Le plus grand perdant du dévoilement de l'alignement d'Équipe Canada est sans contredit Martin St-Louis.

Condamnés à la médaille d'or

Ils le savaient déjà en acceptant le mandat, mais Steve Yzerman, Peter Chiarelli, Mike Babcock et tout l'état-major d'Équipe Canada sont condamnés à l'excellence. S'ils reviennent de Sotchi avec autre chose que la médaille d'or, ils seront crucifiés sur la place publique pour les sélections qu'ils ont dévoilées en grande pompe hier à Toronto.
Bien sûr, il leur était difficile de se tromper avec les Crosby, Toews, Getzlaf, Perry, Weber, Keith, Bouwmeester, Pietrangelo, Doughty, Luongo et Price. Dans une moindre mesure, certes, Tavares, Duchene, Benn, Bergeron, Vlasic et Subban constituaient aussi des choix logiques en raison de leur début de saison et des rôles spécifiques qu'ils peuvent remplir au sein de la formation canadienne.
Le cas de Steven Stamkos, lui, est plus particulier considérant qu'il se remet d'une fracture à la jambe droite. Sans cette blessure, il aurait été un choix unanime, il va sans dire.
Tout s'est donc joué du côté de Smith, Hamhuis, Sharp, Kunitz, Nash, Carter et Marleau.
Pour le poste de troisième gardien, Yzerman avait le choix entre Mike Smith, Corey Crawford et Marc-André Fleury et c'est le premier qui a affiché le plus de régularité cette saison, tout en évitant les blessures. Crawford revient à peine au jeu et Marc-André Fleury est une véritable boîte à surprises, capable du meilleur comme du pire. Dans les circonstances, ce choix est logique.
La présence de Dan Hamhuis s'explique par la volonté de Babcock de disposer de quatre droitiers et de quatre gauchers au sein de sa brigade défensive. Si l'entraîneur des Red Wings avait été plus souple, c'est Brent Seabrook qui aurait été retenu.
Dans le cas de Patrick Sharp, il a démontré, au cours des dernières semaines, qu'il est au sommet de sa forme. Il excelle autant en attaque qu'en défensive et peut jouer en désavantage numérique. De plus, il offre aux entraîneurs un duo de Blackhawks, lui qui est habitué de partager son temps de jeu avec Jonathan Toews.
La même réflexion s'applique aussi à Chris Kunitz, la partie gauche du cerveau de Sidney Crosby. Dans une compétition comme le tournoi olympique où les matchs se succèdent à un rythme accéléré, il n'y a guère de temps pour les expériences. À Vancouver, Crosby ne s'est mis en marche qu'à compter de la demi-finale. Cette fois, en lui adjoignant Kunitz, on s'est assuré que la chimie sera présente dès le départ.
D'ailleurs Équipe Canada misera sur trois duos réguliers sur ses trois premiers trios puisqu'il faut aussi compter sur la paire Getzlaf-Perry.
Reste Rick Nash, Patrick Marleau et Jeff Carter. Oh boy!
Je peux toujours m'accommoder du premier qui, malgré les blessures, demeure un joueur dangereux avec et sans la rondelle. Un gros attaquant capable d'exceller dans le trafic et les espaces restreints. Un joueur qui obtient aussi beaucoup de chances de marquer en désavantage numérique, un peu à l'image de Tomas Plekanec du Canadien.
Dans les cas de Carter et Marleau, par contre, je ne comprends tout simplement pas.
Qu'on les ait préférés à Claude Giroux et Martin St-Louis fait encore moins de sens! Giroux était assuré de défendre les couleurs du Canada avant de connaître un affreux début de saison à Philadelphie. Sauf que depuis trois semaines, il est redevenu le joueur dominant qu'il a été depuis trois ans.
Quant à Martin St-Louis, comment expliquer autrement son absence que par son âge? Parce que pour le reste, vraiment, il a tout ce qu'il faut pour se mesurer à l'élite de son sport: rapide, intelligent, bon passeur et déterminé comme pas un comme le démontrent ses performances à Tampa Bay en l'absence de Stamkos.
Steve Yzerman m'a paru très nerveux lors du dévoilement. Il en a même oublié ce qu'il s'apprêtait à dire à un moment donné. La discussion qu'il a eue avec son joueur vedette pour lui expliquer qu'il ne faisait pas partie de l'alignement a sûrement été l'une des plus difficiles de sa carrière et a visiblement laissé des traces.
Le dg du Lightning a voulu travailler en collégialité et s'est plié à la décision du groupe au lieu d'imposer son petit attaquant. On ne peut souhaiter de mal à personne, mais il est certain qu'une blessure à un des attaquants nommés hier lui ouvrirait toute grande la porte pour faire une place à St-Louis.
Ce qui, admettons-le, lui permettrait aussi de réparer cette grande injustice commise à l'endroit d'un joueur exceptionnel qui a toujours démontré une force de caractère hors du commun et qui est bâti sur mesure pour un événement comme les Jeux olympiques.