.

C’est que la majorité des marathons sont ouverts au grand public. Tu paies, tu obtiens un dossard.

À Boston, tu dois te qualifier. Et pour y arriver, tu dois être très, très rapide dans ton groupe d’âge. Ce qui fait que cette course est considérée par plusieurs comme un genre de championnat du monde du marathon. Marie-Michelle Desrochers avait hâte d’y faire sa première présence. Triathlète d’abord et avant tout, elle s’est qualifiée en octobre 2018. Elle a dû attendre plusieurs mois avant d’obtenir la confirmation qu’elle avait fait la cut. «J’ai cassé les oreilles à mon entourage pendant un an avec ça», rigole-t-elle.

Une fois qualifiée, elle s’est placée en mode préparation. Aussi, quand le prestigieux événement a été déplacé à septembre, elle n’avait pas envie du tout de laisser tomber cet exigeant cycle d’entraînement. La solution: se bricoler un 42,2 km dans les rues de Trois-Rivières!

«J’étais rendue loin dans le processus, j’avais le goût de courir quand même. Mes amis m’ont monté un parcours. Certains m’ont accompagné samedi durant le trajet. Nous avons respecté toutes les règles de distanciation sociale. J’ai eu du plaisir… et je suis très satisfaite de ma performance.»

Elle a de bons amis. À part la côte du boulevard Parent près de la prison, le trajet tricoté était plat. Mais bon, 42,2 km, peu importe la route, c’est du stock. Et puis rappelez-vous samedi matin, il y avait un petit vent assez achalant merci!

Voilà une médaille qui aura une place spéciale dans la collection de Marie-Michelle Desrochers

Record personnel

Courir une distance aussi éprouvante seule, ce n’est pas la même chose qu’en groupe. Tu ne peux te cacher du vent derrière une masse de coureurs, tu ne peux pas non plus t’accrocher à un lapin. Les ravitaillements sont plus ardus. Tous ces éléments réunis font en sorte que les sorties en solitaire sont normalement très formatrices, mais forcément plus lentes.

Coureuse aguerrie, Marie-Michelle sait tout ça. Elle n’avait donc pas établi un objectif de temps global. Par contre, elle s’était lancée un petit défi: pour chaque km en bas de 4:55, elle allait remettre 2 $ à Moisson Mauricie.

«Je ne me croyais pas en mesure de battre mon temps de qualification de 2018, alors je me concentrais à collectionner les 2 $. Les premiers kilomètres ont été assez rapides. Je n’ai quand même pas trop pensé à mon chrono. C’est vers le 38e km que je me suis aperçue que j’étais en position de réaliser un nouveau record personnel. Rendue là, évidemment j’avais de la douleur, mais il s’agissait de bien la gérer pour bien finir.»

Pas pire plan. Marie-Michelle a pulvérisé son record… de six minutes! Un chrono de 3:15,52, qui la remplit de fierté. «Une belle, une très belle surprise même! Ça veut dire que j’étais réellement prête pour Boston. Je suis triste d’avoir raté cette opportunité, mais je pense en avoir tiré le maximum dans les circonstances.»

Et les plus grands gagnants, ce sont Moisson Mauricie et Moisson Rimouski-Neigette, qui se sont partagé un peu plus de 850 $. Avec son petit défi personnel, la Trifluvienne a amassé 84,20 $. Une dizaine de personnes de son clan, épatées par sa résilience, ont décidé elles aussi de faire le même don. «Certains ont remis cette somme à Moisson Mauricie, d’autres à Moisson Rimouski-Neigette où ma famille est établie. Je suis très touchée de leur geste. Ce sont des organismes qui font des petits miracles avec l’argent qu’ils reçoivent. Je suis persuadée que ça va aider!»

Au départ, sachez que Marie-Michelle était un peu réticente à partager son initiative avec vous. En ces temps de COVID-19, elle ne voulait pas attirer les projecteurs sur un projet personnel. Elle s’est ravisée.

«J’ai accepté car ça peut peut-être inciter les gens à bouger. Ce n’est pas facile, ce que nous devons traverser tous ensemble en ce moment. Or il faut quand même trouver une façon de rester en forme… Tant mieux si ça peut inspirer certaines personnes.»

Pour le moment, elle a rendez-vous avec Boston en septembre. Elle a bien l’intention d’y être si la COVID-19 est maîtrisée d’ici là. Mais d’une façon ou d’une autre, le marathon secret qu’elle s’est imposée ce week-end risque d’être gravé dans ses souvenirs pendant longtemps…