Steve Turcotte
Les Panthers devaient participer au championnat national des États-Unis.
Les Panthers devaient participer au championnat national des États-Unis.

«C’est possible de grandir à travers ça»

CHRONIQUE / Il y a bien des hommes de hockey qui changeraient de place avec Pierre Deschesnes. Le Shawiniganais d’origine, qui a grandi à Louiseville, a la chance de faire du hockey à temps plein sous les palmiers de la Floride depuis plusieurs années.

Coach Frenchy dirige depuis deux ans les Panthers U18 AA, un club parrainé par les Panthers de la LNH. Ses Panthers ont gagné le championnat de l’état l’an dernier, méritant donc leur laissez-passer pour les nationaux. Ils ont défendu avec brio leur titre ce printemps, et ils devaient donc à nouveau se mesurer aux meilleures équipes du pays la semaine prochaine en Californie.

«C’est un gros tournoi. Je suis déçu pour mes 14 finissants. Au-delà du hockey, c’est toute une expérience qui nous attendait. Mais bon, on comprend tous que le sport, en ce moment, est bien secondaire.»

La Floride a fini par le comprendre, elle aussi. On a tous vu ces vidéos de jeunes étudiants se rassembler par milliers pour faire la fête au Spring Break, il y a deux semaines à peine. Tant pis pour la COVID-19! Deschesnes assure que le portrait a changé radicalement depuis.

«Le gouverneur vient de tout fermer aujourd’hui», expliquait-il mercredi. «Nous avons 6000 cas en ce moment, et un peu plus de 80 morts. Mais nous savons que ce n’est que le début. Le Président (des États-Unis) se fait malmener pas mal ces jours-ci parce qu’il y a pénurie de ventilateurs. Les estimations disent qu’il y aura entre 100 000 et 200 000 morts aux États-Unis. Les gens ont compris qu’ils doivent rester à la maison: les plages sont désertes, il n’y a plus de congestion sur les routes. Il reste peut-être un 10 ou 15 % de récalcitrants, mais ils devront, je pense, rentrer dans les rangs bientôt.»

Deschesnes, lui, n’a pas pris de chance. Ça fait déjà deux semaines qu’il s’est isolé dans son condo à North Miami. Son emploi du temps a radicalement changé. Il tente de tirer le maximum de la situation.

«Il est possible de grandir à travers ça. J’ai transformé mon salon en gym, je prends trois marches par jour, pour totaliser 6 milles. Je lis aussi énormément. Je vais sortir meilleur de cette crise», prévoit-il.

«Moi, je suis seul, alors c’est la combinaison que j’ai trouvée. Ceux qui sont en famille, ils peuvent passer du temps de qualité ensemble. Tout est une question d’état d’esprit. Avec le bon, on peut traverser n’importe quoi.»

Autour de lui, Deschesnes constate que les Floridiens sont assez calmes. Du moins pour le moment. «Les gens ont l’habitude de réagir à certains scénarios catastrophes, par exemple des ouragans. Il n’y a pas de cohue à l’épicerie. Il peut manquer de certaines choses une journée, mais le lendemain, c’est réglé. Ça se passe bien.»

Dans un état où la vente d’armes est prospère, difficile de prévoir ce qui va se passer si la pandémie continue de paralyser la société pendant des mois. Deschesnes croit que la Floride sera «sur pause» jusqu’en juin. Mais il ne craint pas la violence.

«Le découragement me fait plus peur. Je pense qu’il va y avoir une hausse de suicides, d’autres deviendront dépendants à l’alcool ou aux drogues. Quand les sous vont manquer, l’impact sera terrible dans certaines familles. L’économie va manger une claque!»

La Floride a d’ailleurs perdu ses snowbirds québécois beaucoup plus rapidement qu’à l’habitude. Certains restaurants prisés de cette clientèle – souvent opérés par des Québécois installés en Floride - vont souffrir énormément. «Les gens sont rentrés d’un coup au Québec. J’ai eu droit à des cadeaux suffisamment nombreux pour remplir deux fois mon frigidaire!»

Ces snowbirds sont privés d’une température paradisiaque depuis 10 jours. Deschesnes se surprend à maintenant prendre le temps d’admirer les couchers de soleil, qui à son grand étonnement n’ont rien à envier à ceux de Key West.

«Avant, j’étais toujours à l’aréna le soir, je n’avais jamais le temps pour ce genre de choses. Je réalise avec ce nouveau rythme de vie que l’on tenait tellement de trucs pour acquis. Il faut apprendre de ça, quand cette crise sera derrière nous. Comme personne, comme société aussi, on peut ajuster des choses pour le mieux dans le futur.»

Bien sûr, il s’ennuie des surfaces glacées. En attendant de pouvoir lacer ses patins à nouveau, il se garde du temps pour nourrir sa passion. «Je propose des défis à mes joueurs par Internet. J’aide aussi des gars à se placer ailleurs pour la prochaine étape, c’est un mandat que je peux continuer. Le hockey n’est jamais bien loin de mes pensées.»