À sept mois des Jeux olympiques, Mary-Sophie Harvey est en bonne posture pour représenter le Canada. Les essais nationaux seront présentés à la fin de l’hiver ou au début du printemps.
À sept mois des Jeux olympiques, Mary-Sophie Harvey est en bonne posture pour représenter le Canada. Les essais nationaux seront présentés à la fin de l’hiver ou au début du printemps.

«Claude m’a aidée à retrouver l’amour du sport»: un entraîneur de Shawinigan derrière le beau retour de Mary-Sophie Harvey

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Si la Trifluvienne Mary-Sophie Harvey se rapproche un peu plus chaque jour d’une première participation aux Jeux olympiques, elle le doit à ses nombreuses heures passées à la piscine, à sa résilience face aux multiples épreuves... et à la présence bienveillante de son entraîneur Claude St-Jean, originaire de Shawinigan.

Harvey a quitté la Mauricie il y a plus de cinq ans, après avoir fait ses débuts dans la nage avec les Mégophias de Trois-Rivières.

Au moment où elle apprenait les rudiments du sport, St-Jean misait déjà sur plusieurs années d’expérience comme entraîneur de l’élite, au Club aquatique CAMO de Montréal.

En fait, il a dirigé la majorité des nageurs de pointe que le Québec a connus au fil des décennies. Parmi les plus en vue, on pense à Audrey Lacroix, Katerine Savard, Sandrine Mainville ainsi que la championne du monde Jennifer Carroll, bien connue dans notre région pour ses succès avec les Patriotes de l’UQTR.

St-Jean, intronisé au Temple de la renommée de la Mauricie en 2018, fut maintes fois primé autant sur la scène provinciale que nationale. Il est en partie responsable du beau retour de Mary-Sophie Harvey qui, pas plus tard qu’il y a deux ans, remettait en question une carrière pourtant prometteuse.

«Claude m’a aidée à retrouver l’amour du sport, un amour que j’avais perdu», lance sans hésiter la jeune femme de 21 ans, qui s’illustre ces jours-ci en Hongrie dans les matchs de l’International Swimming League, un circuit professionnel de natation qui permet aux athlètes de gagner leur vie.

Harvey défend les honneurs du club de Paris Énergy Standard. Sa polyvalence est saluée par ses coéquipiers. Surtout, ses résultats lui insufflent une dose non négligeable de confiance, à l’approche des Jeux de Tokyo.

«Je serai éternellement reconnaissante envers mon entraîneur. En revenant à Montréal après mon stage en Turquie il y a quelques années, je doutais de moi. Je me remettais d’une blessure aux épaules, ça n’allait pas super bien.»

La jeune femme tentait alors de dénicher un club où elle pourrait se redresser... si c’était encore possible.

Déclic

Pendant ce temps, St-Jean, en bon connaisseur du potentiel des athlètes de la province, constatait que Harvey était moins présente dans le paysage de la natation de compétition. «En temps normal, j’attends que les athlètes m’appellent, sauf que dans le cas de Mary-Sophie, j’ai pris l’initiative de la contacter. On s’est rencontré, je lui ai expliqué que j’étais prêt à l’aider. Quelques jours plus tard, elle embarquait!»

«Ç’a cliqué dès le départ», enchaîne Mary-Sophie Harvey, impressionnée par la longue feuille de route de son mentor. «Ça paraît qu’il a encore la passion. Des nageurs vraiment motivés ont rejoint CAMO et je crois que ça le tient loin de la retraite», rigole l’athlète.

St-Jean sourit lui aussi en abordant ce sujet. «Les derniers mois ont été difficiles et m’ont fait réaliser à quel point j’aime encore coacher, comment les journées peuvent être longues sans aller à la piscine! Ces moments de solitude, ça retarde la retraite!»

La reprise des activités pour les sportifs de l’élite, il y a quelques semaines à peine, signifie aussi retour à l’entraînement pour une dizaine de ses nageurs.

«Pas la meilleure, mais bonne dans tout»

Pendant ce temps, à Budapest, Harvey cartonne avec Energy Star, au grand plaisir de St-Jean. L’espoir olympique a abaissé les chronos de quelques records québécois, dont le 50 m dos, le 100 m quatre nages individuelles (QNI) et le 200 m QNI.

Mary-Sophie Harvey et son entraîneur forment une paire gagnante.

Le rendez-vous international de Hongrie se déroule dans une bulle, où Harvey se trouve depuis six semaines. Après un lent départ ponctué de frustrations, elle récolte des points à un rythme soutenu. Energy Star sera en quête d’un deuxième titre consécutif de l’ISL en fin de semaine.

«C’est tout un changement par rapport au confinement du mois de mars! Le retour à ma routine d’athlète a été difficile, ça faisait sept ou huit mois que je n’avais pas nagé en compétition. Le but en me rendant à Budapest était de progresser de match en match. Je peux dire que c’est réussi. Même que je me suis surprise dans certaines courses. C’est toujours encourageant quand ça arrive!»

Ce qui l’est tout autant, c’est l’aisance avec laquelle elle passe d’un style de nage à un autre. Sa réputation de coéquipière par excellence n’est pas surfaite.

«Je ne suis pas la meilleure, mais bonne dans tout! Je n’ai pas remporté de médaille d’or, sauf que je peux nager n’importe quoi. C’est difficile de me décrire comme nageuse. J’aime croire que je suis polyvalente.»

Des propos confirmés par son entraîneur, qui a travaillé avec elle sur la vitesse. «Elle faisait surtout des épreuves de 4 nages quand elle est arrivée. On a misé sur le dos et le papillon et ça s’est grandement amélioré. On apprend encore à développer une connivence aujourd’hui, on progresse. Je pense qu’elle affectionne aussi l’entraînement en groupe. Ça lui manquait peut-être avant.»

Vers les essais olympiques au printemps

À 21 ans, Mary-Sophie Harvey sera l’une des nageuses d’expérience à prendre part aux Essais olympiques, quelque part en mars ou avril.

Sa place sur l’équipe nationale pour Tokyo n’est pas gagnée d’avance: la natation féminine est très forte au pays. On l’a vu aux Jeux de Rio en 2016.

«Avec Mary-Sophie, on s’est concentré sur le papillon. Elle a vraiment amélioré son temps au 200 m», mentionne Claude St-Jean.

D’ici là, Harvey donnera tout ce qu’elle a, en fin de semaine, pour couronner Energy Standard en Hongrie.

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  • 2015 – Triple médaillée des Mondiaux juniors de la FINA
  • 2017 – Finaliste du relais 4 x 200 m libre aux Mondiaux de la FINA
  • 2018 – Huitième du 400 m quatre nages individuelles aux Jeux du Commonwealth
  • 2019 – Triple médaillée des Jeux Panaméricains
  • 2019 – Championne du 200 m papillon aux Essais canadiens
Claude St-Jean