Les Cataractes de Daniel Renaud attaquent la dernière semaine d’activités de la LHJMQ avec un petit point de priorité sur les Sea Dogs de Saint-John, au 16e et dernier rang donnant accès aux séries.

Une semaine déterminante pour les Cataractes

CHRONIQUE / Ils s’entraînent ensemble depuis le début août. En comptabilisant les sorties préparatoires, ils ont plus de 70 matchs derrière le protecteur buccal. Et ils ont bouffé des milliers de kilomètres de route.

Pourtant, la dernière semaine de travail des jeunes Cataractes sera la plus déterminante dans l’appréciation de leur saison. Une qualification pour les séries, même si c’est au photo-finish, et l’organisation pourra se vanter d’avoir fait un pas en avant. Malgré les tempêtes d’hiver, elle va rappeler que la bande à Anthony Beauvillier avait suivi un cheminement semblable lors du cycle précédent, avant de se hisser la saison suivante dans le top 5 du classement général, puis d’atteindre la grande finale de la LHJMQ un an plus tard. On pourra vous servir de l’espoir pour digérer toutes ces volées encaissées.

En revanche, une élimination placera le groupe actuel dans le même bateau que les Dynamos à la fin des années 70, seul noyau shawiniganais à avoir raté les séries deux années d’affilée. L’époque était différente, il y avait moins d’équipes. Reste que l’organisation avait senti le besoin de changer de nom, tellement l’équipe avait eu des ennuis. Trente ans plus tard, les histoires d’horreur des Dynamos circulent encore et le triste record de trois victoires dans la saison 1977-78 semble coulé dans le béton pour l’éternité!

Les Cataractes, version 2017-19, n’ont même pas l’excuse du nombre. Le plateau compte maintenant 18 équipes, 16 font les séries. Faut être mauvais en titi pour les rater deux fois d’affilée…

Du millage important

À quoi bon entrer au bal de fin d’année si c’est pour servir de chair à canon aux méchants Huskies de Rouyn-Noranda en première ronde? Vaut mieux rester à la maison panser les plaies, et espérer mettre la main sur le premier choix au repêchage en juin, non?

C’est un discours entendu de plus en plus dans les gradins du Centre Gervais Auto ces dernières semaines. Un discours auquel je n’adhère pas.

D’abord, réglons la question du repêchage. La LHJMQ a mis en place un système de loterie il y a quelques années justement pour prévenir ce genre de stratégie. Les Saguenéens ont bénéficié du premier choix l’an passé, même s’ils avaient terminé au 15e rang. En 2017-18, l’Océanic avait pris le 16e rang, ce qui ne l’avait pas empêché de mettre la main sur Alexis Lafrenière. Bien sûr, plus tu finis bas, plus tu as de chances de prendre le micro en premier. Mais avec la loterie élargie à cinq équipes, il n’y a rien d’assuré.

L’autre point est tout aussi facile à déboulonner. Au-delà de l’issue du match, il y a un millage important à emmagasiner pour de jeunes joueurs dans les deux premières semaines des éliminatoires. Découvrir la préparation bien différente, apprivoiser l’intensité qui monte de deux crans. Et apprendre à gérer des matchs aussi importants séparés par moins de 24 heures pour les matchs 1-2 et 3-4. Toute cette information va servir l’équipe l’an prochain, quand les aspirations seront plus élevées.

En plus de guider l’état-major de l’équipe sur les choix à faire durant l’entre-saison. C’est dans cette frénésie des séries que tu découvres la vraie nature de tes joueurs… Sont-ils galvanisés ou paralysés quand l’enjeu grimpe? Pas besoin d’être un grand devin pour comprendre que Martin Mondou ne gardera pas tous les joueurs qui s’abritent actuellement dans le vestiaire. Historiquement, c’est au moins 4-5 recrues qui gagnent leur poste lors du camp. Après cette année de misère et la banque de choix de l’équipe, vous pouvez miser que le nombre sera plus élevé en août prochain! Suivant cette logique, le comportement individuel des joueurs en fin de parcours sera important dans son évaluation.

sous la loupe

Il n’y a pas que les joueurs qui sont en examen cette semaine. Le calvaire de l’équipe depuis l’élimination surprise en première ronde face aux Foreurs au printemps 2017 braque inévitablement les projecteurs sur les hommes de hockey.

Martin Mondou a évidemment l’immunité, c’est lui qui a mis sur pied le groupe d’actionnaires qui a sauvé l’équipe il y a une décennie. De toute façon, il a une bague de la Coupe Memorial et deux présences comme bouclier. Ça ne veut pas dire que ses partenaires autour de la table ne lui demanderont pas des comptes sur les lieutenants qui travaillent à ses côtés.

Ils voient les gradins se dégarnir progressivement. Les Cataractes ont encore dépassé le cap des 100 000 spectateurs, ils font toujours l’envie de bien des petits marchés. Ça n’efface toutefois pas la perte nette à ce chapitre, directement relié à ce qui se passe sur la glace.

Daniel Renaud est un jeune entraîneur en train d’apprendre son métier. L’an passé, il a perdu 52 de ses 68 premiers matchs, un record de concession qu’il partage avec Denis Chalifoux. Dans l’histoire de l’équipe, personne n’a perdu autant de matchs que lui en deux saisons. Bien sûr, il y a des circonstances qui expliquent une bonne partie des déboires de l’équipe. Samuel Girard, Brandon Gignac et Simon Benoît ont gradué prématurément chez les pros. Mais, cette saison, Renaud dispose-t-il de moins d’armes que les Foreurs de Val-d’Or, 20 points devant les Cataractes? Comment expliquer que l’Armada, qui a vidé complètement l’équipe au début janvier, détient six victoires de plus qu’eux depuis la fin de la période de transactions?

Et puis, il y a ces monstrueux ennuis en désavantage numérique depuis le jour 1 du règne à Renaud. Derniers de classe l’an dernier à 71,6 % d’efficacité. Un taux qui a régressé à 68,3% cette saison! À ce chapitre, le record de médiocrité (65,3 %) dans la LHJMQ a été établi par le Canadien Junior de Verdun, en 1987-88. Depuis 30 ans, une seule formation, soit les Tigres de 1993-94, n’a pas réussi à dépasser la barre du 70 %. À titre de comparaison, les Dynamos de 77-78, avec leurs trois victoires durant toute la campagne, avaient terminé à 69 % !

Renaud et ses adjoints Rémi Royer et Steve Larouche sont des travaillants. Là n’est pas le problème. Mais ils œuvrent dans un business de résultats. Ils ont certainement besoin d’une bonne semaine pour solidifier un peu leur position dans l’organigramme hockey. Du groupe, seul Renaud possède une entente en poche en vue de l’an prochain…