Dre Valérie Juneau, au centre, ainsi que les physiothérapeutes Maxime Robert et Karine Maltais tentent de sensibiliser les athlètes et entraîneurs aux risques liés aux commotions cérébrales.

Commotions cérébrales: une mobilisation régionale prend forme

Fin de carrière, poursuites de plusieurs millions en justice et suicide d'athlètes, les commotions cérébrales sont le sujet le plus controversé du monde du sport ces dernières années. Afin d'éviter le pire, une campagne de sensibilisation auprès des jeunes, mais aussi des parents et entraîneurs, est en marche en Mauricie.
Le sujet reste encore nébuleux pour plusieurs, puisque les blessures au cerveau sont beaucoup plus difficiles à identifier qu'une fracture de la jambe, par exemple. De toute évidence, il reste beaucoup de travail à faire à ce sujet, et c'est ce que tente d'accomplir la docteure Valérie Juneau, urgentologue au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, ainsi que les physiothérapeutes Karine Maltais et Maxime Robert, qui oeuvrent avec les équipes de l'Académie Les Estacades.
En compagnie de la Direction de la santé publique de la Mauricie et du Centre-du-Québec, ainsi que du Centre de santé et de service sociaux de Trois-Rivières et son Centre hospitalier affilié universitaire régional, ils planchent actuellement sur un programme visant à sensibiliser les athlètes, mais aussi les intervenants. La semaine dernière, une centaine de professeurs et professionnels de l'Académie ont reçu une formation en ce sens, puisque les changements d'attitudes liés aux commotions cérébrales, tel que la fatigue, l'irritabilité ou les maux de têtes, peuvent apparaître en classe.
«Déjà, on voit des résultats. On se fait connaître et nous dépistons de plus en plus de commotions», mentionne Dre Juneau.
Depuis 2011, le nombre de jeunes athlètes traités annuellement pour un traumatisme crânien, même léger, a connu une hausse vertigineuse de 156 % aux Estacades. «En 2008, nous avons vu que les commotions avaient une incidence directe sur la réussite scolaire du jeune, rappelle Luce Mongrain, directrice adjointe et responsable des programmes Sport-études à l'Académie. Nous faisons de la gestion de l'arrêt de l'activité ainsi que du retour progressif.»
À terme, le groupe de recherche espère être capable d'exporter ce projet-pilote aux autres institutions scolaires de la province. «Nous essayons de voir si ce serait applicable aux autres écoles. Nous commençons à l'Académie puisque nous avons des installations idéales», indique Dre Juneau à propos des multiples plateaux sportifs situés dans le secteur Cap-de-la-Madeleine.
Des entraîneurs intéressés
Jeudi dernier, les trois professionnels étaient au Collège Shawinigan où ils ont tenu une conférence devant plusieurs athlètes et entraîneurs.
Si la réunion visait tout d'abord à expliquer ce qu'était une commotion cérébrale et comment la détecter, la période de questions a permis de constater à quel point certains entraîneurs n'étaient pas outillés pour déceler qu'un de leurs protégés avait été victime d'un choc sévère à la tête.
«Je me mets dans leur peau, ce n'est pas facile de sortir ton meilleur joueur parce qu'il s'est fait cogner solidement, même s'il ne se plaint pas, souligne Maxime Robert. Il y a de l'éducation à faire dans les sports considérés comme virils. Même si les gars sont entraînés pour prendre des contacts, il y a des risques. Ça peut se produire dans toutes les disciplines.»
Le physiothérapeute, qui a lui même évolué au sein de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, rappelle que la recherche sur les commotions cérébrales n'en est qu'à ses premiers balbutiements et que plusieurs se montrent encore sceptiques. «On a une culture de jouer dans la douleur. On entend souvent l'expression payer le prix. Il y a un travail à faire pour convaincre les entraîneurs, mais aussi les athlètes.»
M. Robert estime toutefois que le traumatisme crânien ayant tenu Sidney Crosby hors de la patinoire pendant plus d'une centaine de parties a fait un énorme travail pour faire prendre conscience aux jeunes des risques, surtout lorsque les organisations sportives n'ont pas accès à un physiothérapeute sur une base régulière.
«Notre programme n'est pas applicable partout, par manque de ressources, mais si tous les entraîneurs sont sensibilisés et capables de détecter les commotions cérébrales, nous allons avoir fait un bon bout de chemin. S'ils parviennent à agir et référer l'athlète à la bonne place, nous allons avoir 90 % du problème de réglé», conclut Dre Juneau.
Une autre conférence portant sur le sujet est prévue au Cégep de Trois-Rivières, le 25 mars à 19 h, au local SA3035.